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LA DISSOLUTION DE L’ASBL SOBEPS

Michel Bougard

That’s all folks !
The end…
Ite, missa est…

Il y a mille expressions pour signifier qu’on est arrivé à la fin… Eh bien, nous y sommes, nous aussi. Réunis en assemblée générale le 11 juin 2007, à l’unanimité, les membres effectifs de l’a.s.b.l. SOBEPS ont décidé la dissolution de l’association. Voilà qui est bref… Comme une lame de guillotine qui met fin à la vie d’une personne de trente-six ans.

Il faudra sans doute qu’un jour, quelqu’un écrive l’histoire de la SOBEPS. Ce ne sera pas moi. On ne fait pas de la bonne histoire quand on est à la fois acteur et critique. La SOBEPS a été lancée en mai 1971. Des membres fondateurs, seuls Lucien Clerebaut et Patrick Ferryn sont encore sur le navire. Quant à moi, j’ai rejoint l’équipage à peine deux mois plus tard, en juillet 1971.

Quand on annonce la mort de quelqu’un ou la disparition d’une structure, il est de bon ton de se livrer à l’un ou l’autre panégyrique, le défunt étant paré de toutes les qualités. Difficile de rester objectif quand on a une boule au cœur, des souvenirs plein la tête, et parfois des regrets.

En trente-six années d’activité, les responsables de la SOBEPS ont mené beaucoup de combats. Notre souci majeur a été de donner au dossier OVNI une crédibilité aussi grande que possible pour qu’il soit pris en compte par la communauté scientifique. Il fallait pour cela s’entourer de spécialistes, mettre au point des méthodes d’enquête fiables, en toute indépendance mais sans a priori. C’était l’époque de l’empirisme total, avec son lot de découvertes originales mais aussi des faux pas et des culs-de-sac. Il me restera l’amertume de mauvaises controverses avec certains “sceptiques” pour qui les témoins sont toujours des gens qui se trompent, sont l’objet de confusions diverses ou bien sont des menteurs. Qu’il me soit permis de dire à ces adversaires que l’honnêteté intellectuelle n’a jamais été synonyme de réductionnisme ou de critique systématique (voir plus loin l’article signé par André Koeckelenbergh).

Un autre de nos combats fut d’entreprendre une véritable action pédagogique vis-à-vis du public pour expliquer qu’il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs, et que, sur base des données disponibles aujourd’hui, il est impossible de conclure quoi que ce soit de définitif à propos des OVNI. Au risque de la schizophrénie, il nous fallut donc aussi polémiquer avec divers “croyants soucoupistes” pour qui le moindre point dans le ciel annonçait un atterrissage d’extraterrestres.

Je crois qu’en matière d’OVNI, on se trouve un peu comme dans la parabole des indiens aveugles. C’est une histoire qui explique bien les difficultés de la recherche, mais aussi les dangers à vouloir conclure à partir de données (très) partielles. Voici l’histoire. Un jour, dans un village indien, des aveugles apprennent qu’on a découvert quelque chose d’étrange dans le jardin de l’hospice où ils séjournent. L’un d’eux s’approche, et, en tâtonnant, touche comme une colonne droite et rugueuse : “Ce n’est qu’un gros arbre !” s’écrie-t-il. Un autre s’approche et prend entre les mains comme une longue liane, souple et mobile : “C’est plutôt une grosse corde ou une liane” dit-il. Un troisième, palpant à son tour, s’exclame : “Non, c’est bien un arbre, je viens de toucher une grosse branche qui plie”. Un autre, touchant un autre endroit, fut persuadé que c’était quelque chose avec des feuilles immenses, comme des éventails. Un dernier fut surpris de saisir de longues tiges pointues, bien lisses, comme des pieux durcis au feu. Ils avaient tous décrit une partie réelle de ce qui se trouvait devant eux, sans en percevoir la totalité ni bien sûr comprendre qu’ils étaient face à un éléphant. Le premier avait saisi une patte, le second s’était emparé de la queue, le troisième avait touché la trompe, le quatrième une oreille et le dernier, les défenses. C’est une histoire qu’on utilise souvent dans un contexte philosophico-religieux pour montrer combien, seul, on ne peut rien, mais elle s’utilise aussi en épistémologie pour faire saisir la difficulté de comprendre un phénomène dont on ne peut connaître que des fragments, soit parce que les données sont partielles (comme pour les OVNI), soit parce que la “réalité” est inaccessible (comme pour la structure fine de l’atome).

Convaincre les uns de l’intérêt scientifique des observations d’OVNI, refreiner l’enthousiasme crédule des autres. La carotte et le bâton ! Avec nos (maigres) moyens nous avons, je pense, fait ce qu’il était possible de faire dans le cadre de nos objectifs. Mais nous sommes aujourd’hui à un tournant : le temps des “amateurs” (fussent-ils “éclairés”) est révolu, des structures “officielles” (privées ou publiques) doivent maintenant prendre le relais (voir le GEPEAN en France) et de réels moyens doivent être mis en place pour atteindre ce qui doit, à mon sens, constituer un des principaux objectifs de demain : pouvoir intervenir “en temps réel” au moment d’une observation avec un appareillage scientifique adéquat pour disposer (enfin) de “mesures physiques”, le dernier obstacle qui empêche une bonne partie de la communauté scientifique de se rallier à l’étude des OVNI.

L’évolution des moyens de communication a aussi changé la donne. Lors de la vague belge de 1989-91, lorsque nous organisions des nuits d’observation ou que nous enquêtions, parfois au moment même où des observations se produisaient, nous avions à notre disposition des « téléphones portables » (!?), à l’autonomie limitée et qu’on déplaçait dans une valise de plusieurs kilos. Quelques années plus tard, les mini-téléphones cellulaires (dits GSM en Belgique) étaient disponibles partout. Je n’ose imaginer ce que l’existence de cet outil de communication aurait pu nous apporter durant l’hiver 1989-90.

Internet a aussi considérablement changé la diffusion des informations. Alors que nous devions attendre plusieurs jours, même souvent plusieurs semaines, avant de connaître l’un ou l’autre fait ufologique à l’étranger, aujourd’hui nous en sommes avertis à l’heure même où il se produit. La rapidité de cette diffusion n’a pas que des effets positifs. Il y a en effet beaucoup moins de recul par rapport aux événements, l’image et le discours l’emportant sur le texte mûri après réflexion. L’explosion (on peut parler de pléthore) de sites web consacrés à l’ufologie est un signe qui ne trompe pas. On y trouve (c’est, on le sait, le lot de la « toile ») le pire et le meilleur, mais la plupart du temps les informations diffusées sont simplement relayées, sans vérification aucune. Malgré le nombre de témoignages nouveaux ainsi connus, peu atteignent, dans l’enquête qui les concerne (quand celle-ci a été faite, ce qui rarement le cas), la crédibilité de ce qui fut publié à la fin du 20ème siècle. Une autre constatation, révélatrice d’une apparente stagnation dans la recherche ufologique, est que les plus sérieux parmi les ufologues d’aujourd’hui se contentent de gérer des catalogues, de préciser l’un ou l’autre point de détail dans un cas, sans vraiment renouveler les idées en la matière.

Ces dernières années, en raison de la raréfaction d’observations importantes, suite aussi pour certains à la stagnation des études sur le sujet, et pour d’autres encore, l’impression qu’ils en apprennent plus en « surfant » sur internet, nous avons enregistré une chute massive de nos membres adhérents et des collaborateurs bénévoles. N’ayant jamais reçu le moindre subside officiel ni le moindre cadeau d’un mécène, les caisses de la SOBEPS se sont peu à peu vidées. Nous rassemblons les derniers euros pour pouvoir vous offrir ce dernier numéro (double) d’Inforespace. En mettant définitivement la clé sous le paillasson, il faut aussi songer à la préservation de nos archives…

Ce n’est pas là un problème simple. Pour ce qui est des ouvrages de notre bibliothèque, il a été décidé de les mettre en vente. Vous avez trouvé, joint à ce numéro, une liste des ouvrages proposés à la vente. Le résultat de cette vente nous permettra de régler les derniers frais (impression de la revue, loyer, redevances diverses). C’est peut-être pour vous la dernière occasion de nous aider (financièrement) et nous comptons sur vous (il est impératif, avant toute commande de contacter M. Lucien Clerebaut au [00-32]-(0)2.523.60.13].

Pour ce qui est des milliers de rapports d’enquête (la vague de 1989-91 représente à elle seule vingt-cinq épais classeurs, pour un total d’environ vingt mille pages), aucune décision définitive n’a été prise. Nous voulons que ce « trésor de guerre », ce matériel d’étude incomparable, puisse être accessible à tout chercheur, à la condition de respecter quelques règles, l’anonymat des témoins étant la principale condition exigée.

Les responsables de la SOBEPS tiennent à remercier les nombreux collaborateurs qui, durant ces trente-six années, ont largement contribué à asseoir et renforcer notre action. Ils n’ont ménagé ni leur temps, ni leur argent souvent, pour nous aider, bénévolement, à mener à bien toutes les tâches qui ont fait le succès de notre association : les travaux (souvent fastidieux) de secrétariat, la rédaction des textes, la mise en page des revues, les longs déplacements pour aller enquêter et des dizaines d’autres activités. Merci à vous tous qui nous avez soutenu.

Notre temps est révolu, nous déposons nos outils. Avec le sentiment d’avoir fait tout ce qui était dans nos moyens de faire. Encore une fois, avec les moyens limités que furent les nôtres, nous avons, sans fausse modestie, réussi à crédibiliser la question des OVNI, à intéresser plusieurs scientifiques et à être un interlocuteur reconnu par divers autorités du pays. Dans le même temps, nous n’avons jamais négligé notre mission d’« éducation » du public. Il nous faut ici remercier les divers journalistes qui ont souvent compris la spécificité de la SOBEPS et qui ont été un relais indispensable dans l’information citoyenne à propos des OVNI. Au moment où vous lisez ces lignes, vous avez eu (ou vous aurez bientôt) l’occasion de voir le dernier reportage consacré à nos activités, dans le cadre de cette fameuse « vague belge ». Réalisée par Franck Istasse pour le magazine Questions à la une de la RTBF, ce dossier constitue pour nous une dernière occasion d’expliquer notre méthodologie.

Et maintenant, que va-t-il se passer ? Le phénomène OVNI s’affirmera peut-être un jour ou l’autre d’une manière plus décisive, permettant une récolte de données plus riches sur le plan scientifique que les simples enquêtes a posteriori. Le perfectionnement des techniques d’investigation, notamment dans l’exploration de l’univers, amène des découvertes qui vont changer les mentalités à propos de l’idée d’une vie extraterrestre. Paradoxalement, on a toujours consacré beaucoup plus de moyens à la quête de signes intelligents dans l’univers et au développement de l’exobiologie, qu’à l’étude des OVNI. Ce qui était du domaine de la spéculation gratuite il y a à peine dix ans, devient aujourd’hui une certitude expérimentale : les systèmes planétaires sont abondants dans l’univers et le moment est proche où nous serons capables de repérer des petites planètes semblables à la nôtre. Déjà, en avril 2007, le VLT (Very Large Telescope) de l’Observatoire européen austral, à La Silla (Chili), a révélé la présence, à 20,5 années-lumière, d’une planète « tellurique » dont la masse n’est que cinq fois celle de la Terre. Cette exoplanète est proche de l’étoile naine Gliese 581, ce qui pourrait conduire à une température comprise entre 0 et 40 °C à la surface de cette planète, des conditions on ne peut plus propices pour la présence d’eau liquide et donc d’une possible apparition de la vie.

La multiplication de telles découvertes conduira inéluctablement à reconsidérer la question de la vie extraterrestre et de ses contacts avec nous. Ce sera le temps où l’ufologie deviendra un secteur intégré à l’exobiologie, où l’on aura compris, pour reprendre une phrase de Pierre Lagrange, que la Terre est depuis longtemps visitée par des intelligences venues d’ailleurs et qui, devant ce qu’ils observent, doivent sans doute se comporter comme « des primatologues face à des babouins ».

Merci aussi à tous ceux qui ont alimenté la revue Inforespace et qui ont permis qu’elle devienne une publication exemplaire, considérée par beaucoup comme la meilleure en langue française. Merci enfin, à vous tous qui appartenez au « dernier carré » des membres de la SOBEPS, fidèles abonnés et sympathisants à nos projets. Sans vous, nous aurions dû abandonner déjà beaucoup plus tôt. On vous salue tous…

Maintenant il faut que le rideau tombe…

« C’est à cause que tout doit finir que tout est si beau » [Charles-Ferdinand Ramuz, Adieu à beaucoup de personnages – Les Cahiers Vaudois, 1914].

Au moment où vous lisez ces lignes, vous avez eu (ou vous aurez bientôt) l’occasion de voir le dernier reportage consacré à nos activités, dans le cadre de cette fameuse « vague belge ». Réalisée par Franck Istasse pour le magazine Questions à la une de la RTBF, ce dossier constitue pour nous une dernière occasion d’expliquer notre méthodologie (diffusion le mercredi 24 octobre, à partir de 20h20).

 

 

 

 


Notre site internet sera prochainement réaménagé pour devenir une dernière passerelle entre vous et quelques anciens collaborateurs de la SOBEPS qui se regroupent sous la dénomination COBEPS (Comité Belge pour l’Etude des Phénomènes Spatiaux). Ce sera pour vous l’occasion de confier vos impressions, nous avertir d’observations, etc. N’oubliez pas l’adresse de notre site (l’URL reste valable, jusqu’à nouvel ordre) :

www.sobeps.org

Pour tout contact : cobeps@skynet.be

 

 

 


L’ultime INFORESPACE n° 114-115
octobre 2007 - 36e année

NE RATEZ PAS CE TOUT DERNIER NUMÉRO !!!

Si vous n’êtes pas membres, vous pouvez encore le commander en vous adressant à Lucien Clerebaut ou en écrivant à :

SOBEPS ASBL
Avenue Paul Janson, 74
B-1070 Bruxelles (Belgique)
Téléphone : +32(0)2.523.60.13

ATTENTION : toute commande doit nous parvenir impérativement avant le 15 novembre 2007, au plus tard. Au-delà de cette date ultime, il ne nous sera plus possible d’honorer votre demande.

En voici le sommaire (les articles avec un * sont accessibles en ligne) :

  • Éditorial : That's all folks ! The end... Ite missa est (Michel Bougard)
    [page 2 à 5] * [lire l’article]

  • Avis et recommandation (Christian Lonchay et Lucien Clerebaut)
    [page 6]

  • Les phénomènes aériens non identifiés (André Koeckelenbergh)
    [page 7 à 10] * [lire l’article]

  • Un phénomène installé dans la durée (Bertrand Méheust)
    [page 11 à 14] * [lire l’article]

  • Un échec de la science ? (Jean-Pierre Rospars)
    [page 15 à 24]

  • Les ovnis sont dans l’air du temps (Pierre Lagrange)
    [page 25 à 31] * [lire l’article]

  • Où va l’ufologie ou Peut-on se passer de la SOBEPS ? (Léon Brenig)
    [page 32 à 37] * [lire l’article]

  • Nos enquêtes : Martelange, 9 novembre 2006 (Albert Pemmers)
    [page 38 à 39]

  • Ne manquez pas de lire… (Patrick Ferryn)
    [page 40 à 42] * [lire l’article]

  • A paraître [page 43]

  • Deux jets F-4 rencontrent un ovni à Téhéran (Auguste Meessen)
    [page 44 à 59]

  • (Quand) les ovnis (descendent) dans l’arène (Franck Boitte)
    [page 60 à 75]

  • Index des publications périodiques de la SOBEPS (Franck Boitte)
    [page 76]

  • Les agroglyphes et leur étude scientifique (Auguste Meessen)
    [page 77 à 95]

  • Ufomania Magazine [page 96]

 

 

 


LES PHENOMENES AERIENS NON-IDENTIFIES ?

André Koeckelenbergh

Grand spécialiste du Soleil, chef de travaux honoraire à l’Observatoire Royal de Belgique, professeur honoraire de l’Institut d’Astronomie et d’Astrophysique de l’Université Libre de Bruxelles (U.L.B.), et historien de l’astronomie (membre du Comité National de Logique, d’Histoire et de Philosophie des Sciences, ainsi que du groupe ALTAIR, Centre d’Histoire des Sciences et des Techniques de l’U.L.B.), André Koeckelenbergh a accompagné les activités de la SOBEPS depuis une trentaine d’années. En homme libre et courageux, il propose ci-après une réflexion pleine de sagesse et de lucidité sur l’approche des phénomènes OVNI par les scientifiques et l’histoire de la SOBEPS.

Un astronome peut-il décemment s’intéresser aux OVNI ? Cette attitude est d’autant plus mal perçue s’il est réputé « observateur » et donc supposé se laisser moins que tout autre abuser par les « feux du ciel ». Remarquons tout d’abord que nos collègues théoriciens sont de loin les plus nombreux au sein de la communauté astronomique professionnelle. Dans les grands observatoires modernes, ils se retrouvent plus souvent concentrés face à un écran d’ordinateur qui ne leur présente qu’une portion infime du ciel observable. Seraient-ils à côté de leur instrument que l’étroite trappe de la coupole ne leur permettrait de contempler qu’une zone très limitée de l’hémisphère visible. Heureux les amateurs qui travaillent en plein air ! Ils ont l’œil au télescope et ne consacrent, hélas, qu’un temps fort court à l’admiration poétique. Le feraient-ils, le champ visuel humain ne couvre qu’un huitième de la voûte céleste. Tous les observateurs d’étoiles filantes connaissent cette frustration de la « belle jaune » vue par un de leurs voisins. C’est ce qui ressemble le plus aux OVNI (de premier type, au sens d’Allen Hynek, astrophysicien de terrain, auteur en 1971 d’un OVNI : mythe ou réalité qui suscita bien des commentaires).

« Une soucoupe volante, j’y croirai quand on viendra me l’apporter dans mon bureau » m’a un jour répondu mon collègue Sylvain Arend, grand découvreur de comètes et d’astéroïdes. Il exprimait une opinion très largement partagée par les astronomes. Un autre a tranché tout aussi vivement : « Cela ne fait pas partie de ce que j’enseigne, donc cela n’existe pas ». Personnellement, j’estimais qu’ils allaient un peu vite en besogne pour se débarrasser d’un problème « encombrant ».

Fallait-il s’en embarrasser ? Il y a tellement de filantes, comètes, planètes, étoiles, impacts météoritiques radiaux et ponctuels, lueurs aurorales, fragments de halos colorés ou non et d’autres phénomènes d’origine atmosphériques, lumineux ou obscurs, sans négliger les très nombreux « objets d’origine humaine » (les artefacts) ! J’ai pas mal observé à champ ouvert, apprenant le nom des astres et des constellations aux étudiants et au grand public, et je n’ai JAMAIS eu l’occasion (ou la chance) de voir un OVNI.

Un PAN (Phénomène Atmosphérique Non identifié : c’est la nouvelle appellation à la mode) est souvent un phénomène qui se présente à n’importe quel moment, dans n’importe quel lieu, dans n’importe quelle direction, durant un temps trop souvent très court et observé par un Mr (ou Mme) tout le monde, impréparé à ce qui est un « choc psychologique fugace » et parfois profond. En bref, un « flash », en français une « illumination », résultant d’un état mystique ou qui y conduit. Ce qui explique l’allergie des rationalistes peu enclins, c’est leur droit et je le partage, d’accepter les révélations « d’en haut ».

De surcroît, avant d’arriver dans une officine spécialisée, l’événement a été rapporté par une chaîne de relais très déformante : les témoins et les media. Le résultat est un « témoignage », toujours subjectif, bien plus qu’une « observation » ou une « mesure ». Voilà une pâtée toute fraîche pour les « sceptiques » et un plat succulent pour les « croyants ».

Rien de tel pour embrouiller les pistes d’une enquête dont la SOBEPS a pu maintes fois mesurer la difficulté et la longueur, presque toujours destructrice, de preuves convaincantes. Expliquer l’OVNI est plus le fait d’une enquête judiciaire que d’une recherche scientifique. Pour certains experts leur avis établit une vérité de droit, donc humaine, donc faillible. Toute une génération de scientifiques fut formée à l’idée que seule une vérité atteinte par leurs méthodes mérite ce titre et peut être considérée comme absolue (…ou presque). Pour la méthode, je suis convaincu, elle approche le mieux de la vérité, mais prétendre qu’on l’atteint est un fruit de notre orgueil. L’histoire des sciences et celle de la pensée humaine nous montrent la fragilité de cette conception. Tout « doit » être contesté et remis en question, c’est le moteur même du progrès de la connaissance. Cela n’est pas sans risques, il faut prendre ses responsabilités au plan humain. Certains, par application du « principe de précaution » voudraient « contraindre la science aux limites de l’éthique et de la philosophie » (Jacques Testart, 2007). C’est introduire une censure, réinstaurer le cabinet noir. Les chercheurs de mondes extraterrestres en ont subi le carcan jusqu’à ce que cela devienne « à la mode ». Il est vrai qu’on brandit maintenant un « principe de médiocrité » du côté de ceux- là qui refusent que la Terre soit un phénomène banal dans l’univers et qui veulent que la vie soit un phénomène réservé à notre seule Terre… sans doute « élue » des divinités cosmiques comme le sont certains peuples! L’orgueil des hommes est décidément infini !

J’ai pris intérêt au problème des « soucoupes volantes » par souci de répondre le plus objectivement possible aux questions des auditeurs de mes cours et conférences d’astronomie. Il fallait détecter parmi eux les « cultistes » et les provocateurs, qu’ils soient « pour ou contre », afin de s’en tenir aux innombrables gens de bonne foi impressionnés par un événement personnel ou un récit médiatisé. Mes collègues Pierre Guérin (voir Inforespace n°102 de juin 2001), un astrophysicien français, découvreur de l’anneau E de Saturne, et Charles Boyer, magistrat, astronome amateur devenu professionnel (découvreur de la rotation rapide de l’atmosphère vénusienne) m’y ont aidé. Le premier croyait à une vie extraterrestre, concept presque banal aujourd’hui, mais très minoritaire il y a cinquante ans. Sa formation rationaliste le faisait douter de la matérialité des « êtres venus d’ailleurs » : « Ils sont partout et on ne les verra jamais », m’a-t-il un jour confié, échappatoire qui lui permettait de se préserver une certaine cohérence de pensée. Guérin y voyait une des formes multiples prises par ces « anges » auxquels les récits coraniques, bibliques et bien plus anciens encore font allusion. Les imagiers et les peintres les ont souvent représentés avec talent et imagination. Charles Boyer, avec bonhomie et faconde (toulousaine), assurait qu’il avait croisé des témoins qu’il jugeait « fiables » et m’en a fait rencontrer quelques-uns.

Faute d’avoir observé personnellement des objets ou des personnages insolites, je m’informai et je lus les auteurs « pour » et les critiques « contre » : Flying Saucers de mon éminent et folklorique collègue Donald Menzel, radicalement sceptique et qui a recensé quantité de phénomènes célestes ou atmosphériques avec lesquels une confusion était possible. Ce faisant, il a rendu un grand service à tous. J’ai lu attentivement (peu l’ont fait) le très épais et célèbre Rapport Condon, partial et sélectif, ainsi que son antidote rédigé par Allen Hynek, déjà cité, démissionnaire de la « commission Condon » et auteur de OVNI : mythe ou réalité (1974) auquel on doit la fameuse classification en « trois types ». Avec le rapport français du GEPAN de Claude Poher (1971-76) que mon ami Boyer m’avait communiqué et la documentation accumulée par la SOBEPS, l’essentiel de l’aspect matérialiste du sujet était relativement bien couvert. Dans ce domaine, le temps a continué à accumuler les témoignages qui ont peu évolué depuis la « vague belge » de 1989 à propos de laquelle la SOBEPS a publié deux volumes devenus des classiques (1992 et 1994).

Dés le début (1950) les sceptiques ont avancé l’hypothèse de l’hallucination collective (référence au « miracle » de Fatima), de manipulations médiatiques parfois juteuses et de mécanismes sociopsychologiques. Les rationalistes apprécient les développements de Monnerie (Et si les OVNI n’existaient pas ?, 1977). Pinvidic échange avec lui des « amabilités » acides (Inforespace, Hors Série n°6). Elles ont le tort de faire oublier l’apport réel des critiques de l’un et de l’autre au développement du sujet. Depuis vingt ans, le thème est discuté un peu partout par des sociologues et des épistémologues (Bruno Latour, Pierre Lagrange, Michel Serres, Hubert Reeves et bien d’autres). En 1983, dans Inforespace, Claude Maugé a dressé un état de la question auquel on peut utilement se référer (Inforespace n°63 et le Hors Série n°7, 1983). Il est impossible de citer toutes les contributions extrêmement sérieuses publiées depuis dix ans. Les analyses et présentations que Michel Bougard en a faites dans ses éditoriaux sont de précieux outils qui orienteront les chercheurs et les curieux vers bien des faits importants. Elles montrent le caractère passionnel des querelles qui se sont développées, la violence des accusations réciproques de trucages et malversations, l’exploitation sectaire pas toujours très honnête des déclarations des uns et des autres. Les OVNI sont devenus un sujet de société. L’objectif scientifique semble souvent égaré.

J’ai le sentiment, après analyse, qu’il subsiste un résidu de témoignages d’observations irréductibles à des faits dûment connus. Cela représente quelques pourcents de l’ensemble (sur quelques dizaines de milliers de cas élucidés), soit un millier de témoignages, vraisemblables et inexpliqués jusqu’ici. Statistiquement, c’est de l’ordre d’un bruit de fond, résultat du hasard. Les « sceptiques » ont parfaitement le droit de refuser d’en tenir compte. Pragmatiquement, cela en fait quand même beaucoup pour les ignorer bien qu’il soit plutôt probable qu’on ne pourra guère en tirer plus, sauf « coup de chance » réel ou obstination aveugle d’un « sectateur ». Cela tient soit à leur nature de faits physiques ou cosmiques non encore élucidés, soit à l’effet d’une tradition primitive de mystère présente dans toutes les cultures (anges, nutons, fantômes, fées, trolls ou apparitions diverses) relayée par des mystiques ou parfois par des hystériques « cosmophiles » ou « cosmophobes » qui ont surtout contribué à décrédibiliser les chercheurs sérieux. Certains les tiennent pour aussi évidents que lorsque d’autres croient en un dieu ou à ses émissaires (terrestres ou extraterrestres). Le sujet reste donc ouvert et important pour les psychologues, les sociologues et même pour les physiciens astronomes. La génération actuelle de chercheurs est formée dans un tel bain de culture pseudo-scientifique et paranormale (dont Harry Potter ou le Da Vinci Code sont les actuelles coqueluches) que des faits « ovniaques » sont banalisés au point de ne plus exciter leur intérêt et susciter un appétit d’investigations.

C’est la raison principale pour laquelle je déplore la disparition de la SOBEPS, dont je suis membre depuis trente ans, de son Inforespace que j’ai lu parfois avec impatience, irritation, colère, découragement et mécontentement, et de la documentation accumulée par nos adhérents, un patrimoine dont je souhaite qu’il reste aisément accessible. Je remercie son Président qui a su guider la nef sans la laisser chuter trop fréquemment dans l’hurluberlu tout en respectant la liberté d’expression de chacun en son sein (innocente perversité de l’extrême tolérance !). Je ne doute pas qu’il ait connu quelques soucis et états d’âmes. On doit au Secrétaire général un investissement personnel matériel et intellectuel peu commun pendant presque un demi-siècle. On est redevable aux enquêteurs d’avoir peu à peu, et non sans peine, mis en place une méthodologie, sans aucun doute encore incomplète et toujours améliorable. Enfin, il y a les collaborateurs, expérimentateurs et chercheurs scientifiques dont certains ont eu le courage d’affronter le dédain et la suffisante arrogance de collègues aux opinions tranchées certainement moins bien informés qu’eux. Je n’oublie pas les censeurs radicaux, souvent trop véhéments et méprisants, mais dont les arguments, parfois pertinents, ont poussé à plus de rigueur et ont été en fin de compte un moteur de progrès.
Il y a encore beaucoup à faire. S’il n’y a rien au bout du chemin, le problème sera résolu et on n’aura pas perdu son temps. S’il y a quelque chose, il faudra continuer à collecter des informations, être impitoyable avec les faits et les témoins. Ne jamais se sentir conforté par le plaisir qu’on pourrait connaître en ayant l’impression d’avoir raison. Un jour, peut-être prochain, des événements nouveaux, semblables ou d’une autre nature, interpelleront des jeunes chercheurs. Qu’ils sachent user de l’expérience, des références et des moyens que la SOBEPS aura su préserver.

 

 


UN PHENOMENE INSTALLE DANS LA DUREE

Bertrand Méheust

Professeur de philosophie, sociologue, ethnologue, membre associé du CNRS. On doit à Bertrand Méheust cet excellent « Science-fiction et soucoupes volantes » (publié en 1978 et qui vient dêtre réédité. On épinglera aussi son « Retour sur l’Anomalie belge » (2000) dans lequel il se livre à une analyse particulièrement lucide de la vague belge. Le texte de sa thèse de doctorat en sociologie défendue à la Sorbonne a fait l’objet d’une publication en deux volumes : « Somnanbulisme et médiumnité » (Les Empêcheurs de Penser en Rond, 1999). Pour ceux qui veulent en savoir plus, nous conseillons la visite de son site : http://bertrand.meheust.free.fr

Lorsqu’on on aperçoit les premiers symptômes d’une maladie, il y a longtemps déjà qu’elle nous travaille sans que nous en rendions compte. Puis un jour, fortuitement, on remarque une anomalie. Cette tache qui se promène dans mon champ visuel, par exemple, n’était telle pas déjà là ? Il serait bien étonnant qu’elle soit apparue d’un seul coup ; mais alors, comment ai-je pu ne pas la remarquer ? Pendant un certain temps, on se prend à espérer qu’il s’agit d’un désordre fonctionnel quelconque, ou de l’interprétation anxieuse de quelque processus vital, auquel on n’avait jamais pris attention et, avant de faire le pas, et d’aller consulter un médecin, on se donne un temps d’observation, afin de laisser au désordre intempestif le temps de se dissiper. Les anxieux, les hypocondriaques, connaissent bien ce genre d’alertes qui, régulièrement, viennent leur gâcher la vie, et qui, tout aussi régulièrement, se dissipent comme autant de mauvais rêves. Mais il arrive aussi, hélas, que le symptôme insiste, s’installe et s’élargisse, jusqu’au jour où le doute n’est plus guère permis. Il faut alors se rendre à l’évidence, et prendre rendez-vous chez un spécialiste. À ce moment-là, la mémoire récupère des bribes de souvenirs auxquels on n’avait pas sur le coup prêté attention. Par exemple, la tache dans mon champ visuel, il me revient maintenant qu’elle m’était d’abord apparue dans plusieurs rêves …

Si on veut aller au fond, la question que nous pose aujourd’hui le problème des ovnis se concentre dans cette métaphore du symptôme : le temps est-il venu de se rendre chez le spécialiste ? Eh bien, je pense que oui.

Le « symptôme ovni » est entré pour la première fois dans la conscience collective le 24 juin 1947. Mais, je vais y revenir, il était sans doute là depuis longtemps. Pendant plusieurs décennies, on s’est demandé si l’on n’avait pas affaire à une illusion collective qui allait se dissiper. À plusieurs reprises, cette hypothèse a bien semblé se vérifier. Il y eut de longues périodes pendant lesquelles les rapports se raréfiaient au point de disparaître, et l’on se disait que peut-être on avait rêvé. Mais, un jour où l’autre, quelque part sur la planète, la soucoupe se réveillait. Cela dure maintenant depuis soixante ans. À chaque fois que le phénomène tend à se raréfier et ou à disparaître, le doute nous reprend. Mais à chaque fois qu’il resurgit quelque part, la probabilité qu’il s’agisse d’un « symptôme fonctionnel » s’amenuise. De même sa profondeur historique, son inscription dans la longue durée, même si elles sont difficiles à apprécier, contribuent à le rendre de plus en plus difficile à évacuer. On sait maintenant que la date du 24 juin 1947 ne marque rien d’autre que le surgissement d’un problème nouveau dans la conscience collective, que les ovnis ont laissé des traces dans les archives, et que les cultures du passé les ont sans doute « métabolisés » à travers d’autres registres, comme celui des prodiges et des signes. Pour ce qui concerne la phase moderne, c’est le merveilleux scientifique qui a servi de support ; il me semble évident aujourd’hui que l’image collective contemporaine de la soucoupe et de ses manifestations rapprochées a été élaborée avec le concours des matériaux imaginaires forgés par les écrivains de SF à partir de la fin du XIXe siècle.

Soixante ans après Arnold, la question que je me pose, que je pose à la communauté des ufologues, est tout simplement celle-ci : la soucoupe a–telle suffisamment « insisté » pour que l’on ne puisse plus la révoquer comme un exemple de plus de ces illusions collectives qui ont ponctué l’histoire de l’humanité ? Mon sentiment est que si la soucoupe n’était qu’une illusion, au sens trivial du terme, cela se saurait depuis longtemps, et que si elle persiste, c’est qu’elle constitue un phénomène original. La chose est installée, nous devrons vivre avec elle. Mais ce constat ne nous dit pas en quoi elle consiste, à quel registre il faut la rapporter. Pour répondre à cette question, dans le texte que j’ai écrit pour la réédition de Science-fiction et soucoupes volantes[1], j’ai envisagé trois niveaux hypothèses. 1) Les rapports d’ovnis s’expliquent par l’influence de la SF sur l’imaginaire contemporain : les représentations accumulées dans la culture depuis plus d’un siècle se sont mises à cristalliser à partir de 1947 sur un ensemble de supports très variés, mais tous également triviaux. 2) Une fois le tri effectué, il subsiste un noyau de phénomènes originaux qui relèvent de la physique de l’atmosphère (ou de toute autre explication naturelle que l’on voudra) , auxquels on prête par ignorance un comportement intentionnel. 3) Le noyau des phénomènes inexpliqués ne relève pas d’une explication « naturelle » au sens usuel du terme et l’intentionnalité qu’ils semblent manifester n’est pas (seulement) une illusion de l’observateur humain ; l’ovni stricto sensu, ce serait la manifestation, dans notre proche environnement, d’une chose intentionnelle d’origine inconnue[2]. Il me semble que l’on ne peut plus réduire le phénomène ovni à la première hypothèse, et que le véritable débat porte désormais sur le choix entre le deuxième et le troisième cas de figure. Une telle distinction est très difficile à opérer, mais je n’ai pas besoin de souligner l’immensité de l’enjeu . Si la troisième hypothèse se vérifiait, ce serait la plus extraordinaire découverte de la science moderne. Nous avons peu de chances de pouvoir la vérifier, mais l’état du dossier ne permet pas d’exclure cette possibilité. C’est la raison pour laquelle l’étude de ce noyau de cas doit selon moi, constituer le but explicite de la recherche ufologique.

J’ai remarqué dans ma préface de Science-fiction et soucoupes volantes qu’aujourd’hui les ufologues sérieux, à prétention scientifique, ont tendance à rester discrets sur leurs buts, et pensent « faire science » en se cantonnant dans une quête empirique, et en se gardant d’ évoquer leurs schémas directeurs, s’ils en ont encore. Je pense qu’ils font fausse route, et que la quête du noyau non identifié au sens fort du terme devrait constituer le but explicite et l’horizon régulateur de leur démarche.

Il y a peu, une telle hypothèse paraissait totalement déconnectée de la réflexion scientifique admise et elle était renvoyée du côté du fantastique. On voulait bien admettre la possibilité d’une vie cosmique, mais à la condition expresse que cette dernière ne puisse pas nous visiter. Et, contre cette possibilité, on dressait un certain nombre de barrières théoriques, comme la vitesse de la lumière. J’entends encore Jean Heidmann réaffirmer dans une émission de télévision à laquelle participait aussi Pierre Lagrange (c’était il y a une douzaine d’années) cette impossibilité de principe, et Léon Brenig lui rétorquer qu’avec son projet SETI il risquait fort de ne jamais rien trouver ; c’est la raison pour laquelle, poursuivait Brenig, la communauté scientifique serait bien inspirée de consacrer une infime partie du budget SETI à l’étude de ces choses bizarres qui surgissent dans notre proche environnement terrestre. À l’époque, le point de vue de Brenig semblait marginal et iconoclaste. Aujourd’hui, on commence à comprendre que l’argument de la « quarantaine cosmique » invoqué par Heidmann est avant tout idéologique et qu’il repose sur une extrapolation hasardeuse de nos connaissances.

Il y a quelques mois, un soir, j’écoutais sur France Inter Yves Sillard répondre aux questions d’une journaliste. Comme le GEIPAN venait de mettre en ligne ses dossiers, la discussion en vint à porter sur les ovnis. Une gravité inattendue descendit alors sur la conversation et l’ex-directeur du CNES se mit à disserter sur l’intérêt scientifique de ce dossier et sur la solidité de certains cas. La journaliste, visiblement décontenancée, crut alors bon d’évoquer la limite que la vitesse de la lumière est censée imposer aux voyages interstellaires. Mais Sillard balaya l’objection avec dédain : le voyage interstellaire, répondit-il en substance, est impossible pour notre physique, un point c’est tout. La journaliste revint à la charge : mais enfin, ne peut-on pas prévoir les formes que prendrait une intelligence cosmique ? Réponse de Sillard (je cite de mémoire) : non, madame, on ne peut rien dire, cela nous dépasse complètement. Propos stupéfiants, lorsqu’on y réfléchit, que l’heure tardive, le désir d’épater une jeune femme et le départ en retraite récent de l’intéressé ne suffisent pas à expliquer. Jadis, on se serait plutôt attendu à ce que le directeur du CNES gomme ou minimise son rôle dans la création du GEPAN. Or, ce soir-là, Yves Sillard semblait le revendiquer, et l’on avait même l’impression qu’il tenait à « être sur la photo ». Il peut se faire que cette posture tienne à la personnalité de Sillard ; ne connaissant pas l’homme, je me garderai de tout jugement de ce genre. Mais on est tenté d’y voir aussi le signe qu’un changement des esprits est un train de s’opérer dans les hautes sphères. Il n’est pas indifférent que l’ex-directeur d’une des plus grandes organisations de la recherche scientifique européenne tienne de tels propos.

Je risque donc sur ce point mon oracle. Ce qui va désensabler la question des ovnis, et la remettre à flot, c’est la conjonction de trois facteurs.

Le premier est l’accumulation des données concernant les ovnis, que les moyens contemporains vont permettre de faire circuler et de traiter d’une manière de plus en plus rapide et efficace. L’image que nous avons du phénomène va se préciser, le signal va être extrait du bruit et nous allons gagner une profondeur de champ.

Le deuxième facteur est l’avancée inexorable de la réflexion sur la vie dans l’espace, et les découvertes qui s’accumulent sur les exoplanètes, sur les conditions qu’elles pourraient offrir à la vie, et ainsi de suite. Cette montée de l’exobiologie va avoir sur les mentalités un effet profond et modifier l’idée que nous nous faisions traditionnellement de la place de l’homme dans l’univers.

Le troisième (et décisif) facteur sera le probable échec du projet SETI à découvrir dans un délai utile un signal intelligent venu du cosmos.

C’est (je poursuis mon oracle) la conjonction de ces trois facteurs qui va peu à peu conduire certains scientifiques à nouer les deux données qui jusqu’à présent restaient totalement séparées, à savoir, d’une part, la montée de l’exobiologie, et, de l’autre, la persistance du phénomène ovni. Etant donné que, selon toute vraisemblance, le coûteux projet SETI ne captera rien, et que l’étude des ovnis, même si elle ne mène nulle part, ne coûterait pas grand chose par rapport aux investissements immenses consentis pour le projet précédent ; étant donné, d’autre part, les gains théoriques que l’on peut attendre d’une percée de l’ufologie : pour toutes ces raisons, un jour ou l’autre, on finira par comprendre que l’étude des ovnis offre (avec la parapsychologie) le rapport optimal entre l’effort consenti et le résultat escompté. Pour reprendre ma métaphore favorite, nous sommes comme des chercheurs d’or qu’un interdit culturel obligerait à ignorer les énormes pépites dont la plage voisine est couverte, et qui, pour extraire quelques onces de métal fin, seraient obligés de concasser des tonnes de rochers avec d’énormes excavatrices. La bêtise humaine est certes très grande mais, contrairement à ce que Voltaire avait laissé entendre, elle n’est pas infinie, et, un jour ou l’autre, ce raisonnement finira bien par percer.

On peut, dans ces conditions, regretter la décision de la SOBEPS d’interrompre son activité au moment même où une nouvelle phase de l’ufologie est peut-être sur le point de s’amorcer. Mais on doit aussi y voir le signe qu’elle a accompli sa tâche historique, qui fut de contribuer à stabiliser et à installer dans la durée l’approche rationnelle d’un phénomène nouveau. Je repense avec une pointe de nostalgie à ce lointain jour de 1972 où un jeune Belge sanglé dans son costume vint présenter aux soucoupistes dijonnais réunis pour la circonstance (Charles Garreau, Elisabeth et Jean-Joël Vonarburg, Henry-Jean Besset et l’auteur de ces lignes) un projet de revue inédit. Je vois encore Lucien Clerebaut sortir de son attaché-case la maquette du premier numéro, devant nos yeux mi-admiratifs mi-dubitatifs. Tout était prêt, il ne manquait pas un bouton de guêtre, et on allait voir ce que l’on allait voir. Eh bien, on l’a vu. Clerebaut et son équipe n’ont pas démérité.


[1] Science-fiction et soucoupes volantes vient d’être réédité aux éditions Terre de brume. J’y ai adjoint une nouvelle préface d’une cinquantaine de pages, un cahier iconographique, et un dossier de presse, présenté par Pierrre Lagrange à la fin de l’ouvrage.

[2] Pour éviter les présupposés subreptices, j’ai forgé le concept de « chose intentionnelle ». Je renvoie sur ce point à la préface de la réédition de Science fiction et soucoupes volantes.

 

 

 


 

Les ovnis sont dans l’air du temps

Pierre Lagrange

Pierre Lagrange est sociologue des sciences. Il enseigne à l’École des Mines de Paris et est chercheur associé au Laboratoire d’Anthropologie et d’Histoire de l’Institution de la Culture (LAHIC-CNRS). Spécialisé dans l’étude des « parasciences » et particulièrement dans l’ufologie, on lui doit plusieurs ouvrages dont « La rumeur de Roswell » (1996) et, plus récemment, « Ovnis : ce qu’ILS ne veulent pas que vous sachiez » (voir article « Ne manquez pas de lire… »).

La SOBEPS s’arrête. Après plus de 36 années passées à étudier les ovnis, les enquêteurs de la SOBEPS décident de consacrer leur temps à d’autres tâches. On peut comprendre le découragement de l’équipe belge. L’ufologie semble piétiner. Les mêmes polémiques sont constamment rouvertes comme s’il était impossible d’aller de l’avant. L’apparition d’Internet n’a pas peu contribué à renforcer cette impression que rien ne bouge, voire que la situation régresse. Les listes de discussion sur le web ont provoqué l’apparition d’une nouvelle génération de « spécialistes », bien plus nombreux qu’auparavant mais qui disparaissent aussi vite qu’ils sont apparus et dont le niveau général semble en rapport inverse avec leur nombre. Il n’y a jamais eu autant d’ufologues pour discuter sur les listes internet et les discussions n’ont jamais été d’un niveau aussi bas. C’est bien simple : sur certaines listes, les débatteurs semblent avoir tout simplement oublié que le sujet de discussion est censé être l’ovni et non les dernières rumeurs sur telle ou telle personne.
Internet n’est pas le seul responsable. La multiplication des médias, notamment des chaînes de télévision, a fait croître le nombre d’émissions sur les ovnis. Pendant les années soixante, il était inutile d’attendre quelque chose de nouveau d’une émission de télévision. Une fois que l’astronome mandaté et le psychiatre de service avaient pris la parole, le rideau retombait sur l’énigme, liquidée mais non résolue. Malheureusement, au lieu de permettre une discussion sérieuse du dossier, la multiplication et la privatisation des chaînes de télévision a provoqué la multiplication de programmes de faible niveau, où l’on a remplacé l’argument d’autorité des « savants officiels » par l’autorité de nouveaux savants francs-tireurs tout aussi caricaturaux discutant sur de pseudo-mystères avec gravité. Le niveau général des émissions est tellement faible qu’on peut prendre dix ans de congé et revenir sans avoir manqué le moindre progrès.
Pourtant, il serait dommage de s’arrêter à l’impression qui se dégage de l’apparition d’Internet. L’époque que nous vivons est paradoxalement la période où un sujet comme les ovnis devient pensable, l’époque où la culture scientifique peut faire une place à ce sujet « maudit ».

Un sujet maudit

Pendant longtemps, un sujet comme les ovnis ne pouvait tout simplement pas être discuté dans un contexte scientifique. Un scientifique qui souhaitait se pencher sur un tel sujet encourait les foudres de ses collègues, qui s’érigeaient en gardiens de la méthode, presque en gardiens du temple. L’astronome Pierre Guérin a vécu cette situation (il la décrit dans le livre paru peu avant sa disparition). Pour ses collègues, il était inadmissible qu’il s’intéresse à pareil sujet.
Pourquoi un tel interdit ? Pour une raison bien simple : l’ovni n’était alors pas juste une anomalie en attente d’une réponse, il ne s’agissait pas d’une interrogation scientifique de plus ; il était censé représenter l’intrusion de l’irrationnel, de la fausse science. L’ovni n’était donc pas considéré comme un phénomène inexpliqué en attente d’une solution à étudier ; il était considéré comme un problème purement irrationnel mis en avant par des gens qui veulent contrer la science et dénaturer la recherche scientifique, à moins qu’il ne s’agisse de naïfs sous l’influence de gourous antiscientifiques. Il ne fallait donc pas étudier l’ovni mais lutter contre ce qu’il représentait. Dans une telle conception du rapport science-ovni, celui qui prétendait étudier le sujet était considéré comme un agent de l’irrationnel qui voulait abattre la science.
Victimes de cette représentation des relations science-ovnis dans laquelle ils incarnent non pas la curiosité scientifique légitime mais l’antiscience la plus dangereuse, les ufologues, au lieu de refuser cette logique du grand partage, ont repris et retourné le partage science-ufologie à leur avantage. Au lieu de simplement refuser cette représentation du débat en faisant appel à une opposition entre vraie et fausse science, ils se placent dans la position de la « vraie » science et accusent donc leurs adversaires — les rationalistes — d’être de faux scientifiques, de vouloir empêcher toute découverte en s’opposant, par duplicité ou par acceptation servile de l’autorité des mandarins de la science « officielle », à l’étude des ovnis. Malheureusement, loin de modifier la situation dans laquelle se trouve l’ufologie par rapport à la science, le fait de reprendre en l’inversant l’accusation inventée par les rationalistes a pour conséquence de rendre impossible l’intégration de l’ovni. Tout le monde se trouve d’accord sur l’existence d’un fossé infranchissable entre pratique scientifique et ufologie. Pour les rationalistes, c’est la science qui est du côté de la raison, pour les ufologues, c’est l’ufologie.
Mais personne ne discute le principal : ce prétendu partage entre ce qui serait d’un côté la vraie et de l’autre la fausse science. L’ovni n’est donc pas une simple anomalie appelant une explication, il est soit le signe d’une science nouvelle soit le signe de l’irrationnel. Cette vision a bloqué toute possibilité de progresser car dans une telle conception tout débat entre les deux camps est tout simplement impensable. On ne discute pas avec des gens qu’on accuse de vouloir pervertir l’idéal scientifique. Pendant longtemps les ufologues ont affronté les rationalistes en pensant que c’était le rempart à franchir. Il existe peut-être une autre voie. Peut-être est-il possible de repenser notre rapport aux sciences.
En effet, on peut comprendre que les ovnis ne puissent pas devenir sujet de science tant que notre image de la science est celle que mettent en avant les rationalistes (et qu’acceptent, moyennement un retournement, les ufologues). Mais il suffirait que cette image de la science ne soit pas la bonne, qu’on la remplace par une autre, il suffirait qu’un certain nombre d’idées qui donnaient des ovnis une image non scientifique soient modifiées pour que le sujet change de statut, pour que tout d’un coup l’idée d’étudier quelque chose comme les ovnis ne relève plus de l’aberration. Peut-être le débat avec les rationalistes n’est-il pas la seule façon de démontrer l’intérêt du dossier ovni. Peut-être l’opposition entre des ufologues et des porte-parole de la science, les premiers favorables à l’existence d’un phénomène irréductible et sans d’origine intelligente, les seconds refusant l’ovni au nom de la rationalité, peut-être cette opposition n’est-elle pas la forme de débat la plus intéressante pour discuter du dossier ovnis.
Il existe en effet bien d’autres façons d’aborder la question des ovnis sans passer par les types de débat auxquels se référent sans cesse les ufologues et les adversaires qu’on leur attribue plus ou moins spontanément, les rationalistes.

Deux solutions

Comment étudier l’ovni ? Comment faire que l’ovni ne déclenche plus ces insupportables polémiques sans fin ? Deux solutions se présentent. Soit les ufologues parviennent à renverser le partage, la science « officielle » devient alors dépassée, les mentalités changent, le point de vue sceptique dominant chez les scientifiques devient minoritaire. Mais cela fait soixante ans que les ufologues attendent que le partage dont ils sont les victimes se retourne à leur avantage. Qu’est-ce qui permettrait donc de gagner pareille bataille ? Qu’est-ce qui pourrait provoquer un tel changement d’opinion et faire que les ovnis, perçus jusqu’ici comme une forme d’irrationnel, deviennent scientifiquement intéressant ? La solution est peut-être beaucoup plus simple que celle qui suppose et attend en vain un « changement de mentalités ».
Cette solution la voici : elle consiste à renoncer à transformer la science « officielle » en une sorte de pseudoscience obsolète, mais plutôt à refuser cette idée d’un partage entre vraie et fausse science, ce qui revient à faire de l’ovni une anomalie parmi tant d’autres. Il ne s’agit donc pas d’essayer de faire gagner l’ufologie sur la science, mais de contester l’image de deux camps que tout opposerait. Que devient la polémique si l’idée d’un partage entre vraie et fausse science disparaît ? On se retrouve avec une controverse comme il y en a tant à propos de questions scientifiques ou de sociétés, mais une controverse dont la victoire ne passe plus par l’exclusion des uns ou des autres.
Cela revient à prendre l’ufologue non plus comme l’adversaire de la démarche scientifique mais comme un débatteur, un participant normal à une controverse. Est-il possible de faire ainsi varier l’image que se fait souvent le rationalisme de l’ufologue et de ne plus associer à ce mot les termes de pseudoscience et d’irrationnel mais de considérer l’ufologue comme un participant légitime à une controverse dont l’issue n’implique plus le remplacement de la rationalité par l’irrationalité, d’une science par une autre, mais l’intégration d’une série de phénomènes dans le domaine scientifique sans supposer que cela pose d’incommensurables problèmes ?
Certains acteurs de la controverse ovni refusent l’idée que l’ovni puisse juste être un phénomène comme la science en étudie tant (même s’il est d’origine extraterrestre). Les rationalistes bien sûr, mais ils ne sont pas les seuls à défendre cette vision du débat. Une partie des ufologues sont tout autant que les rationalistes attachés à l’idée que l’acceptation des ovnis entraîne un renversement des repères du vrai et du faux, du rationnel et de l’irrationnel. Le vrai paradoxe de la controverse sur les ovnis, c’est la façon dont la dispute dégénère rapidement vers des accusations de complot contre le savoir. Mais cette situation n’est pas une fatalité.

Changement de paradigme ?

Depuis une vingtaine d’années, l’évolution de la réflexion dans plusieurs domaines scientifiques a conduit à une modification profonde de la perception de sujets dits marginaux. Évolution lourde de conséquence pour le débat sur les ovnis.
C’est tout d’abord l’histoire des sciences qui a bien évolué. Certains sujets, autrefois rejetés comme indignes de l’intérêt des historiens des sciences, ont, ces dernières années, fait l’objet d’un nombre croissant d’études. C’est le cas de l’alchimie, de l’astrologie. Non seulement ces domaines sont plus étudiés qu’autrefois, mais surtout l’image que l’on en longtemps eu a été bouleversée par les études récentes. Ainsi l’image d’une alchimie précédant la chimie comme la magie précèderait la science a été battue en brèche par les historiens. De même, les historiens ont montré que l’astrologie et l’astronomie ne se succèdent pas comme on l’a longtemps cru comme l’erreur et la vérité. Un certain nombre d’ouvrages de vulgarisation, souvent écrits par des astronomes, ont décrit la façon dont l’astronomie se serait débarrassée peu à peu de l’astrologie. Or la réalité est tout autre. D’une part les fondateurs de l’astronomie moderne ne tournaient pas le dos à l’astrologie, mais cette dernière a permis, par sa façon d’appréhender le ciel, de préparer le terrain à l’astronomie. Ce point a été démontré par l’historien des sciences Pierre Thuillier dans un article paru dans L’Histoire il y a une vingtaine d’années. D’autre part, ce n’est pas l’astronomie qui a invalidé l’astrologie, mais le politique. L’historien Hervé Drévillon a démontré clairement cet aspect des choses dans sa thèse.
L’histoire des sciences n’est pas la seule discipline à avoir connu une évolution importante. Une autre discipline a profondément changé au cours des décennies récentes, il s’agit de la sociologie des sciences. Longtemps, l’idée d’étudier l’univers des sciences se limitait à étudier la profession de chercheur, en laissant de côté le contenu des sciences, considéré inaccessible, faute de compétence. De nombreuses études sociologiques ont montré que non seulement il était possible de traiter le contenu des débats scientifiques, mais aussi qu’il était impensable d’envisager de comprendre la place des sciences dans notre société sans traiter ce contenu. Du coup l’image des sciences héritées de l’épistémologie, soucieuse d’établir un partage net entre la pratique scientifique et la vie quotidienne, perd de sa pertinence. Il ne s’agit bien sûr pas de dire que tout se vaut, mais simplement que les différences sont sans doute moins « radicalement différentes » qu’on ne l’avait cru.

Le mythe de la crédulité populaire

L’anthropologie et l’histoire culturelles ont également beaucoup évolué par rapport à certains sujets. Longtemps, l’histoire et l’anthropologie ont établi un partage entre la pensée scientifique, occidentale et la pensée magique, celle des populations dites « sauvages », entre la culture scientifique et la culture populaire. Aujourd’hui les historiens et les anthropologues ne croient plus à la pertinence de ces catégories de culture populaire, de pensée magique.
Un exemple précis, souvent évoqué par rapport aux ovnis, permet de bien faire comprendre les conséquences de cette évolution. Le 30 octobre 1938, Orson Welles met en scène sur les ondes de CBS le roman de l’écrivain anglais HG Wells, La Guerre des mondes (1897). On connaît le résultat : panique des auditeurs qui prennent au sérieux l’émission et s’enfuient pour échapper aux Martiens. Cette histoire a été très souvent invoquée par les porte-parole du savoir pour montrer les risques qu’il y avait à laisser se développer la croyance aux ovnis. Malheureusement pour ces critiques, et heureusement pour le public prétendument crédule, l’émission d’Orson Welles n’a été suivie d’aucune panique de l’ampleur de celle décrite dans la littérature, Aucun suicide, aucun accident grave, etc. Si les auditeurs n’ont pas paniqué, que faut-il croire de l’image de « public crédule prêt à paniquer à la première annonce de survol de soucoupe » qui accompagne toute discussion sur les ovnis ?
Dans tous les domaines de la connaissance portant sur la conception du savoir et sur les différences entre la pensée de tous les jours et la pensée scientifique, la réflexion a énormément évolué, abandonnant les conceptions dévalorisantes du public « crédule » et « irrationnel ». Si cette vision de la société en termes d’opposition entre vraie et fausse science, entre pensée scientifique et pensée magique, ne tient pas, que valent les arguments opposés aux ovnis qui brandissent le risque de panique, de montée de l’irrationnel, qui affirment l’irrationalité des ovnis ?
On peut en conclure que, sans prendre position sur la réalité des faits, prise de position qui sera seulement éventuellement permise par une étude des données, il est néanmoins possible de cesser de voir le problème sous l’angle d’une opposition violente entre vraie et fausse connaissance. Trop longtemps, on a confondu la pratique scientifique réelle et une certaine image idéale et irréelle sortie de magazines, comme on confond le travail de l’espionnage réel et la figure mythologique de James Bond. Si on troque l’image de la science telle qu’on l’imagine avec l’image de la pratique scientifique réelle, on modifie profondément la nature du débat ovni. Il ne s’agit plus de se prémunir contre l’irrationnel ou la fausse science mais de discuter de phénomènes, de données et de voir ce que la science peut en faire.
Le débat se déplace alors. Il ne s’agit plus de vaincre une ufologie jugée irrationnelle ou au contraire d’abattre une science jugée obsolète, mais de se demander quelles pratiques scientifiques mettre en place pour obtenir le genre de données permettant à une discussion scientifique d’être conduite. Il n’est donc plus question d’évoquer de grandes révolutions où l’on passerait, brutalement, de l’irrationalité, de la subjectivité, à la rationalité, à l’objectivité, mais de se doter du même genre d’outils dont se dotent les chercheurs confrontés à des données produites par des acteurs qui ne maîtrisent pas le discours savant. On n’attend plus du témoin qu’il devienne miraculeusement rationnel mais du chercheur qu’il se montre capable de déployer les outils permettant de tirer quelque chose de données testimoniales.
Ce qui est étrange, comme on l’a noté au début de cet article, c’est la volonté partagée à la fois par les rationalistes et par les ufologues de donner à leur débat l’image d’une opposition entre deux mondes, alors que la réalité est bien plus simple. Le problème c’est que l’ufologie a fini par se retrouver prisonnière de pratiques empruntées complaisamment au discours rationaliste et qui ont fini par bloquer toute discussion.

La politesse comme règle épistémologique

Pourtant, ici et là, la situation a évolué et différents groupes et personnes ont modifié certaines pratiques et fait évoluer le débat sur les ovnis. Ainsi le GEPA (Groupe d’Études des Phénomènes aériens, fondé en 1962 et longtemps dirigé par René Fouéré), en proposant un univers extrêmement policé, même trop selon certains, a mis en place une des règles fondamentales du travail scientifique : l’interdiction de s’insulter par écrit, dans le cadre des publications professionnelles. Ne nous leurrons pas : les scientifiques sont tout autant que les ufologues capables de se détester, mais il leur est généralement impossible de remplir leurs articles avec de telles démonstrations de divergences personnelles. Les jugements personnels doivent rester en dehors de l’article. Le GEPA avait, de même, et contrairement à la plupart des autres groupes, institué une règle très stricte de politesse entre les ufologues et à l’égard des opposants.
On peut s’étonner de s’attarder ainsi sur un aspect en apparence marginal de la pratique scientifique ou ufologique. Pourtant, cet aspect est lourd de conséquence. En effet, il suffit de prendre la mesure des conséquences de cette règle de politesse instaurée par René Fouéré pour en saisir l’immense portée. Aujourd’hui où sur Internet les ufologues passent une partie de leur temps à s’insulter et à discuter des qualités des uns et des autres, le résultat concret est que, finalement, ces ufologues parlent d’autre chose que des faits. Un temps précieux qui pourrait être consacré à ces faits est perdu à s’invectiver. Si l’insulte était interdite, les ufologues seraient contraints soit à laisser tomber l’ufologie, soit à parler d’autre chose que des personnes, et donc des faits. On peut parier que le domaine en serait profondément modifié.

L’anomalie belge : l’importance des conditions matérielles de travail

Je voudrais évoquer un autre groupe qui à l’instar du GEPA a bouleversé les habitudes ufologiques et profondément modifié la nature du débat. Ce groupe, c’est bien évidemment la SOBEPS. En effet, il suffit de se pencher, même superficiellement, sur l’histoire de la SOBEPS, pour constater que son histoire est très différente de celle de la plupart des autres groupes ovnis. Il suffit de passer la frontière pour que l’impression de bricolage inefficace qui se dégage du travail de la plupart des groupes français disparaisse lorsqu’on arrive à Bruxelles. Á croire que lorsqu’il s’agit des amateurs, en Belgique le sujet est pris plus au sérieux que partout ailleurs dans le monde, et surtout qu’en France. Comment expliquer la différence de statut entre la SOBEPS, notamment au cours de la grande vague de 1989-90, et le statut, ou plutôt l’absence de statut, des groupes français par rapport aux autorités ? Certes les ufologues belges sont, à l’instar de leurs aînés du GEPA, polis avec leurs interlocuteurs, attitude très méritoire lorsqu’on constate le niveau de certaines critiques prétendument scientifiques qui leur sont opposées par certains. Mais ce n’est pas tout. Il y a un aspect que la SOBEPS a poussé plus loin sans doute qu’aucun autre groupe ufologique. Et cet aspect, c’est la mise en place de lieux où travailler, trier les données, débattre sur ces données. La SOBEPS est un des rares groupes à s’être doté dès le départ de locaux dans lesquels les membres ont pu travailler.
Ici aussi, comme sur le cas de la politesse, le fait d’insister sur un aspect en apparence aussi éloigné de la réflexion scientifique que le fait d’avoir des murs et des bureaux peut paraître étrange et très décalé par rapport à une réflexion scientifique sérieuse. La science ne saurait se réduire au fait d’avoir des murs. Non, bien évidemment, mais ici aussi, comme on l’a fait plus haut à propos de la politesse, imaginons la SOBEPS sans ses extraordinaires locaux de l’avenue Paul Janson. Imaginons que la SOBEPS ait voulu réaliser le programme de travail de la période 1989-90 en se réunissant, comme ses homologues français, dans la cuisine ou le salon de tel ou tel membre ? Aurait-il était possible d’organiser le groupe de la même façon sans l’aide de locaux fixes où chaque membre pouvait retrouver à la même place les revues, les dossiers, où il pouvait les ranger sans que la vie privée n’impose de déplacer les choses ?
De nombreux travaux ont été consacrés ces dernières années à l’importance des laboratoires dans la réalisation du travail scientifique, à l’importance des lieux matériels et à leur rôle dans la production concrète des données scientifiques. De même que les colonnes des tableaux permettent de classer les données, de même le fait de disposer de locaux, de murs, d’étagères, permet aussi, comme les colonnes d’un tableau, d’organiser les données, de profondément modifier la nature du travail ufologique et de le rendre moins friable que celui des autres ufologues dépourvus de ce genre de dispositif.
Il n’est pas question de réduire la pratique scientifique au fait d’être poli ou d’avoir des laboratoires, mais de noter que ce genre de dispositif à des conséquences plus visibles et concrètes que le fait de « penser scientifiquement » ou d’être « rationnel ». On peut même noter que ce sont des conditions concrètes comme le fait d’être poli ou le fait d’être doté de murs qui permet d’être scientifique et rationnel et non le contraire.

Ne pas séparer les faits et les hypothèses

Il reste un dernier aspect à évoquer ici et je rejoins ici les réflexions de Bertrand Méheust dans ce même numéro. Souvent, pour « faire scientifique », on croit utile de séparer les faits et leur interprétation. Il faudrait mettre en évidence des faits mais se garder de toute interprétation hâtive, voire de toute interprétation tout court. Mais la science n’a que faire de collectionner des faits dépourvus d’interprétation. Pasteur ne s’est pas intéressé aux microbes sans formuler d’hypothèse sur leur nature. Le résultat aurait été très différent. Il ne s’agissait pas de simplement prouver l’existence des microbes mais de modifier le court de la société avec ces microbes. En démontrant l’existence des microbes, Pasteur a profondément changé la société, il l’a « pasteurisé ».
Pourquoi l’ufologie devrait-elle s’interdire de formuler des hypothèses sur la nature des données qu’elle manipule ? Au nom de quoi l’attitude scientifique serait-elle associée au refus de spéculer sur la nature des données ?
Mais lorsqu’il s’agit d’hypothèses, deux modèles principaux s’opposent alors. Le premier suppose l’existence de phénomènes naturels nouveaux, le second suppose l’existence d’un phénomène doté d’intention, peut-être d’origine ET. Ici aussi on suppose que la démarche scientifique se trouve du côté de l’hypothèse de phénomènes naturels et non du côté de l’hypothèse extraterrestre (HET), qui verserait trop facilement dans l’irrationalité. Mais en quoi le fait de supposer l’existence de visites extraterrestres enlèverait-il du sérieux à la démarche ? Si les enquêteurs sont capables de faire la différence entre les faits et leurs hypothèses, pourquoi cela devrait-il poser un problème ?
Le domaine SETI dont on oppose souvent la rationalité à l’irrationalité supposée de l’ufologie, n’hésite par à mettre en avant son intérêt pour la recherche d’extraterrestres.
Si on trouve des phénomènes astrophysiques ou radio nouveaux on sera toujours à temps d’en ternir compte dans la recherche. Pourquoi l’ufologie devrait-elle se comporter différemment ? Elle peut très bien afficher un intérêt pour l’hypothèse extraterrestre, quitte à réviser ses ambitions à la baisse si les données ne suivent pas. Au moins l’HET est source de motivation et risque de se révéler plus mobilisatrice que d’autres hypothèses plus conventionnelles.
L’ufologie n’a pas de raison de se croire aux marges des sciences. Elle n’est pas une discipline acceptée, loin de là, mais c’est en raison de la conjonction de raisons énoncées par les rationalistes et reprises, une fois inversées, par certains ufologues. L’évolution des connaissances dans le domaine des sciences sociales permet de profondément réviser notre conception de la connaissance et de l’opposition entre les savoirs.
De même, l’observation de la pratique scientifique et ufologique permet de constater la place occupée par des facteurs en apparence éloignés des règles de la méthode, mais dont les conséquences sont néanmoins très concrètes sur la capacité à produire des faits scientifiques.
Enfin, la comparaison entre le débat sur les ovnis et celui sur la vie extraterrestre permet de voir que ce n’est pas en se montrant le plus conservateur du point de vue des hypothèses que l’on se montre le plus scientifique. Il ne faut pas hésiter à afficher des ambitions réelles pour défendre un dossier, l’invalidation éventuelle de l’hypothèse n’entraînant pas le rejet ou la disqualification des faits dans leur ensemble.
Pendant des décennies, la responsabilité de produire un contexte de travail sérieux sur les ovnis dépendait de l’action de groupes comme la SOBEPS (ou le GEPA auparavant) qui ont su travailler en rompant avec les (trop souvent mauvaises) habitudes prises par les autres ufologues au contact de leurs adversaires rationalistes. Il va falloir aujourd’hui inventer de nouvelles pratiques.

 

 

 


Où va l’ufologie ?
Ou : peut-on se passer de la SOBEPS ?

Léon Brenig

Professeur à l’Université Libre de Bruxelles, Léon Brenig est un physicien spécialisé dans le calcul symbolique sur ordinateur, la physique statistique et celle des plasmas. Il participe également à une unité de recherche sur le développement de l’enseignement de la physique. Sa route a croisé celle de la SOBEPS dès les premiers jours de la vague, en décembre 1989.

Schererville, Indiana, ce jeudi 16 août 2007 vers 20h20, un étudiant revient chez lui en voiture. Soudain, il remarque un objet anormalement lumineux et de très grande dimension flottant au-dessus du croisement des routes US 30 et US 41. Le jeune homme constate en s’approchant que l’objet ne ressemble en rien à un avion commercial ou privé. La partie frontale est immense, fortement illuminée et constituée de plusieurs rangées de sources de lumière. Il semble se déplacer lentement à moins de 3000 mètres d’altitude et entame un virage vers le nord. Lors de la manœuvre, l’engin découvre sa base inférieure triangulaire et parsemée de lumières multicolores. L’étudiant décide de suivre l’objet en voiture, le perd de vue comme s’il s’était instantanément rendu invisible. Continuant à rouler vers le nord, le témoin le retrouve quelques kilomètres plus loin. Ce qui le frappe alors est que l’assiette de l’engin a changé tout en continuant à se déplacer vers le nord : il vole lentement sur le côté, sa base inférieure triangulaire, auparavant horizontale, se retrouvant dans un plan vertical ! Après d’autres péripéties, l’étudiant perd l’objet de vue définitivement.
Ce témoignage recueilli récemment par l’organisation ufologique américaine HBCC UFO fait partie d’une multitude d’observations similaires enregistrées dans le monde actuellement. Or, de fin 1989 à 1992, des milliers de témoins dans notre pays ont observé des phénomènes spatiaux totalement semblables à ceux-là tant en forme qu’en caractéristiques de vol. La SOBEPS a fait face à cette vague de manière exemplaire en envoyant des enquêteurs, organisant des campagnes d’observation et faisant faire des analyses en laboratoire des documents vidéos et photos obtenus par les témoins. Elle a su organiser un vaste réseau d’enquêteurs, établir des protocoles de collaboration officielle avec la Gendarmerie Nationale, la Force Aérienne et la Régie des Voies Aériennes. En dépit de ce déploiement unique de savoir-faire et d’énergie, il faut bien reconnaître que l’identification des objets observés lors de la vague d’ovnis en Belgique reste un mystère total encore actuellement. Ce constat s’étend, en fait, à l’échelle de la planète. Des objets triangulaires et de formes variées sont observés par des centaines de milliers de témoins occasionnels, cela va de la soucoupe « classique » à la sphère avec de nombreux « engins » en forme de cylindre, rectangle voir même de « méduses » volantes. Si la géométrie extérieure est variable, les caractéristiques de vol, elles, sont communes : maniabilité étonnante, silence quasi complet, accélérations énormes, tant dans le plan horizontal que verticalement, changements abrupts de direction, disparition soudaine, vol stationnaire sans souffle au sol.

In ovni veritas ?

Pourtant, depuis la fin de la vague belge, quinze ans se sont écoulés. Quinze années au cours desquelles de multiples conflits armés ont eu lieu en Afghanistan, Tchétchénie, Yougoslavie, Irak, pour ne citer que ceux-là. Si les observations de la vague belge représentaient d’éventuels prototypes militaires secrets, ces avions auraient dû être utilisés lors de ces guerres. Or, aucun média, même spécialisé en aviation militaire, n’a jamais rapporté l’apparition d’engins aussi remarquables sur les zones de combat. Peut-on imaginer un instant que les programmes de recherche secrets très longs et coûteux nécessaires pour mettre au point de tels progrès technologiques aussi considérables, ne soient pas amortis ensuite par l’utilisation de ces avions dans des conflits? L’argument qui consiste à supposer que c’est la furtivité de ces engins qui les rend invisibles ne tient évidemment pas puisque, dans ce cas, ils n’auraient pas déclenché les vagues d’observations constatées en Belgique et ailleurs.
Ce pourrait-il, alors, que toutes les observations faites lors de la vague belge aient été le fruit d’hallucinations individuelles ou collectives ? C’est sans compter avec le fait que les témoignages présentaient une très grande cohérence dès le début alors que la presse n’avaient pas encore eu le temps de diffuser vers le grand public un portrait robot des observations. C’est oublier également que les premiers témoins étaient des agents assermentés connus pour leur professionnalisme. C’est oublier aussi que la plupart des descriptions des témoins étaient faites en des termes généralement très modérés, parmi lesquels même les mots « ovni » ou « extraterrestre » n’intervenaient pratiquement jamais. C’est, en outre, ne pas se rappeler qu’énormément de témoins ont demandé l’anonymat lors des enquêtes et que les personnes acceptant de témoigner en mentionnaient très souvent d’autres, présentes lors de l’observation, qui refusaient de se confier. Cette attitude très répandue à l’époque montre que la plupart des témoignages n’étaient pas faits dans le but de faire parler de soi. Dans ce cas, à quoi bon inventer une histoire croustillante ? Il était la plupart du temps évident que ces gens tenaient à avoir une explication pour un événement qui les avaient surpris au plus haut point jusqu’à les inquiéter et les inciter à appeler la gendarmerie ou à contacter la SOBEPS quand ils en connaissaient l’existence. Cela dit, s’il s’agit d’une hallucination, elle se poursuit encore maintenant de par le monde ! Il ne se passe pas une semaine sans que des personnes civiles ou assermentées des diverses régions du globe ne fassent état d’observations répondant aux mêmes caractéristiques que celles décrites plus haut. De plus, la popularisation de moyens efficaces de prises d’images comme les caméras vidéos, appareils photos numériques, téléphones portables munis d’appareil photo, permet à de nombreux témoins d’étayer leurs dire par des images dont la qualité s’améliore d’année en année.
Évidemment, on me rétorquera que les possibilités de truquage augmentent également avec l’avènement des appareils numériques. Ici on quitte le domaine de l’hallucination pour entrer dans celui de la falsification volontaire. L’hypothèse qui consiste à penser que des milliers de personnes dans le monde cherchent à truquer des images numériques pour faire croire qu’elles ont observé des objets volants inhabituels souffre des mêmes difficultés que l’hallucination collective. En effet, ces témoins demandent souvent l’anonymat et quand ils ne le demandent pas, ils savent qu’ils risquent d’affronter la dérision de leurs parents, amis, collègues, employeurs et ne recherchent pas la publicité. Il me paraît clair que les témoins qui osent confier leur observation et les images qu’ils en ont prises sont plus souvent poussés par la volonté de comprendre un événement extraordinaire qu’ils ont vécu que par celle de tromper les chercheurs, gendarmes ou médias !
Enfin, si les possibilités de truquage augmentent, parallèlement, les techniques d’analyses d’images progressent à un rythme encore plus grand, car contrairement aux premières, ces dernières font l’objet de recherches coordonnées dans de nombreux laboratoires tant civils que militaires. En fait, ces recherches sont rendues nécessaires par la multiplication des images obtenues par la télédétection satellite et des moyens très importants leur sont donc affectés. Ces techniques peuvent être utilisées pour détecter des falsifications dans les images rapportées par les témoins. La SOBEPS a montré la voie dans ce domaine en confiant des documents photos ou vidéos à de grands laboratoires spécialisés dans l’analyse d’image comme celui du professeur Marc Acheroy à l’École Royale Militaire.
Alors, que répondre à la question « les ovnis existent-ils ?» ? Ma conclusion provisoire est que de nombreux cas d’objets volants réellement non identifiés (OVNI) sont confirmés. N’oublions pas que ces cas constituent le résidu de l’ordre de vingt pourcents d’un ensemble plus vaste de témoignages dont la majorité s’avèrent être non pas des hallucinations ou des falsifications mais simplement des confusions involontaires avec des objets ou phénomènes naturels bien identifiés. Tout ce que l’on peut affirmer est que ces vingt pourcents d’observations correspondent à des objets artificiels, c’est-à-dire des engins construit par des êtres intelligents ayant une technologie développée. Ce que l’on ne peut, par contre, pas affirmer est que ces êtres ne sont pas humains ! En effet, nous n’avons aucune preuve matérielle analysable qui puisse être soumise à l’investigation des chercheurs civils ou militaires et qui fournisse une preuve scientifique d’une éventuelle origine extraterrestre.
Tout ce que nous pouvons avancer est un faisceau d’indices qui, pris ensemble, donnent un portrait général du phénomène ovni peu compatible avec une origine humaine. Ces indices sont de deux types. Tout d’abord, les performances de vols déjà mentionnées plus haut ne semblent pas pouvoir être atteintes dans l’état actuel de nos connaissances scientifiques et des moyens techniques qui en découlent. Les accélérations énormes dont font preuve ces engins, le vol lent ou stationnaire en silence et sans souffle sur l’environnement, les disparitions instantanées impliquent un ou des modes de propulsion radicalement nouveaux et difficiles à concilier avec ce que nous savons actuellement des lois de la nature. Ensuite, les motivations de ceux qui effectuent des vols à basse altitude, tous feux allumés au-dessus de zones densément peuplées semblent incompréhensibles s’il s’agit de missions programmées et effectuées par des humains. Car à quoi bon effectuer de tels vols « exhibitionnistes » s’il s’agit de prototypes secrets et pourquoi faire encourir des risques aux populations s’il s’agit de tests de fiabilité ? Pourquoi faire stationner un engin volant tant au-dessus d’une ferme ou d’un cimetière que d’une ligne haute tension ou d’une centrale nucléaire ? Pourquoi effectuer des manœuvres apparemment absurdes comme des mouvements de va-et-vient alternatifs ou des vols en dents-de-scie ? De plus, comme je l’ai déjà développé plus haut, un temps suffisant s’est écoulé depuis la vague belge, par exemple, pour nous permettre de savoir que ces « prototypes » n’ont jamais été utilisés lors de missions réelles dans les zones de conflits. En effet, ces conflits se passent également en zones densément peuplées et le passage de ces engins devrait donc être aussi visible par les habitants de ces zones que lors de leurs essais en tant que prototypes par les habitants de notre pays !
Cependant, ces arguments ne suffisent pas à donner une preuve scientifique du caractère étranger à la Terre de ces objets. Une telle preuve serait fournie si nous disposions, par exemple, d’échantillons de matière en provenance de ceux-ci. Une analyse chimique et isotopique suffirait alors pour décider sans ambiguïté de leur origine terrestre ou non. Une autre preuve serait obtenue si nous pouvions observer un ovni avec des instruments permettant d’analyser ce qui est émis par celui-ci dans l’environnement pour assurer sa propulsion, ondes électromagnétiques, ionisation de l’air environnant, radioactivité, paires particule-antiparticule, déchets chimiques. Dans ce cas, la preuve d’une éventuelle origine extra-terrestre sera plus difficile à démontrer que dans le cas précédent mais pas totalement impossible. Un troisième type de preuve, évidente celle-là, serait obtenue par la possession de matériel biologique provenant de ces engins.

Statut de l’hypothèse extraterrestre

Tout ceci nous mène à discuter du statut de la tant décriée hypothèse extraterrestre. Beaucoup d’opposants de l’ufologie classent celle-ci dans les sciences dites du paranormal, autrement dit parmi les pseudo-sciences. Ce qui les pousse à le faire est l’hypothèse extraterrestre qui est souvent avancée pour expliquer le phénomène ovni. Or, contrairement aux phénomènes dits paranormaux, télépathie, télékinésie, prédiction du futur, manifestations d’esprits de défunts, l’hypothèse de l’existence de vie extraterrestre n’a rien d’extravagant.
Les phénomènes paranormaux que je viens d’énumérer supposent des violations flagrantes des lois de la physique et de la biologie telles que nous les connaissons actuellement. Par contre, l’hypothèse que la vie puisse se développer ailleurs que sur la Terre n’implique rien de tel. La biologie contemporaine considère que dans toute région de l’Univers où les conditions chimiques, climatiques sont remplies, la vie devrait se développer spontanément à partir des éléments chimiques disponibles. Cela ne veut pas dire qu’elle prendra des formes similaires à celles de la vie terrestre. Il suffit de considérer la diversité déjà très importante des espèces animales terrestre nées pourtant sur la même planète : qu’y a-t-il de commun au moins extérieurement entre un poulpe et un chimpanzé ? Rien de commun dans le plan organisationnel de l’organisme à part le fait de posséder une bouche et un anus, une tête et deux yeux, et surtout un cerveau et un comportement intelligent. On peut donc envisager que des différences encore plus grandes puissent exister entre d’éventuels organismes vivants extraterrestres et terrestres. Des êtres biologiques extraterrestres pourraient avoir développer des comportements cognitifs sophistiqués comme une pensée scientifique ou philosophique sans pour autant nous ressembler. Il n’y a rien dans ces hypothèses qui soit en contradiction avec les possibilités que la science actuelle permet. Il n’en est pas de même avec les esprits des défunts. La science ne sait déjà pas définir ce qu’est un esprit ou une âme, pas plus qu’elle ne sait définir la conscience ! Quant à la survie de « quelque chose » après la mort, cette même science est encore moins capable d’affirmer quoi que ce soit…
Un autre fait scientifique vient à l’appui de l’hypothèse extraterrestre : les découvertes d’un nombre croissant de planètes dans des systèmes stellaires différents de notre système solaire. Avec le développement de télescopes en orbites spatiales, la découverte de ces petits objets astronomiques devient possible même à des distances de plusieurs années-lumière. Parmi ces planètes récemment identifiées, on en compte quelques-unes ayant des caractéristiques proches de celles de la Terre : mêmes dimensions et masses approximatives, distance de l’étoile proche de celle de la Terre au Soleil, constitution rocheuse et non gazeuse etc… De telles similitudes rendent possible l’existence d’eau à l’état liquide, ce qui est considéré par la biologie comme une condition nécessaire à l’apparition spontanée de la vie.
Quant à l’évolution de ces formes de vie vers des espèces intelligentes ayant développé des technologies capables de les faire sortir de leur système stellaire, notre propre existence est la preuve que cela est biologiquement et physiquement possible. Cela nous permet-il de supposer que de telles espèces existent et sont parvenues à se déplacer dans l’Univers jusqu’à notre planète ? Pour cela, elles devraient avoir dépassé de peu notre propre développement scientifique actuel, puisque nous sommes déjà capables de visiter notre propre système stellaire. Cette éventualité n’a rien d’improbable. En effet, le développement de notre espèce s’est fait durant les derniers neuf millions d’années, période où des primates africains ont progressivement évolué vers la bipédie et vers la forme actuelle, l’homo sapiens. Or neuf millions d’années ne sont rien en regard des quatorze milliards d’années que l’Univers existe depuis le Big-Bang. Il est très probable que parmi les planètes de types Terre qui se trouvent dans un rayon de quelques années-lumière, des espèces vivantes aient évolué vers des formes intelligentes avec une avance de quelques milliers d’années seulement sur nous. Or, la vitesse du progrès scientifique et technique que notre espèce engendre montre clairement qu’une différence de quelques siècles seulement peut mener à des différences énormes dans les moyens de transport par exemple. En moins de deux siècles, nous sommes passés du déplacement à cheval et en voilier à l’automobile et à la navette spatiale. Une espèce qui n’aurait que deux siècles d’avance sur nous pourrait donc avoir fait des progrès insoupçonnés en matière de modes de déplacement. Or que représentent deux siècles par rapport à neuf millions d’années et par rapport à quatorze milliards d’années ?
De fait, peu de scientifiques actuellement contestent cette possibilité. La seule inconnue qui subsiste est le calcul de la probabilité de l’apparition d’organismes vivants primitifs lorsque les conditions physico-chimiques sont remplies sur une planète. Cette question fait l’objet de nombreuses recherches actuellement et revient à comprendre l’origine physico-chimique des premiers organismes vivants monocellulaires tels que les bactéries. Connaître cette probabilité permettrait de savoir combien de temps doit s’écouler après l’apparition des conditions adéquates pour que les premières formes de vie apparaissent sur une planète. Sur la Terre, cette durée a été de l’ordre de un milliard d’année après la formation de celle-ci comme planète rocheuse. La question est de savoir de quels facteurs physiques et chimiques dépend cette durée.
Une question liée à celle-là est de savoir si la seule forme de vie possible doit être absolument basée sur la présence d’eau liquide et de molécules organiques, c’est-à-dire constituée de molécules constituées de plusieurs atomes de carbone entourés d’atomes d’hydrogène et d’autres éléments atomiques du tableau de Mendeléev. Á ce propos, une découverte récente pourrait bien bouleverser complètement nos connaissances. Des physiciens russes et allemands viennent de démontrer (voir les articles cités dans la bibliographie) que des structures ayant toutes les caractéristiques de la vie, c’est-à-dire un métabolisme leur permettant de se construire à partir d’éléments nutritifs de leur environnement ainsi que la capacité de se reproduire et de transmettre un code permettant la reproduction à l’identique, apparaissent spontanément dans les gaz de poussières interstellaires. Ces gaz sont constitués d’un mélange de molécules et d’atomes ionisés, d’électrons et de grains de poussières macroscopiques (c’est-à-dire contenant des milliards de milliards de molécules agrégées) chargés électriquement. Ces gaz représentent plus de soixante pourcents de la matière visible dans l’Univers ! Ces physiciens ont montré théoriquement et expérimentalement en laboratoire que des structures ordonnées composées de ces grains de poussières chargés apparaissent dans des conditions semblables à celles qui règnent dans l’espace. Ces structures ne sont donc pas constituées de molécules organiques et, pourtant, elles possèdent un métabolisme, en fait, elles se « nourrissent » d’électrons et de molécules ionisées, et sont capables de se reproduire identiquement en transmettant leurs caractères acquis. Elles ont donc bien tout ce qui fait un organisme vivant ! Or la probabilité que de telles structures puissent apparaître est incroyablement plus élevée que celle de l’apparition de la vie basée sur le carbone et l’eau. Cela implique qu’il y a de fortes chances que de tels « organismes » existent dans l’espace et y soient même abondants !
Les auteurs de cette découverte datée du mois d’août 2007 proposent d’utiliser des télescopes actuellement en orbite autour de la Terre pour détecter la présence de ces organismes qui devraient théoriquement émettre des signaux reconnaissables dans le spectre infrarouge qui constituent leur signature. Ce nouveau développement va bien au-delà de ce que le programme SETI recherche puisque celui-ci se contente de rechercher des formes de vie basée sur le carbone comme la nôtre.

Continuer ou abandonner l’ufologie ?

Notre association, la SOBEPS, a décidé de mettre fin à son existence. Cela veut-il dire que nous pensons qu’il faut abandonner la recherche en ufologie ?
Certainement pas ! Des moyens sont apparus ou se développent qui feront progresser la recherche ufologique de manière décisive dans le futur proche. Des images satellite d’une précision extraordinaire sont et seront mises à la disposition du public sans limitations militaires. « Google Earth » en est un exemple dès maintenant. Cet outil accessible gratuitement à tout propriétaire d’un ordinateur permet de voir en n’importe quel point de la planète des objets de la taille d’un bâtiment ou même d’un camion. Les ovnis décrits dans l’abondante littérature ufologique sont généralement de tailles comparables. Au stade actuel de développement de Google, l’accès gratuit ne concerne que des images anciennes prises à des époques arbitraires. Mais on peut accéder à des images correspondant à des coordonnées géographiques données et à un instant précis moyennant payement. Ce genre de données va se multiplier avec l’envoi de satellites de plus en plus nombreux et précis. On pourra donc tenter de retrouver, mon vieux rêve, un ovni décrit par un témoin dans une zone précise et à un instant correspondant à celui du témoignage !
De plus, les échanges d’information par Internet permettent d’ores et déjà, et permettront encore plus dans le futur, des échanges d’informations et la coordination d’actions concertées telles que des campagnes d’observation.
Alors, est-ce bien le moment de dissoudre la SOBEPS ? La réponse est que sous son ancienne forme, notre association avait été au bout de ses capacités et ce ne fut pas négligeable ! Mais le Phénix renaîtra peut-être de ses cendres sous une forme électronique, qui sait ? En tout cas, si vous voulez le savoir, suivez dans les mois qui viennent ce qui va se passer sur le site Internet de la SOBEPS.

Bibliographie

V.N. Tsytovitch, G.E. Morfill, V.E. Fortov, N.G. Gussein-Zade, B.A. Klumov et S.V. Vladimirov, New Journal of Physics, volume 9 (2007), page 263 (accessible gratuitement sur Internet), « From plasma crystals and helical structures towards inorganic living matter ». Ceci est un article assez technique et en anglais.

Des informations plus vulgarisée sur cette découverte peuvent être obtenue sur Google en introduisant les mots-clefs « vie » et « gaz interstellaire » ou en anglais « life » et « interstellar dust ».

 

 

 


Ne manquez pas de lire…

Patrick Ferryn

Puisque nous fermons boutique, et juste avant de descendre le volet, je m’en voudrais de prendre congé sans vous conseiller un peu de lecture… « pour la route », comme on dit ! Les ouvrages sur les ovnis sont légion et le meilleur y côtoie le pire. Ceux dont il sera question ici sont parus dans le courant de l’année et ils méritent toute votre attention.

« Roswell, l’ultime enquête », Karl Pflock. Terre de Brumes, 2007.

On nous demande souvent notre avis à propos de cette désormais incontournable affaire de Roswell, à coup sûr l’événement ufologique (ou le non-événement, selon d’autres !) qui a fait couler le plus d’encre. Pierre Lagrange y avait déjà consacré un volume (« La rumeur de Roswell », La Découverte, 1996), ainsi que Gildas Bourdais (« Sont-ils déjà là ? », Presses du Châtelet, 1995, et « Roswell : Enquêtes, Secret et Désinformation », éditions JMG, 2004). Pour faire court, disons que le premier est plutôt « contre » l’originalité de l’affaire, tandis que le second est franchement « pour ». Il faut le concéder : y voir clair dans l’inextricable écheveau de Roswell n’est pas une entreprise aisée. L’auteur américain Karl Plock – dans un premier temps favorable à l’authenticité des faits qu’on nous présente – a mené une contre-enquête longue et méticuleuse auprès des principaux protagonistes et nombreux enquêteurs, civils et militaires, qui s’y sont frottés depuis pas mal d’années maintenant. Elle l’a conduit à reconsidérer son jugement (il était « pour » dans un premier temps !) et il nous a livré les résultats de ses investigations dans cette somme parue en 2001 aux Etats-Unis, enfin disponible en français. Pflock, qui est décédé en 2006, a été conseiller technique pour le Département de la Défense, consultant au sein des milieux politiques à Washington, et employé de la CIA. Ayant joué un rôle important dans la relance de l’enquête sur Roswell par le Congrès et étant considéré comme l’un des meilleurs spécialistes sur les ovnis, il était le mieux placé pour reprendre l’affaire par le commencement et se pencher sur les multiples rebondissements qui la parsèment. Au terme de cette lecture, et au bout du bout du compte, on ne peut s’empêcher de constater que l’affaire de Roswell compte une belle bande de fieffés menteurs ou d’affabulateurs et qu’il est évident que les médias et certains ufologues ont considérablement gonflé l’importance des témoignages ainsi que leur nombre. En outre, comme je l’ai déjà écrit, il ne faut pas perdre de vue que Roswell est aussi « une bonne affaire » pour plus d’un ! Si le sujet vous intéresse donc tout particulièrement et bien que Gildas Bourdais conteste les conclusions de Karl Pflock dans son dernier livre sus mentionné, je ne puis que vous inciter à lire ces derniers ouvrages sur Roswell, pour vous forger votre propre opinion.

 

« Science-Fiction et Soucoupes Volantes – une réalité mythico-physique », Bertrand Méheust (préface d’Aimé Michel).Terre de Brumes, 2007.

Ce livre est la réédition du texte paru en 1978. Mais l’auteur a tenu à revenir sur son parcours dans une préface inédite où il examine sans concessions les qualités et les défauts de son ancienne enquête et, en s’appuyant sur sa propre démarche, il s’efforce d’imaginer les voies de l’ufologie future. Quelle bonne idée d’avoir sorti cette version avantageusement augmentée d’un livre dont Michel Bougard vous avait déjà dit tout le bien qu’il en pensait dans Inforespace n° 42, lors de sa parution en 1978 : « Je dois l’avouer : autant l’ouvrage de M. Monnerie avait pu m’irriter par certains aspects tronqués, autant celui de B. Méheust m’a enthousiasmé par sa rigueur et son originalité. Pendant 350 pages, Méheust étonne, révèle, montre, démontre, inquiète, foisonne d’idées lucides et s’empêtre dans des arguments philosophiques, utilise une écriture limpide ou s’enferme dans un jargon illisible. Ouvrage déroutant, révélateur et irritant. Ouvrage qui ne peut en tout cas laisser indifférent au même titre que celui de Monnerie. Ouvrage capital sans doute. […] C’est en tout cas un livre que vous devez vous procurer sans tarder. Non seulement parce qu’il est essentiel dans la bibliothèque de celui qui veut se tenir au courant de l’évolution des idées en ufologie, mais surtout parce qu’il s’agit là d’un travail essentiellement original. Cet ouvrage déchaînera les passions : porté aux nues par certains, Méheust sera sans doute traîné dans la boue par d’autres. Mais qu’importe, le plus important est qu’il ne peut pas vous laisser indifférent ». Et tout comme lui, je persiste et signe. Voilà probablement un des livres les plus pertinents qu’on ait jamais écrit sur le phénomène ovni, qui en même temps déborde largement sur une réflexion hautement passionnante et fascinante, débouchant sur un problème chargé d’implications philosophiques et scientifiques qui ne peut que nous interpeller. Pour avoir minutieusement consulté nos volumineux rapports d’enquêtes, Méheust est aussi un bon connaisseur des événements qui se sont déroulés dans notre pays entre 1989 et 1991. Il avait d’ailleurs écrit ce qu’il en pensait dans un petit opuscule : « Retour sur l’ “Anomalie belge” » (le Livre Bleu Editeur, 2000). Avec Méheust, et à l’heure de dissoudre notre association, nous affirmons haut et fort que les explications données ci et là pour rendre compte des observations remarquables qu’on nous a rapportées ne sont pas satisfaisantes. La « vague belge » demeure inexpliquée. Enfin, le livre est agrémenté d’une époustouflante iconographie montrant de superbes soucoupes volantes issues de magazines américains datant d’une époque… antérieure à la célèbre observation de Kenneth Arnold (juin 1947), soit donc bien avant que le terme ne fut même forgé ! Et comme le soulignent les éditeurs : « Certaines des “soucoupes” imaginées par des illustrateurs de pulps des années trente sont tellement proches des représentations auxquelles nous ont habitués les magazines depuis 1947, qu’on a peine à croire qu’elles ont été conçues sans référence aux ovnis ». Je vous le répète : un livre à lire de toute urgence !

 

« OVNIS : ce qu’ILS ne veulent pas que vous sachiez - armée, services secrets, “debunkers” et autres maîtres de l’intox… », Pierre Lagrange. Presses du Châtelet, 2007.

« Nous cache-t-on la vérité sur les ovnis ? Depuis quelques années, l’existence d’un complot pour étouffer la vérité, jusque-là confinée aux milieux ufologiques, est admise par des scientifiques et par certains militaires. Mais quelle vérité ? Pierre Lagrange, l’un des rares chercheurs à avoir analysé en détail les documents déclassifiés issus des archives militaires américaines et françaises, décrit la montée de la théorie du complot et étudie les arguments avancés pour la défendre. Il montre comment certains experts militaires français, dénonciateurs des prétendus complots de l’US Air Force, reprennent en fait la même démarche, jugeant le grand public trop immature pour être associé au débat et connaître la vérité sur les phénomènes ovni. Pierre Lagrange met en lumière les liens qui unissent théoriciens du complot et “debunkers” et soumet à l’examen scientifique des documents jusqu’ici classés top secret, présentés pour la première fois en français ».
Voilà ce que nous dit la quatrième de couverture de cet ouvrage que le temps nous a manqué pour lire avec toute l’attention qu’il mérite, au moment de mettre notre dernier numéro sous presse. Il nous semble cependant tomber à pic tandis qu’il est à nouveau beaucoup question du sujet dans les médias et sur internet, où l’on trouve tout et son contraire et où les thèses « conspirationnistes » abondent.

 

 

 


OVNIS: VAGUE BELGE OU "BLAGUE BELGE ?"

Emission « Questions à la une » - RTBF

Mercredi 24 octobre 2007, à 20h20

Présentation: Jean-Claude Defossé.

Première partie (26 minutes): les “crop-circles” sont-ils des signes extra-terrestres ? On les appelle des “crop-circles”, littéralement des « cercles de culture ». Ces énormes figures géométriques apparaissent l’été, en pleine n