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LA DISSOLUTION DE L’ASBL
SOBEPS
Michel Bougard
That’s all folks !
The end…
Ite, missa est…
Il y a mille expressions pour signifier qu’on
est arrivé à la fin… Eh bien, nous y sommes, nous aussi. Réunis en assemblée
générale le 11 juin 2007, à l’unanimité, les membres effectifs de l’a.s.b.l.
SOBEPS ont décidé la dissolution de l’association. Voilà qui est bref… Comme
une lame de guillotine qui met fin à la vie d’une personne de trente-six
ans.
Il faudra sans doute qu’un jour, quelqu’un
écrive l’histoire de la SOBEPS. Ce ne sera pas moi. On ne fait pas de la
bonne histoire quand on est à la fois acteur et critique. La SOBEPS a été
lancée en mai 1971. Des membres fondateurs, seuls Lucien Clerebaut et
Patrick Ferryn sont encore sur le navire. Quant à moi, j’ai rejoint
l’équipage à peine deux mois plus tard, en juillet 1971.
Quand on annonce la mort de quelqu’un ou la
disparition d’une structure, il est de bon ton de se livrer à l’un ou
l’autre panégyrique, le défunt étant paré de toutes les qualités. Difficile
de rester objectif quand on a une boule au cœur, des souvenirs plein la
tête, et parfois des regrets.
En trente-six années d’activité, les
responsables de la SOBEPS ont mené beaucoup de combats. Notre souci majeur a
été de donner au dossier OVNI une crédibilité aussi grande que possible pour
qu’il soit pris en compte par la communauté scientifique. Il fallait pour
cela s’entourer de spécialistes, mettre au point des méthodes d’enquête
fiables, en toute indépendance mais sans a priori. C’était l’époque de
l’empirisme total, avec son lot de découvertes originales mais aussi des
faux pas et des culs-de-sac. Il me restera l’amertume de mauvaises
controverses avec certains “sceptiques” pour qui les témoins sont toujours
des gens qui se trompent, sont l’objet de confusions diverses ou bien sont
des menteurs. Qu’il me soit permis de dire à ces adversaires que l’honnêteté
intellectuelle n’a jamais été synonyme de réductionnisme ou de critique
systématique (voir plus loin l’article signé par André Koeckelenbergh).
Un autre de nos combats fut d’entreprendre une
véritable action pédagogique vis-à-vis du public pour expliquer qu’il ne
faut pas mettre la charrue avant les bœufs, et que, sur base des données
disponibles aujourd’hui, il est impossible de conclure quoi que ce soit de
définitif à propos des OVNI. Au risque de la schizophrénie, il nous fallut
donc aussi polémiquer avec divers “croyants soucoupistes” pour qui le
moindre point dans le ciel annonçait un atterrissage d’extraterrestres.
Je crois qu’en matière d’OVNI, on se trouve un
peu comme dans la parabole des indiens aveugles. C’est une histoire qui
explique bien les difficultés de la recherche, mais aussi les dangers à
vouloir conclure à partir de données (très) partielles. Voici l’histoire. Un
jour, dans un village indien, des aveugles apprennent qu’on a découvert
quelque chose d’étrange dans le jardin de l’hospice où ils séjournent. L’un
d’eux s’approche, et, en tâtonnant, touche comme une colonne droite et
rugueuse : “Ce n’est qu’un gros arbre !” s’écrie-t-il. Un autre s’approche
et prend entre les mains comme une longue liane, souple et mobile : “C’est
plutôt une grosse corde ou une liane” dit-il. Un troisième, palpant à son
tour, s’exclame : “Non, c’est bien un arbre, je viens de toucher une grosse
branche qui plie”. Un autre, touchant un autre endroit, fut persuadé que
c’était quelque chose avec des feuilles immenses, comme des éventails. Un
dernier fut surpris de saisir de longues tiges pointues, bien lisses, comme
des pieux durcis au feu. Ils avaient tous décrit une partie réelle de ce qui
se trouvait devant eux, sans en percevoir la totalité ni bien sûr comprendre
qu’ils étaient face à un éléphant. Le premier avait saisi une patte, le
second s’était emparé de la queue, le troisième avait touché la trompe, le
quatrième une oreille et le dernier, les défenses. C’est une histoire qu’on
utilise souvent dans un contexte philosophico-religieux pour montrer
combien, seul, on ne peut rien, mais elle s’utilise aussi en épistémologie
pour faire saisir la difficulté de comprendre un phénomène dont on ne peut
connaître que des fragments, soit parce que les données sont partielles
(comme pour les OVNI), soit parce que la “réalité” est inaccessible (comme
pour la structure fine de l’atome).
Convaincre les uns de l’intérêt scientifique
des observations d’OVNI, refreiner l’enthousiasme crédule des autres. La
carotte et le bâton ! Avec nos (maigres) moyens nous avons, je pense, fait
ce qu’il était possible de faire dans le cadre de nos objectifs. Mais nous
sommes aujourd’hui à un tournant : le temps des “amateurs” (fussent-ils
“éclairés”) est révolu, des structures “officielles” (privées ou publiques)
doivent maintenant prendre le relais (voir le GEPEAN en France) et de réels
moyens doivent être mis en place pour atteindre ce qui doit, à mon sens,
constituer un des principaux objectifs de demain : pouvoir intervenir “en
temps réel” au moment d’une observation avec un appareillage scientifique
adéquat pour disposer (enfin) de “mesures physiques”, le dernier obstacle
qui empêche une bonne partie de la communauté scientifique de se rallier à
l’étude des OVNI.
L’évolution des moyens de communication a
aussi changé la donne. Lors de la vague belge de 1989-91, lorsque nous
organisions des nuits d’observation ou que nous enquêtions, parfois au
moment même où des observations se produisaient, nous avions à notre
disposition des « téléphones portables » (!?), à l’autonomie limitée et
qu’on déplaçait dans une valise de plusieurs kilos. Quelques années plus
tard, les mini-téléphones cellulaires (dits GSM en Belgique) étaient
disponibles partout. Je n’ose imaginer ce que l’existence de cet outil de
communication aurait pu nous apporter durant l’hiver 1989-90.
Internet a aussi considérablement changé la
diffusion des informations. Alors que nous devions attendre plusieurs jours,
même souvent plusieurs semaines, avant de connaître l’un ou l’autre fait
ufologique à l’étranger, aujourd’hui nous en sommes avertis à l’heure même
où il se produit. La rapidité de cette diffusion n’a pas que des effets
positifs. Il y a en effet beaucoup moins de recul par rapport aux
événements, l’image et le discours l’emportant sur le texte mûri après
réflexion. L’explosion (on peut parler de pléthore) de sites web consacrés à
l’ufologie est un signe qui ne trompe pas. On y trouve (c’est, on le sait,
le lot de la « toile ») le pire et le meilleur, mais la plupart du temps les
informations diffusées sont simplement relayées, sans vérification aucune.
Malgré le nombre de témoignages nouveaux ainsi connus, peu atteignent, dans
l’enquête qui les concerne (quand celle-ci a été faite, ce qui rarement le
cas), la crédibilité de ce qui fut publié à la fin du 20ème siècle. Une
autre constatation, révélatrice d’une apparente stagnation dans la recherche
ufologique, est que les plus sérieux parmi les ufologues d’aujourd’hui se
contentent de gérer des catalogues, de préciser l’un ou l’autre point de
détail dans un cas, sans vraiment renouveler les idées en la matière.
Ces dernières années, en raison de la
raréfaction d’observations importantes, suite aussi pour certains à la
stagnation des études sur le sujet, et pour d’autres encore, l’impression
qu’ils en apprennent plus en « surfant » sur internet, nous avons enregistré
une chute massive de nos membres adhérents et des collaborateurs bénévoles.
N’ayant jamais reçu le moindre subside officiel ni le moindre cadeau d’un
mécène, les caisses de la SOBEPS se sont peu à peu vidées. Nous rassemblons
les derniers euros pour pouvoir vous offrir ce dernier numéro (double) d’Inforespace.
En mettant définitivement la clé sous le paillasson, il faut aussi songer à
la préservation de nos archives…
Ce n’est pas là un problème simple. Pour ce
qui est des ouvrages de notre bibliothèque, il a été décidé de les mettre en
vente. Vous avez trouvé, joint à ce numéro, une liste des ouvrages proposés
à la vente. Le résultat de cette vente nous permettra de régler les derniers
frais (impression de la revue, loyer, redevances diverses). C’est peut-être
pour vous la dernière occasion de nous aider (financièrement) et nous
comptons sur vous (il est impératif, avant toute commande de contacter M.
Lucien Clerebaut au [00-32]-(0)2.523.60.13].
Pour ce qui est des milliers de rapports
d’enquête (la vague de 1989-91 représente à elle seule vingt-cinq épais
classeurs, pour un total d’environ vingt mille pages), aucune décision
définitive n’a été prise. Nous voulons que ce « trésor de guerre », ce
matériel d’étude incomparable, puisse être accessible à tout chercheur, à la
condition de respecter quelques règles, l’anonymat des témoins étant la
principale condition exigée.
Les responsables de la SOBEPS tiennent à
remercier les nombreux collaborateurs qui, durant ces trente-six années, ont
largement contribué à asseoir et renforcer notre action. Ils n’ont ménagé ni
leur temps, ni leur argent souvent, pour nous aider, bénévolement, à mener à
bien toutes les tâches qui ont fait le succès de notre association : les
travaux (souvent fastidieux) de secrétariat, la rédaction des textes, la
mise en page des revues, les longs déplacements pour aller enquêter et des
dizaines d’autres activités. Merci à vous tous qui nous avez soutenu.
Notre temps est révolu, nous déposons nos
outils. Avec le sentiment d’avoir fait tout ce qui était dans nos moyens de
faire. Encore une fois, avec les moyens limités que furent les nôtres, nous
avons, sans fausse modestie, réussi à crédibiliser la question des OVNI, à
intéresser plusieurs scientifiques et à être un interlocuteur reconnu par
divers autorités du pays. Dans le même temps, nous n’avons jamais négligé
notre mission d’« éducation » du public. Il nous faut ici remercier les
divers journalistes qui ont souvent compris la spécificité de la SOBEPS et
qui ont été un relais indispensable dans l’information citoyenne à propos
des OVNI. Au moment où vous lisez ces lignes, vous avez eu (ou vous aurez
bientôt) l’occasion de voir le dernier reportage consacré à nos activités,
dans le cadre de cette fameuse « vague belge ». Réalisée par Franck Istasse
pour le magazine Questions à la une de la RTBF, ce dossier constitue
pour nous une dernière occasion d’expliquer notre méthodologie.
Et maintenant, que va-t-il se passer ? Le
phénomène OVNI s’affirmera peut-être un jour ou l’autre d’une manière plus
décisive, permettant une récolte de données plus riches sur le plan
scientifique que les simples enquêtes a posteriori. Le perfectionnement des
techniques d’investigation, notamment dans l’exploration de l’univers, amène
des découvertes qui vont changer les mentalités à propos de l’idée d’une vie
extraterrestre. Paradoxalement, on a toujours consacré beaucoup plus de
moyens à la quête de signes intelligents dans l’univers et au développement
de l’exobiologie, qu’à l’étude des OVNI. Ce qui était du domaine de la
spéculation gratuite il y a à peine dix ans, devient aujourd’hui une
certitude expérimentale : les systèmes planétaires sont abondants dans
l’univers et le moment est proche où nous serons capables de repérer des
petites planètes semblables à la nôtre. Déjà, en avril 2007, le VLT (Very
Large Telescope) de l’Observatoire européen austral, à La Silla (Chili), a
révélé la présence, à 20,5 années-lumière, d’une planète « tellurique » dont
la masse n’est que cinq fois celle de la Terre. Cette exoplanète est proche
de l’étoile naine Gliese 581, ce qui pourrait conduire à une température
comprise entre 0 et 40 °C à la surface de cette planète, des conditions on
ne peut plus propices pour la présence d’eau liquide et donc d’une possible
apparition de la vie.
La multiplication de telles découvertes
conduira inéluctablement à reconsidérer la question de la vie extraterrestre
et de ses contacts avec nous. Ce sera le temps où l’ufologie deviendra un
secteur intégré à l’exobiologie, où l’on aura compris, pour reprendre une
phrase de Pierre Lagrange, que la Terre est depuis longtemps visitée par des
intelligences venues d’ailleurs et qui, devant ce qu’ils observent, doivent
sans doute se comporter comme « des primatologues face à des babouins ».
Merci aussi à tous ceux qui ont alimenté la
revue Inforespace et qui ont permis qu’elle devienne une publication
exemplaire, considérée par beaucoup comme la meilleure en langue française.
Merci enfin, à vous tous qui appartenez au « dernier carré » des membres de
la SOBEPS, fidèles abonnés et sympathisants à nos projets. Sans vous, nous
aurions dû abandonner déjà beaucoup plus tôt. On vous salue tous…
Maintenant il faut que le rideau tombe…
« C’est à cause que tout doit finir que
tout est si beau » [Charles-Ferdinand Ramuz, Adieu à beaucoup de
personnages – Les Cahiers Vaudois, 1914].
Au moment où vous lisez ces lignes, vous avez eu (ou vous
aurez bientôt) l’occasion de voir le dernier reportage consacré à nos
activités, dans le cadre de cette fameuse « vague belge ». Réalisée par
Franck Istasse pour le magazine Questions à la une de la RTBF, ce dossier
constitue pour nous une dernière occasion d’expliquer notre méthodologie
(diffusion le mercredi 24 octobre, à partir de 20h20).

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Notre site
internet sera prochainement réaménagé pour devenir une
dernière passerelle entre vous et quelques anciens
collaborateurs de la SOBEPS qui se regroupent sous la
dénomination COBEPS (Comité Belge pour l’Etude des
Phénomènes Spatiaux). Ce sera pour vous l’occasion de
confier vos impressions, nous avertir d’observations,
etc. N’oubliez pas l’adresse de notre site (l’URL reste
valable, jusqu’à nouvel ordre) :
www.sobeps.org
Pour tout
contact :
cobeps@skynet.be
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L’ultime
INFORESPACE n° 114-115
octobre 2007 - 36e année
NE RATEZ PAS CE TOUT DERNIER
NUMÉRO !!!
Si vous n’êtes pas membres,
vous pouvez encore le commander en vous adressant à Lucien
Clerebaut ou en écrivant à :
SOBEPS ASBL
Avenue Paul Janson, 74
B-1070 Bruxelles (Belgique)
Téléphone : +32(0)2.523.60.13
ATTENTION :
toute commande doit nous parvenir impérativement avant le 15
novembre 2007, au plus tard. Au-delà de cette date ultime,
il ne nous sera plus possible d’honorer votre demande. |
En voici le sommaire (les articles avec un * sont
accessibles en ligne) :
-
Éditorial :
That's all folks ! The end... Ite missa est (Michel Bougard)
[page 2 à 5] * [lire l’article]
-
Avis et
recommandation (Christian Lonchay et Lucien Clerebaut)
[page 6]
-
Les
phénomènes aériens non identifiés (André Koeckelenbergh)
[page 7 à 10] * [lire l’article]
-
Un phénomène
installé dans la durée (Bertrand Méheust)
[page 11 à 14] * [lire l’article]
-
Un échec de
la science ? (Jean-Pierre Rospars)
[page 15 à 24]
-
Les ovnis
sont dans l’air du temps (Pierre Lagrange)
[page 25 à 31] * [lire l’article]
-
Où va
l’ufologie ou Peut-on se passer de la SOBEPS ? (Léon Brenig)
[page 32 à 37] * [lire l’article]
-
Nos enquêtes
: Martelange, 9 novembre 2006 (Albert Pemmers)
[page 38 à 39]
-
Ne manquez
pas de lire… (Patrick Ferryn)
[page 40 à 42] * [lire l’article]
-
A paraître
[page 43]
-
Deux jets
F-4 rencontrent un ovni à Téhéran (Auguste Meessen)
[page 44 à 59]
-
(Quand) les
ovnis (descendent) dans l’arène (Franck Boitte)
[page 60 à 75]
-
Index des
publications périodiques de la SOBEPS (Franck Boitte)
[page 76]
-
Les
agroglyphes et leur étude scientifique (Auguste Meessen)
[page 77 à 95]
- Ufomania Magazine [page 96]

LES PHENOMENES AERIENS NON-IDENTIFIES ?
André Koeckelenbergh
Grand spécialiste du
Soleil, chef de travaux honoraire à l’Observatoire Royal de Belgique,
professeur honoraire de l’Institut d’Astronomie et d’Astrophysique de
l’Université Libre de Bruxelles (U.L.B.), et historien de l’astronomie
(membre du Comité National de Logique, d’Histoire et de Philosophie des
Sciences, ainsi que du groupe ALTAIR, Centre d’Histoire des Sciences et des
Techniques de l’U.L.B.), André Koeckelenbergh a accompagné les activités de
la SOBEPS depuis une trentaine d’années. En homme libre et courageux, il
propose ci-après une réflexion pleine de sagesse et de lucidité sur
l’approche des phénomènes OVNI par les scientifiques et l’histoire de la
SOBEPS.
Un astronome peut-il décemment
s’intéresser aux OVNI ? Cette attitude est d’autant plus mal perçue s’il est
réputé « observateur » et donc supposé se laisser moins que tout autre
abuser par les « feux du ciel ». Remarquons tout d’abord que nos collègues
théoriciens sont de loin les plus nombreux au sein de la communauté
astronomique professionnelle. Dans les grands observatoires modernes, ils se
retrouvent plus souvent concentrés face à un écran d’ordinateur qui ne leur
présente qu’une portion infime du ciel observable. Seraient-ils à côté de
leur instrument que l’étroite trappe de la coupole ne leur permettrait de
contempler qu’une zone très limitée de l’hémisphère visible. Heureux les
amateurs qui travaillent en plein air ! Ils ont l’œil au télescope et ne
consacrent, hélas, qu’un temps fort court à l’admiration poétique. Le
feraient-ils, le champ visuel humain ne couvre qu’un huitième de la voûte
céleste. Tous les observateurs d’étoiles filantes connaissent cette
frustration de la « belle jaune » vue par un de leurs voisins. C’est ce qui
ressemble le plus aux OVNI (de premier type, au sens d’Allen Hynek,
astrophysicien de terrain, auteur en 1971 d’un OVNI : mythe ou réalité
qui suscita bien des commentaires).
« Une soucoupe volante, j’y
croirai quand on viendra me l’apporter dans mon bureau » m’a un jour
répondu mon collègue Sylvain Arend, grand découvreur de comètes et
d’astéroïdes. Il exprimait une opinion très largement partagée par les
astronomes. Un autre a tranché tout aussi vivement : « Cela ne fait pas
partie de ce que j’enseigne, donc cela n’existe pas ». Personnellement,
j’estimais qu’ils allaient un peu vite en besogne pour se débarrasser d’un
problème « encombrant ».
Fallait-il s’en embarrasser ?
Il y a tellement de filantes, comètes, planètes, étoiles, impacts
météoritiques radiaux et ponctuels, lueurs aurorales, fragments de halos
colorés ou non et d’autres phénomènes d’origine atmosphériques, lumineux ou
obscurs, sans négliger les très nombreux « objets d’origine humaine » (les
artefacts) ! J’ai pas mal observé à champ ouvert, apprenant le nom des
astres et des constellations aux étudiants et au grand public, et je n’ai
JAMAIS eu l’occasion (ou la chance) de voir un OVNI.
Un PAN (Phénomène
Atmosphérique Non identifié : c’est la nouvelle appellation à la mode) est
souvent un phénomène qui se présente à n’importe quel moment, dans n’importe
quel lieu, dans n’importe quelle direction, durant un temps trop souvent
très court et observé par un Mr (ou Mme) tout le monde, impréparé à ce qui
est un « choc psychologique fugace » et parfois profond. En bref, un « flash
», en français une « illumination », résultant d’un état mystique ou qui y
conduit. Ce qui explique l’allergie des rationalistes peu enclins, c’est
leur droit et je le partage, d’accepter les révélations « d’en haut ».
De surcroît, avant d’arriver
dans une officine spécialisée, l’événement a été rapporté par une chaîne de
relais très déformante : les témoins et les media. Le résultat est un «
témoignage », toujours subjectif, bien plus qu’une « observation » ou une «
mesure ». Voilà une pâtée toute fraîche pour les « sceptiques » et un plat
succulent pour les « croyants ».
Rien de tel pour embrouiller
les pistes d’une enquête dont la SOBEPS a pu maintes fois mesurer la
difficulté et la longueur, presque toujours destructrice, de preuves
convaincantes. Expliquer l’OVNI est plus le fait d’une enquête judiciaire
que d’une recherche scientifique. Pour certains experts leur avis établit
une vérité de droit, donc humaine, donc faillible. Toute une génération de
scientifiques fut formée à l’idée que seule une vérité atteinte par leurs
méthodes mérite ce titre et peut être considérée comme absolue (…ou
presque). Pour la méthode, je suis convaincu, elle approche le mieux de la
vérité, mais prétendre qu’on l’atteint est un fruit de notre orgueil.
L’histoire des sciences et celle de la pensée humaine nous montrent la
fragilité de cette conception. Tout « doit » être contesté et remis en
question, c’est le moteur même du progrès de la connaissance. Cela n’est pas
sans risques, il faut prendre ses responsabilités au plan humain. Certains,
par application du « principe de précaution » voudraient « contraindre la
science aux limites de l’éthique et de la philosophie » (Jacques Testart,
2007). C’est introduire une censure, réinstaurer le cabinet noir. Les
chercheurs de mondes extraterrestres en ont subi le carcan jusqu’à ce que
cela devienne « à la mode ». Il est vrai qu’on brandit maintenant un «
principe de médiocrité » du côté de ceux- là qui refusent que la Terre soit
un phénomène banal dans l’univers et qui veulent que la vie soit un
phénomène réservé à notre seule Terre… sans doute « élue » des divinités
cosmiques comme le sont certains peuples! L’orgueil des hommes est
décidément infini !
J’ai pris intérêt au problème
des « soucoupes volantes » par souci de répondre le plus objectivement
possible aux questions des auditeurs de mes cours et conférences
d’astronomie. Il fallait détecter parmi eux les « cultistes » et les
provocateurs, qu’ils soient « pour ou contre », afin de s’en tenir aux
innombrables gens de bonne foi impressionnés par un événement personnel ou
un récit médiatisé. Mes collègues Pierre Guérin (voir Inforespace
n°102 de juin 2001), un astrophysicien français, découvreur de l’anneau E de
Saturne, et Charles Boyer, magistrat, astronome amateur devenu professionnel
(découvreur de la rotation rapide de l’atmosphère vénusienne) m’y ont aidé.
Le premier croyait à une vie extraterrestre, concept presque banal
aujourd’hui, mais très minoritaire il y a cinquante ans. Sa formation
rationaliste le faisait douter de la matérialité des « êtres venus
d’ailleurs » : « Ils sont partout et on ne les verra jamais »,
m’a-t-il un jour confié, échappatoire qui lui permettait de se préserver une
certaine cohérence de pensée. Guérin y voyait une des formes multiples
prises par ces « anges » auxquels les récits coraniques, bibliques et bien
plus anciens encore font allusion. Les imagiers et les peintres les ont
souvent représentés avec talent et imagination. Charles Boyer, avec bonhomie
et faconde (toulousaine), assurait qu’il avait croisé des témoins qu’il
jugeait « fiables » et m’en a fait rencontrer quelques-uns.
Faute d’avoir observé
personnellement des objets ou des personnages insolites, je m’informai et je
lus les auteurs « pour » et les critiques « contre » : Flying Saucers
de mon éminent et folklorique collègue Donald Menzel, radicalement sceptique
et qui a recensé quantité de phénomènes célestes ou atmosphériques avec
lesquels une confusion était possible. Ce faisant, il a rendu un grand
service à tous. J’ai lu attentivement (peu l’ont fait) le très épais et
célèbre Rapport Condon, partial et sélectif, ainsi que son antidote
rédigé par Allen Hynek, déjà cité, démissionnaire de la « commission Condon
» et auteur de OVNI : mythe ou réalité (1974) auquel on doit la
fameuse classification en « trois types ». Avec le rapport français du GEPAN
de Claude Poher (1971-76) que mon ami Boyer m’avait communiqué et la
documentation accumulée par la SOBEPS, l’essentiel de l’aspect matérialiste
du sujet était relativement bien couvert. Dans ce domaine, le temps a
continué à accumuler les témoignages qui ont peu évolué depuis la « vague
belge » de 1989 à propos de laquelle la SOBEPS a publié deux volumes devenus
des classiques (1992 et 1994).
Dés le début (1950) les
sceptiques ont avancé l’hypothèse de l’hallucination collective (référence
au « miracle » de Fatima), de manipulations médiatiques parfois juteuses et
de mécanismes sociopsychologiques. Les rationalistes apprécient les
développements de Monnerie (Et si les OVNI n’existaient pas ?, 1977).
Pinvidic échange avec lui des « amabilités » acides (Inforespace,
Hors Série n°6). Elles ont le tort de faire oublier l’apport réel des
critiques de l’un et de l’autre au développement du sujet. Depuis vingt ans,
le thème est discuté un peu partout par des sociologues et des
épistémologues (Bruno Latour, Pierre Lagrange, Michel Serres, Hubert Reeves
et bien d’autres). En 1983, dans Inforespace, Claude Maugé a dressé
un état de la question auquel on peut utilement se référer (Inforespace
n°63 et le Hors Série n°7, 1983). Il est impossible de citer toutes les
contributions extrêmement sérieuses publiées depuis dix ans. Les analyses et
présentations que Michel Bougard en a faites dans ses éditoriaux sont de
précieux outils qui orienteront les chercheurs et les curieux vers bien des
faits importants. Elles montrent le caractère passionnel des querelles qui
se sont développées, la violence des accusations réciproques de trucages et
malversations, l’exploitation sectaire pas toujours très honnête des
déclarations des uns et des autres. Les OVNI sont devenus un sujet de
société. L’objectif scientifique semble souvent égaré.
J’ai le sentiment,
après analyse, qu’il subsiste un résidu de témoignages d’observations
irréductibles à des faits dûment connus. Cela représente quelques pourcents
de l’ensemble (sur quelques dizaines de milliers de cas élucidés), soit un
millier de témoignages, vraisemblables et inexpliqués jusqu’ici.
Statistiquement, c’est de l’ordre d’un bruit de fond, résultat du hasard.
Les « sceptiques » ont parfaitement le droit de refuser d’en tenir compte.
Pragmatiquement, cela en fait quand même beaucoup pour les ignorer bien
qu’il soit plutôt probable qu’on ne pourra guère en tirer plus, sauf « coup
de chance » réel ou obstination aveugle d’un « sectateur ». Cela tient soit
à leur nature de faits physiques ou cosmiques non encore élucidés, soit à
l’effet d’une tradition primitive de mystère présente dans toutes les
cultures (anges, nutons, fantômes, fées, trolls ou apparitions diverses)
relayée par des mystiques ou parfois par des hystériques « cosmophiles » ou
« cosmophobes » qui ont surtout contribué à décrédibiliser les chercheurs
sérieux. Certains les tiennent pour aussi évidents que lorsque d’autres
croient en un dieu ou à ses émissaires (terrestres ou extraterrestres). Le
sujet reste donc ouvert et important pour les psychologues, les sociologues
et même pour les physiciens astronomes. La génération actuelle de chercheurs
est formée dans un tel bain de culture pseudo-scientifique et paranormale
(dont Harry Potter ou le Da Vinci Code sont les actuelles
coqueluches) que des faits « ovniaques » sont banalisés au point de ne plus
exciter leur intérêt et susciter un appétit d’investigations.
C’est la raison
principale pour laquelle je déplore la disparition de la SOBEPS, dont je
suis membre depuis trente ans, de son Inforespace que j’ai lu parfois
avec impatience, irritation, colère, découragement et mécontentement, et de
la documentation accumulée par nos adhérents, un patrimoine dont je souhaite
qu’il reste aisément accessible. Je remercie son Président qui a su guider
la nef sans la laisser chuter trop fréquemment dans l’hurluberlu tout en
respectant la liberté d’expression de chacun en son sein (innocente
perversité de l’extrême tolérance !). Je ne doute pas qu’il ait connu
quelques soucis et états d’âmes. On doit au Secrétaire général un
investissement personnel matériel et intellectuel peu commun pendant presque
un demi-siècle. On est redevable aux enquêteurs d’avoir peu à peu, et non
sans peine, mis en place une méthodologie, sans aucun doute encore
incomplète et toujours améliorable. Enfin, il y a les collaborateurs,
expérimentateurs et chercheurs scientifiques dont certains ont eu le courage
d’affronter le dédain et la suffisante arrogance de collègues aux opinions
tranchées certainement moins bien informés qu’eux. Je n’oublie pas les
censeurs radicaux, souvent trop véhéments et méprisants, mais dont les
arguments, parfois pertinents, ont poussé à plus de rigueur et ont été en
fin de compte un moteur de progrès.
Il y a encore beaucoup à faire. S’il n’y a rien au bout du chemin, le
problème sera résolu et on n’aura pas perdu son temps. S’il y a quelque
chose, il faudra continuer à collecter des informations, être impitoyable
avec les faits et les témoins. Ne jamais se sentir conforté par le plaisir
qu’on pourrait connaître en ayant l’impression d’avoir raison. Un jour,
peut-être prochain, des événements nouveaux, semblables ou d’une autre
nature, interpelleront des jeunes chercheurs. Qu’ils sachent user de
l’expérience, des références et des moyens que la SOBEPS aura su préserver.

UN PHENOMENE INSTALLE DANS LA DUREE
Bertrand Méheust
Professeur de philosophie, sociologue,
ethnologue, membre associé du CNRS. On doit à Bertrand Méheust cet excellent
« Science-fiction et soucoupes volantes » (publié en 1978 et qui
vient dêtre réédité. On épinglera aussi son « Retour sur l’Anomalie
belge » (2000) dans lequel il se livre à une analyse particulièrement
lucide de la vague belge. Le texte de sa thèse de doctorat en sociologie
défendue à la Sorbonne a fait l’objet d’une publication en deux volumes :
« Somnanbulisme
et médiumnité » (Les Empêcheurs de Penser en Rond, 1999). Pour ceux qui
veulent en savoir plus, nous conseillons la visite de son site :
http://bertrand.meheust.free.fr
Lorsqu’on on aperçoit les premiers
symptômes d’une maladie, il y a longtemps déjà qu’elle nous travaille sans
que nous en rendions compte. Puis un jour, fortuitement, on remarque une
anomalie. Cette tache qui se promène dans mon champ visuel, par exemple,
n’était telle pas déjà là ? Il serait bien étonnant qu’elle soit apparue
d’un seul coup ; mais alors, comment ai-je pu ne pas la remarquer ? Pendant
un certain temps, on se prend à espérer qu’il s’agit d’un désordre
fonctionnel quelconque, ou de l’interprétation anxieuse de quelque processus
vital, auquel on n’avait jamais pris attention et, avant de faire le pas, et
d’aller consulter un médecin, on se donne un temps d’observation, afin de
laisser au désordre intempestif le temps de se dissiper. Les anxieux, les
hypocondriaques, connaissent bien ce genre d’alertes qui, régulièrement,
viennent leur gâcher la vie, et qui, tout aussi régulièrement, se dissipent
comme autant de mauvais rêves. Mais il arrive aussi, hélas, que le symptôme
insiste, s’installe et s’élargisse, jusqu’au jour où le doute n’est plus
guère permis. Il faut alors se rendre à l’évidence, et prendre rendez-vous
chez un spécialiste. À ce moment-là, la mémoire récupère des bribes de
souvenirs auxquels on n’avait pas sur le coup prêté attention. Par exemple,
la tache dans mon champ visuel, il me revient maintenant qu’elle m’était
d’abord apparue dans plusieurs rêves …
Si on veut aller au fond, la question que
nous pose aujourd’hui le problème des ovnis se concentre dans cette
métaphore du symptôme : le temps est-il venu de se rendre chez le
spécialiste ? Eh bien, je pense que oui.
Le « symptôme ovni » est entré pour la
première fois dans la conscience collective le 24 juin 1947. Mais, je vais y
revenir, il était sans doute là depuis longtemps. Pendant plusieurs
décennies, on s’est demandé si l’on n’avait pas affaire à une illusion
collective qui allait se dissiper. À plusieurs reprises, cette hypothèse a
bien semblé se vérifier. Il y eut de longues périodes pendant lesquelles les
rapports se raréfiaient au point de disparaître, et l’on se disait que
peut-être on avait rêvé. Mais, un jour où l’autre, quelque part sur la
planète, la soucoupe se réveillait. Cela dure maintenant depuis soixante
ans. À chaque fois que le phénomène tend à se raréfier et ou à disparaître,
le doute nous reprend. Mais à chaque fois qu’il resurgit quelque part, la
probabilité qu’il s’agisse d’un « symptôme fonctionnel » s’amenuise. De même
sa profondeur historique, son inscription dans la longue durée, même si
elles sont difficiles à apprécier, contribuent à le rendre de plus en plus
difficile à évacuer. On sait maintenant que la date du 24 juin 1947 ne
marque rien d’autre que le surgissement d’un problème nouveau dans la
conscience collective, que les ovnis ont laissé des traces dans les
archives, et que les cultures du passé les ont sans doute « métabolisés » à
travers d’autres registres, comme celui des prodiges et des signes. Pour ce
qui concerne la phase moderne, c’est le merveilleux scientifique qui a servi
de support ; il me semble évident aujourd’hui que l’image collective
contemporaine de la soucoupe et de ses manifestations rapprochées a été
élaborée avec le concours des matériaux imaginaires forgés par les écrivains
de SF à partir de la fin du XIXe siècle.
Soixante ans après Arnold, la question que je me pose, que je pose à la
communauté des ufologues, est tout simplement celle-ci : la soucoupe a–telle
suffisamment « insisté » pour que l’on ne puisse plus la révoquer comme un
exemple de plus de ces illusions collectives qui ont ponctué l’histoire de
l’humanité ? Mon sentiment est que si la soucoupe n’était qu’une illusion,
au sens trivial du terme, cela se saurait depuis longtemps, et que si elle
persiste, c’est qu’elle constitue un phénomène original. La chose est
installée, nous devrons vivre avec elle. Mais ce constat ne nous dit pas en
quoi elle consiste, à quel registre il faut la rapporter. Pour répondre à
cette question, dans le texte que j’ai écrit pour la réédition de
Science-fiction et soucoupes volantes,
j’ai envisagé trois niveaux hypothèses. 1) Les rapports d’ovnis s’expliquent
par l’influence de la SF sur l’imaginaire contemporain : les représentations
accumulées dans la culture depuis plus d’un siècle se sont mises à
cristalliser à partir de 1947 sur un ensemble de supports très variés, mais
tous également triviaux. 2) Une fois le tri effectué, il subsiste un noyau
de phénomènes originaux qui relèvent de la physique de l’atmosphère (ou de
toute autre explication naturelle que l’on voudra) , auxquels on prête par
ignorance un comportement intentionnel. 3) Le noyau des phénomènes
inexpliqués ne relève pas d’une explication « naturelle » au sens usuel du
terme et l’intentionnalité qu’ils semblent manifester n’est pas (seulement)
une illusion de l’observateur humain ; l’ovni stricto sensu, ce serait la
manifestation, dans notre proche environnement, d’une chose intentionnelle
d’origine inconnue.
Il me semble que l’on ne peut plus réduire le phénomène ovni à la première
hypothèse, et que le véritable débat porte désormais sur le choix entre le
deuxième et le troisième cas de figure. Une telle distinction est très
difficile à opérer, mais je n’ai pas besoin de souligner l’immensité de
l’enjeu . Si la troisième hypothèse se vérifiait, ce serait la plus
extraordinaire découverte de la science moderne. Nous avons peu de chances
de pouvoir la vérifier, mais l’état du dossier ne permet pas d’exclure cette
possibilité. C’est la raison pour laquelle l’étude de ce noyau de cas doit
selon moi, constituer le but explicite de la recherche ufologique.
J’ai remarqué dans ma préface de
Science-fiction et soucoupes volantes qu’aujourd’hui les ufologues
sérieux, à prétention scientifique, ont tendance à rester discrets sur
leurs buts, et pensent « faire science » en se cantonnant dans une quête
empirique, et en se gardant d’ évoquer leurs schémas directeurs, s’ils
en ont encore. Je pense qu’ils font fausse route, et que la quête du
noyau non identifié au sens fort du terme devrait constituer le but
explicite et l’horizon régulateur de leur démarche.
Il y a peu, une telle hypothèse paraissait
totalement déconnectée de la réflexion scientifique admise et elle était
renvoyée du côté du fantastique. On voulait bien admettre la possibilité
d’une vie cosmique, mais à la condition expresse que cette dernière ne
puisse pas nous visiter. Et, contre cette possibilité, on dressait un
certain nombre de barrières théoriques, comme la vitesse de la lumière.
J’entends encore Jean Heidmann réaffirmer dans une émission de télévision à
laquelle participait aussi Pierre Lagrange (c’était il y a une douzaine
d’années) cette impossibilité de principe, et Léon Brenig lui rétorquer
qu’avec son projet SETI il risquait fort de ne jamais rien trouver ; c’est
la raison pour laquelle, poursuivait Brenig, la communauté scientifique
serait bien inspirée de consacrer une infime partie du budget SETI à l’étude
de ces choses bizarres qui surgissent dans notre proche environnement
terrestre. À l’époque, le point de vue de Brenig semblait marginal et
iconoclaste. Aujourd’hui, on commence à comprendre que l’argument de la «
quarantaine cosmique » invoqué par Heidmann est avant tout idéologique et
qu’il repose sur une extrapolation hasardeuse de nos connaissances.
Il y a quelques mois, un soir, j’écoutais
sur France Inter Yves Sillard répondre aux questions d’une journaliste.
Comme le GEIPAN venait de mettre en ligne ses dossiers, la discussion en
vint à porter sur les ovnis. Une gravité inattendue descendit alors sur la
conversation et l’ex-directeur du CNES se mit à disserter sur l’intérêt
scientifique de ce dossier et sur la solidité de certains cas. La
journaliste, visiblement décontenancée, crut alors bon d’évoquer la limite
que la vitesse de la lumière est censée imposer aux voyages interstellaires.
Mais Sillard balaya l’objection avec dédain : le voyage interstellaire,
répondit-il en substance, est impossible pour notre physique, un point c’est
tout. La journaliste revint à la charge : mais enfin, ne peut-on pas prévoir
les formes que prendrait une intelligence cosmique ? Réponse de Sillard (je
cite de mémoire) : non, madame, on ne peut rien dire, cela nous dépasse
complètement. Propos stupéfiants, lorsqu’on y réfléchit, que l’heure
tardive, le désir d’épater une jeune femme et le départ en retraite récent
de l’intéressé ne suffisent pas à expliquer. Jadis, on se serait plutôt
attendu à ce que le directeur du CNES gomme ou minimise son rôle dans la
création du GEPAN. Or, ce soir-là, Yves Sillard semblait le revendiquer, et
l’on avait même l’impression qu’il tenait à « être sur la photo ». Il peut
se faire que cette posture tienne à la personnalité de Sillard ; ne
connaissant pas l’homme, je me garderai de tout jugement de ce genre. Mais
on est tenté d’y voir aussi le signe qu’un changement des esprits est un
train de s’opérer dans les hautes sphères. Il n’est pas indifférent que
l’ex-directeur d’une des plus grandes organisations de la recherche
scientifique européenne tienne de tels propos.
Je risque donc sur ce point mon oracle. Ce
qui va désensabler la question des ovnis, et la remettre à flot, c’est la
conjonction de trois facteurs.
Le premier est l’accumulation des données
concernant les ovnis, que les moyens contemporains vont permettre de faire
circuler et de traiter d’une manière de plus en plus rapide et efficace.
L’image que nous avons du phénomène va se préciser, le signal va être
extrait du bruit et nous allons gagner une profondeur de champ.
Le deuxième facteur est l’avancée
inexorable de la réflexion sur la vie dans l’espace, et les découvertes qui
s’accumulent sur les exoplanètes, sur les conditions qu’elles pourraient
offrir à la vie, et ainsi de suite. Cette montée de l’exobiologie va avoir
sur les mentalités un effet profond et modifier l’idée que nous nous
faisions traditionnellement de la place de l’homme dans l’univers.
Le troisième (et décisif) facteur sera le
probable échec du projet SETI à découvrir dans un délai utile un signal
intelligent venu du cosmos.
C’est (je poursuis mon oracle) la
conjonction de ces trois facteurs qui va peu à peu conduire certains
scientifiques à nouer les deux données qui jusqu’à présent restaient
totalement séparées, à savoir, d’une part, la montée de l’exobiologie, et,
de l’autre, la persistance du phénomène ovni. Etant donné que, selon toute
vraisemblance, le coûteux projet SETI ne captera rien, et que l’étude des
ovnis, même si elle ne mène nulle part, ne coûterait pas grand chose par
rapport aux investissements immenses consentis pour le projet précédent ;
étant donné, d’autre part, les gains théoriques que l’on peut attendre d’une
percée de l’ufologie : pour toutes ces raisons, un jour ou l’autre, on
finira par comprendre que l’étude des ovnis offre (avec la parapsychologie)
le rapport optimal entre l’effort consenti et le résultat escompté. Pour
reprendre ma métaphore favorite, nous sommes comme des chercheurs d’or qu’un
interdit culturel obligerait à ignorer les énormes pépites dont la plage
voisine est couverte, et qui, pour extraire quelques onces de métal fin,
seraient obligés de concasser des tonnes de rochers avec d’énormes
excavatrices. La bêtise humaine est certes très grande mais, contrairement à
ce que Voltaire avait laissé entendre, elle n’est pas infinie, et, un jour
ou l’autre, ce raisonnement finira bien par percer.
On peut, dans ces conditions, regretter la
décision de la SOBEPS d’interrompre son activité au moment même où une
nouvelle phase de l’ufologie est peut-être sur le point de s’amorcer. Mais
on doit aussi y voir le signe qu’elle a accompli sa tâche historique, qui
fut de contribuer à stabiliser et à installer dans la durée l’approche
rationnelle d’un phénomène nouveau. Je repense avec une pointe de nostalgie
à ce lointain jour de 1972 où un jeune Belge sanglé dans son costume vint
présenter aux soucoupistes dijonnais réunis pour la circonstance (Charles
Garreau, Elisabeth et Jean-Joël Vonarburg, Henry-Jean Besset et l’auteur de
ces lignes) un projet de revue inédit. Je vois encore Lucien Clerebaut
sortir de son attaché-case la maquette du premier numéro, devant nos yeux
mi-admiratifs mi-dubitatifs. Tout était prêt, il ne manquait pas un bouton
de guêtre, et on allait voir ce que l’on allait voir. Eh bien, on l’a vu.
Clerebaut et son équipe n’ont pas démérité.

Les ovnis sont dans l’air
du temps
Pierre Lagrange
Pierre Lagrange est sociologue des
sciences. Il enseigne à l’École des Mines de Paris et est chercheur associé
au Laboratoire d’Anthropologie et d’Histoire de l’Institution de la Culture
(LAHIC-CNRS). Spécialisé dans l’étude des « parasciences » et
particulièrement dans l’ufologie, on lui doit plusieurs ouvrages dont
« La rumeur de Roswell » (1996) et, plus récemment, « Ovnis : ce
qu’ILS ne veulent pas que vous sachiez » (voir article « Ne manquez pas
de lire… »).
La SOBEPS s’arrête. Après plus de 36
années passées à étudier les ovnis, les enquêteurs de la SOBEPS décident de
consacrer leur temps à d’autres tâches. On peut comprendre le découragement
de l’équipe belge. L’ufologie semble piétiner. Les mêmes polémiques sont
constamment rouvertes comme s’il était impossible d’aller de l’avant.
L’apparition d’Internet n’a pas peu contribué à renforcer cette impression
que rien ne bouge, voire que la situation régresse. Les listes de discussion
sur le web ont provoqué l’apparition d’une nouvelle génération de «
spécialistes », bien plus nombreux qu’auparavant mais qui disparaissent
aussi vite qu’ils sont apparus et dont le niveau général semble en rapport
inverse avec leur nombre. Il n’y a jamais eu autant d’ufologues pour
discuter sur les listes internet et les discussions n’ont jamais été d’un
niveau aussi bas. C’est bien simple : sur certaines listes, les débatteurs
semblent avoir tout simplement oublié que le sujet de discussion est censé
être l’ovni et non les dernières rumeurs sur telle ou telle personne.
Internet n’est pas le seul responsable. La multiplication des médias,
notamment des chaînes de télévision, a fait croître le nombre d’émissions
sur les ovnis. Pendant les années soixante, il était inutile d’attendre
quelque chose de nouveau d’une émission de télévision. Une fois que
l’astronome mandaté et le psychiatre de service avaient pris la parole, le
rideau retombait sur l’énigme, liquidée mais non résolue. Malheureusement,
au lieu de permettre une discussion sérieuse du dossier, la multiplication
et la privatisation des chaînes de télévision a provoqué la multiplication
de programmes de faible niveau, où l’on a remplacé l’argument d’autorité des
« savants officiels » par l’autorité de nouveaux savants francs-tireurs tout
aussi caricaturaux discutant sur de pseudo-mystères avec gravité. Le niveau
général des émissions est tellement faible qu’on peut prendre dix ans de
congé et revenir sans avoir manqué le moindre progrès.
Pourtant, il serait dommage de s’arrêter à l’impression qui se dégage de
l’apparition d’Internet. L’époque que nous vivons est paradoxalement la
période où un sujet comme les ovnis devient pensable, l’époque où la culture
scientifique peut faire une place à ce sujet « maudit ».
Un sujet maudit
Pendant longtemps, un sujet comme les
ovnis ne pouvait tout simplement pas être discuté dans un contexte
scientifique. Un scientifique qui souhaitait se pencher sur un tel sujet
encourait les foudres de ses collègues, qui s’érigeaient en gardiens de la
méthode, presque en gardiens du temple. L’astronome Pierre Guérin a vécu
cette situation (il la décrit dans le livre paru peu avant sa disparition).
Pour ses collègues, il était inadmissible qu’il s’intéresse à pareil sujet.
Pourquoi un tel interdit ? Pour une raison bien simple : l’ovni n’était
alors pas juste une anomalie en attente d’une réponse, il ne s’agissait pas
d’une interrogation scientifique de plus ; il était censé représenter
l’intrusion de l’irrationnel, de la fausse science. L’ovni n’était donc pas
considéré comme un phénomène inexpliqué en attente d’une solution à étudier
; il était considéré comme un problème purement irrationnel mis en avant par
des gens qui veulent contrer la science et dénaturer la recherche
scientifique, à moins qu’il ne s’agisse de naïfs sous l’influence de gourous
antiscientifiques. Il ne fallait donc pas étudier l’ovni mais lutter contre
ce qu’il représentait. Dans une telle conception du rapport science-ovni,
celui qui prétendait étudier le sujet était considéré comme un agent de
l’irrationnel qui voulait abattre la science.
Victimes de cette représentation des relations science-ovnis dans laquelle
ils incarnent non pas la curiosité scientifique légitime mais l’antiscience
la plus dangereuse, les ufologues, au lieu de refuser cette logique du grand
partage, ont repris et retourné le partage science-ufologie à leur avantage.
Au lieu de simplement refuser cette représentation du débat en faisant appel
à une opposition entre vraie et fausse science, ils se placent dans la
position de la « vraie » science et accusent donc leurs adversaires — les
rationalistes — d’être de faux scientifiques, de vouloir empêcher toute
découverte en s’opposant, par duplicité ou par acceptation servile de
l’autorité des mandarins de la science « officielle », à l’étude des ovnis.
Malheureusement, loin de modifier la situation dans laquelle se trouve
l’ufologie par rapport à la science, le fait de reprendre en l’inversant
l’accusation inventée par les rationalistes a pour conséquence de rendre
impossible l’intégration de l’ovni. Tout le monde se trouve d’accord sur
l’existence d’un fossé infranchissable entre pratique scientifique et
ufologie. Pour les rationalistes, c’est la science qui est du côté de la
raison, pour les ufologues, c’est l’ufologie.
Mais personne ne discute le principal : ce prétendu partage entre ce qui
serait d’un côté la vraie et de l’autre la fausse science. L’ovni n’est donc
pas une simple anomalie appelant une explication, il est soit le signe d’une
science nouvelle soit le signe de l’irrationnel. Cette vision a bloqué toute
possibilité de progresser car dans une telle conception tout débat entre les
deux camps est tout simplement impensable. On ne discute pas avec des gens
qu’on accuse de vouloir pervertir l’idéal scientifique. Pendant longtemps
les ufologues ont affronté les rationalistes en pensant que c’était le
rempart à franchir. Il existe peut-être une autre voie. Peut-être est-il
possible de repenser notre rapport aux sciences.
En effet, on peut comprendre que les ovnis ne puissent pas devenir sujet de
science tant que notre image de la science est celle que mettent en avant
les rationalistes (et qu’acceptent, moyennement un retournement, les
ufologues). Mais il suffirait que cette image de la science ne soit pas la
bonne, qu’on la remplace par une autre, il suffirait qu’un certain nombre
d’idées qui donnaient des ovnis une image non scientifique soient modifiées
pour que le sujet change de statut, pour que tout d’un coup l’idée d’étudier
quelque chose comme les ovnis ne relève plus de l’aberration. Peut-être le
débat avec les rationalistes n’est-il pas la seule façon de démontrer
l’intérêt du dossier ovni. Peut-être l’opposition entre des ufologues et des
porte-parole de la science, les premiers favorables à l’existence d’un
phénomène irréductible et sans d’origine intelligente, les seconds refusant
l’ovni au nom de la rationalité, peut-être cette opposition n’est-elle pas
la forme de débat la plus intéressante pour discuter du dossier ovnis.
Il existe en effet bien d’autres façons d’aborder la question des ovnis sans
passer par les types de débat auxquels se référent sans cesse les ufologues
et les adversaires qu’on leur attribue plus ou moins spontanément, les
rationalistes.
Deux solutions
Comment étudier l’ovni ? Comment faire que
l’ovni ne déclenche plus ces insupportables polémiques sans fin ? Deux
solutions se présentent. Soit les ufologues parviennent à renverser le
partage, la science « officielle » devient alors dépassée, les mentalités
changent, le point de vue sceptique dominant chez les scientifiques devient
minoritaire. Mais cela fait soixante ans que les ufologues attendent que le
partage dont ils sont les victimes se retourne à leur avantage. Qu’est-ce
qui permettrait donc de gagner pareille bataille ? Qu’est-ce qui pourrait
provoquer un tel changement d’opinion et faire que les ovnis, perçus
jusqu’ici comme une forme d’irrationnel, deviennent scientifiquement
intéressant ? La solution est peut-être beaucoup plus simple que celle qui
suppose et attend en vain un « changement de mentalités ».
Cette solution la voici : elle consiste à renoncer à transformer la science
« officielle » en une sorte de pseudoscience obsolète, mais plutôt à refuser
cette idée d’un partage entre vraie et fausse science, ce qui revient à
faire de l’ovni une anomalie parmi tant d’autres. Il ne s’agit donc pas
d’essayer de faire gagner l’ufologie sur la science, mais de contester
l’image de deux camps que tout opposerait. Que devient la polémique si
l’idée d’un partage entre vraie et fausse science disparaît ? On se retrouve
avec une controverse comme il y en a tant à propos de questions
scientifiques ou de sociétés, mais une controverse dont la victoire ne passe
plus par l’exclusion des uns ou des autres.
Cela revient à prendre l’ufologue non plus comme l’adversaire de la démarche
scientifique mais comme un débatteur, un participant normal à une
controverse. Est-il possible de faire ainsi varier l’image que se fait
souvent le rationalisme de l’ufologue et de ne plus associer à ce mot les
termes de pseudoscience et d’irrationnel mais de considérer l’ufologue comme
un participant légitime à une controverse dont l’issue n’implique plus le
remplacement de la rationalité par l’irrationalité, d’une science par une
autre, mais l’intégration d’une série de phénomènes dans le domaine
scientifique sans supposer que cela pose d’incommensurables problèmes ?
Certains acteurs de la controverse ovni refusent l’idée que l’ovni puisse
juste être un phénomène comme la science en étudie tant (même s’il est
d’origine extraterrestre). Les rationalistes bien sûr, mais ils ne sont pas
les seuls à défendre cette vision du débat. Une partie des ufologues sont
tout autant que les rationalistes attachés à l’idée que l’acceptation des
ovnis entraîne un renversement des repères du vrai et du faux, du rationnel
et de l’irrationnel. Le vrai paradoxe de la controverse sur les ovnis, c’est
la façon dont la dispute dégénère rapidement vers des accusations de complot
contre le savoir. Mais cette situation n’est pas une fatalité.
Changement de paradigme ?
Depuis une vingtaine d’années, l’évolution
de la réflexion dans plusieurs domaines scientifiques a conduit à une
modification profonde de la perception de sujets dits marginaux. Évolution
lourde de conséquence pour le débat sur les ovnis.
C’est tout d’abord l’histoire des sciences qui a bien évolué. Certains
sujets, autrefois rejetés comme indignes de l’intérêt des historiens des
sciences, ont, ces dernières années, fait l’objet d’un nombre croissant
d’études. C’est le cas de l’alchimie, de l’astrologie. Non seulement ces
domaines sont plus étudiés qu’autrefois, mais surtout l’image que l’on en
longtemps eu a été bouleversée par les études récentes. Ainsi l’image d’une
alchimie précédant la chimie comme la magie précèderait la science a été
battue en brèche par les historiens. De même, les historiens ont montré que
l’astrologie et l’astronomie ne se succèdent pas comme on l’a longtemps cru
comme l’erreur et la vérité. Un certain nombre d’ouvrages de vulgarisation,
souvent écrits par des astronomes, ont décrit la façon dont l’astronomie se
serait débarrassée peu à peu de l’astrologie. Or la réalité est tout autre.
D’une part les fondateurs de l’astronomie moderne ne tournaient pas le dos à
l’astrologie, mais cette dernière a permis, par sa façon d’appréhender le
ciel, de préparer le terrain à l’astronomie. Ce point a été démontré par
l’historien des sciences Pierre Thuillier dans un article paru dans
L’Histoire il y a une vingtaine d’années. D’autre part, ce n’est pas
l’astronomie qui a invalidé l’astrologie, mais le politique. L’historien
Hervé Drévillon a démontré clairement cet aspect des choses dans sa thèse.
L’histoire des sciences n’est pas la seule discipline à avoir connu une
évolution importante. Une autre discipline a profondément changé au cours
des décennies récentes, il s’agit de la sociologie des sciences. Longtemps,
l’idée d’étudier l’univers des sciences se limitait à étudier la profession
de chercheur, en laissant de côté le contenu des sciences, considéré
inaccessible, faute de compétence. De nombreuses études sociologiques ont
montré que non seulement il était possible de traiter le contenu des débats
scientifiques, mais aussi qu’il était impensable d’envisager de comprendre
la place des sciences dans notre société sans traiter ce contenu. Du coup
l’image des sciences héritées de l’épistémologie, soucieuse d’établir un
partage net entre la pratique scientifique et la vie quotidienne, perd de sa
pertinence. Il ne s’agit bien sûr pas de dire que tout se vaut, mais
simplement que les différences sont sans doute moins « radicalement
différentes » qu’on ne l’avait cru.
Le mythe de la crédulité populaire
L’anthropologie et l’histoire culturelles
ont également beaucoup évolué par rapport à certains sujets. Longtemps,
l’histoire et l’anthropologie ont établi un partage entre la pensée
scientifique, occidentale et la pensée magique, celle des populations dites
« sauvages », entre la culture scientifique et la culture populaire.
Aujourd’hui les historiens et les anthropologues ne croient plus à la
pertinence de ces catégories de culture populaire, de pensée magique.
Un exemple précis, souvent évoqué par rapport aux ovnis, permet de bien
faire comprendre les conséquences de cette évolution. Le 30 octobre 1938,
Orson Welles met en scène sur les ondes de CBS le roman de l’écrivain
anglais HG Wells, La Guerre des mondes (1897). On connaît le résultat :
panique des auditeurs qui prennent au sérieux l’émission et s’enfuient pour
échapper aux Martiens. Cette histoire a été très souvent invoquée par les
porte-parole du savoir pour montrer les risques qu’il y avait à laisser se
développer la croyance aux ovnis. Malheureusement pour ces critiques, et
heureusement pour le public prétendument crédule, l’émission d’Orson Welles
n’a été suivie d’aucune panique de l’ampleur de celle décrite dans la
littérature, Aucun suicide, aucun accident grave, etc. Si les auditeurs
n’ont pas paniqué, que faut-il croire de l’image de « public crédule prêt à
paniquer à la première annonce de survol de soucoupe » qui accompagne toute
discussion sur les ovnis ?
Dans tous les domaines de la connaissance portant sur la conception du
savoir et sur les différences entre la pensée de tous les jours et la pensée
scientifique, la réflexion a énormément évolué, abandonnant les conceptions
dévalorisantes du public « crédule » et « irrationnel ». Si cette vision de
la société en termes d’opposition entre vraie et fausse science, entre
pensée scientifique et pensée magique, ne tient pas, que valent les
arguments opposés aux ovnis qui brandissent le risque de panique, de montée
de l’irrationnel, qui affirment l’irrationalité des ovnis ?
On peut en conclure que, sans prendre position sur la réalité des faits,
prise de position qui sera seulement éventuellement permise par une étude
des données, il est néanmoins possible de cesser de voir le problème sous
l’angle d’une opposition violente entre vraie et fausse connaissance. Trop
longtemps, on a confondu la pratique scientifique réelle et une certaine
image idéale et irréelle sortie de magazines, comme on confond le travail de
l’espionnage réel et la figure mythologique de James Bond. Si on troque
l’image de la science telle qu’on l’imagine avec l’image de la pratique
scientifique réelle, on modifie profondément la nature du débat ovni. Il ne
s’agit plus de se prémunir contre l’irrationnel ou la fausse science mais de
discuter de phénomènes, de données et de voir ce que la science peut en
faire.
Le débat se déplace alors. Il ne s’agit plus de vaincre une ufologie jugée
irrationnelle ou au contraire d’abattre une science jugée obsolète, mais de
se demander quelles pratiques scientifiques mettre en place pour obtenir le
genre de données permettant à une discussion scientifique d’être conduite.
Il n’est donc plus question d’évoquer de grandes révolutions où l’on
passerait, brutalement, de l’irrationalité, de la subjectivité, à la
rationalité, à l’objectivité, mais de se doter du même genre d’outils dont
se dotent les chercheurs confrontés à des données produites par des acteurs
qui ne maîtrisent pas le discours savant. On n’attend plus du témoin qu’il
devienne miraculeusement rationnel mais du chercheur qu’il se montre capable
de déployer les outils permettant de tirer quelque chose de données
testimoniales.
Ce qui est étrange, comme on l’a noté au début de cet article, c’est la
volonté partagée à la fois par les rationalistes et par les ufologues de
donner à leur débat l’image d’une opposition entre deux mondes, alors que la
réalité est bien plus simple. Le problème c’est que l’ufologie a fini par se
retrouver prisonnière de pratiques empruntées complaisamment au discours
rationaliste et qui ont fini par bloquer toute discussion.
La politesse comme règle
épistémologique
Pourtant, ici et là, la situation a évolué
et différents groupes et personnes ont modifié certaines pratiques et fait
évoluer le débat sur les ovnis. Ainsi le GEPA (Groupe d’Études des
Phénomènes aériens, fondé en 1962 et longtemps dirigé par René Fouéré), en
proposant un univers extrêmement policé, même trop selon certains, a mis en
place une des règles fondamentales du travail scientifique : l’interdiction
de s’insulter par écrit, dans le cadre des publications professionnelles. Ne
nous leurrons pas : les scientifiques sont tout autant que les ufologues
capables de se détester, mais il leur est généralement impossible de remplir
leurs articles avec de telles démonstrations de divergences personnelles.
Les jugements personnels doivent rester en dehors de l’article. Le GEPA
avait, de même, et contrairement à la plupart des autres groupes, institué
une règle très stricte de politesse entre les ufologues et à l’égard des
opposants.
On peut s’étonner de s’attarder ainsi sur un aspect en apparence marginal de
la pratique scientifique ou ufologique. Pourtant, cet aspect est lourd de
conséquence. En effet, il suffit de prendre la mesure des conséquences de
cette règle de politesse instaurée par René Fouéré pour en saisir l’immense
portée. Aujourd’hui où sur Internet les ufologues passent une partie de leur
temps à s’insulter et à discuter des qualités des uns et des autres, le
résultat concret est que, finalement, ces ufologues parlent d’autre chose
que des faits. Un temps précieux qui pourrait être consacré à ces faits est
perdu à s’invectiver. Si l’insulte était interdite, les ufologues seraient
contraints soit à laisser tomber l’ufologie, soit à parler d’autre chose que
des personnes, et donc des faits. On peut parier que le domaine en serait
profondément modifié.
L’anomalie belge : l’importance des
conditions matérielles de travail
Je voudrais évoquer un autre groupe qui à
l’instar du GEPA a bouleversé les habitudes ufologiques et profondément
modifié la nature du débat. Ce groupe, c’est bien évidemment la SOBEPS. En
effet, il suffit de se pencher, même superficiellement, sur l’histoire de la
SOBEPS, pour constater que son histoire est très différente de celle de la
plupart des autres groupes ovnis. Il suffit de passer la frontière pour que
l’impression de bricolage inefficace qui se dégage du travail de la plupart
des groupes français disparaisse lorsqu’on arrive à Bruxelles. Á croire que
lorsqu’il s’agit des amateurs, en Belgique le sujet est pris plus au sérieux
que partout ailleurs dans le monde, et surtout qu’en France. Comment
expliquer la différence de statut entre la SOBEPS, notamment au cours de la
grande vague de 1989-90, et le statut, ou plutôt l’absence de statut, des
groupes français par rapport aux autorités ? Certes les ufologues belges
sont, à l’instar de leurs aînés du GEPA, polis avec leurs interlocuteurs,
attitude très méritoire lorsqu’on constate le niveau de certaines critiques
prétendument scientifiques qui leur sont opposées par certains. Mais ce
n’est pas tout. Il y a un aspect que la SOBEPS a poussé plus loin sans doute
qu’aucun autre groupe ufologique. Et cet aspect, c’est la mise en place de
lieux où travailler, trier les données, débattre sur ces données. La SOBEPS
est un des rares groupes à s’être doté dès le départ de locaux dans lesquels
les membres ont pu travailler.
Ici aussi, comme sur le cas de la politesse, le fait d’insister sur un
aspect en apparence aussi éloigné de la réflexion scientifique que le fait
d’avoir des murs et des bureaux peut paraître étrange et très décalé par
rapport à une réflexion scientifique sérieuse. La science ne saurait se
réduire au fait d’avoir des murs. Non, bien évidemment, mais ici aussi,
comme on l’a fait plus haut à propos de la politesse, imaginons la SOBEPS
sans ses extraordinaires locaux de l’avenue Paul Janson. Imaginons que la
SOBEPS ait voulu réaliser le programme de travail de la période 1989-90 en
se réunissant, comme ses homologues français, dans la cuisine ou le salon de
tel ou tel membre ? Aurait-il était possible d’organiser le groupe de la
même façon sans l’aide de locaux fixes où chaque membre pouvait retrouver à
la même place les revues, les dossiers, où il pouvait les ranger sans que la
vie privée n’impose de déplacer les choses ?
De nombreux travaux ont été consacrés ces dernières années à l’importance
des laboratoires dans la réalisation du travail scientifique, à l’importance
des lieux matériels et à leur rôle dans la production concrète des données
scientifiques. De même que les colonnes des tableaux permettent de classer
les données, de même le fait de disposer de locaux, de murs, d’étagères,
permet aussi, comme les colonnes d’un tableau, d’organiser les données, de
profondément modifier la nature du travail ufologique et de le rendre moins
friable que celui des autres ufologues dépourvus de ce genre de dispositif.
Il n’est pas question de réduire la pratique scientifique au fait d’être
poli ou d’avoir des laboratoires, mais de noter que ce genre de dispositif à
des conséquences plus visibles et concrètes que le fait de « penser
scientifiquement » ou d’être « rationnel ». On peut même noter que ce sont
des conditions concrètes comme le fait d’être poli ou le fait d’être doté de
murs qui permet d’être scientifique et rationnel et non le contraire.
Ne pas séparer les faits et les
hypothèses
Il reste un dernier aspect à évoquer ici
et je rejoins ici les réflexions de Bertrand Méheust dans ce même numéro.
Souvent, pour « faire scientifique », on croit utile de séparer les faits et
leur interprétation. Il faudrait mettre en évidence des faits mais se garder
de toute interprétation hâtive, voire de toute interprétation tout court.
Mais la science n’a que faire de collectionner des faits dépourvus
d’interprétation. Pasteur ne s’est pas intéressé aux microbes sans formuler
d’hypothèse sur leur nature. Le résultat aurait été très différent. Il ne
s’agissait pas de simplement prouver l’existence des microbes mais de
modifier le court de la société avec ces microbes. En démontrant l’existence
des microbes, Pasteur a profondément changé la société, il l’a « pasteurisé
».
Pourquoi l’ufologie devrait-elle s’interdire de formuler des hypothèses sur
la nature des données qu’elle manipule ? Au nom de quoi l’attitude
scientifique serait-elle associée au refus de spéculer sur la nature des
données ?
Mais lorsqu’il s’agit d’hypothèses, deux modèles principaux s’opposent
alors. Le premier suppose l’existence de phénomènes naturels nouveaux, le
second suppose l’existence d’un phénomène doté d’intention, peut-être
d’origine ET. Ici aussi on suppose que la démarche scientifique se trouve du
côté de l’hypothèse de phénomènes naturels et non du côté de l’hypothèse
extraterrestre (HET), qui verserait trop facilement dans l’irrationalité.
Mais en quoi le fait de supposer l’existence de visites extraterrestres
enlèverait-il du sérieux à la démarche ? Si les enquêteurs sont capables de
faire la différence entre les faits et leurs hypothèses, pourquoi cela
devrait-il poser un problème ?
Le domaine SETI dont on oppose souvent la rationalité à l’irrationalité
supposée de l’ufologie, n’hésite par à mettre en avant son intérêt pour la
recherche d’extraterrestres.
Si on trouve des phénomènes astrophysiques ou radio nouveaux on sera
toujours à temps d’en ternir compte dans la recherche. Pourquoi l’ufologie
devrait-elle se comporter différemment ? Elle peut très bien afficher un
intérêt pour l’hypothèse extraterrestre, quitte à réviser ses ambitions à la
baisse si les données ne suivent pas. Au moins l’HET est source de
motivation et risque de se révéler plus mobilisatrice que d’autres
hypothèses plus conventionnelles.
L’ufologie n’a pas de raison de se croire aux marges des sciences. Elle
n’est pas une discipline acceptée, loin de là, mais c’est en raison de la
conjonction de raisons énoncées par les rationalistes et reprises, une fois
inversées, par certains ufologues. L’évolution des connaissances dans le
domaine des sciences sociales permet de profondément réviser notre
conception de la connaissance et de l’opposition entre les savoirs.
De même, l’observation de la pratique scientifique et ufologique permet de
constater la place occupée par des facteurs en apparence éloignés des règles
de la méthode, mais dont les conséquences sont néanmoins très concrètes sur
la capacité à produire des faits scientifiques.
Enfin, la comparaison entre le débat sur les ovnis et celui sur la vie
extraterrestre permet de voir que ce n’est pas en se montrant le plus
conservateur du point de vue des hypothèses que l’on se montre le plus
scientifique. Il ne faut pas hésiter à afficher des ambitions réelles pour
défendre un dossier, l’invalidation éventuelle de l’hypothèse n’entraînant
pas le rejet ou la disqualification des faits dans leur ensemble.
Pendant des décennies, la responsabilité de produire un contexte de travail
sérieux sur les ovnis dépendait de l’action de groupes comme la SOBEPS (ou
le GEPA auparavant) qui ont su travailler en rompant avec les (trop souvent
mauvaises) habitudes prises par les autres ufologues au contact de leurs
adversaires rationalistes. Il va falloir aujourd’hui inventer de nouvelles
pratiques.

Où
va l’ufologie ?
Ou : peut-on se passer de la SOBEPS ?
Léon Brenig
Professeur à l’Université Libre de
Bruxelles, Léon Brenig est un physicien spécialisé dans le calcul symbolique
sur ordinateur, la physique statistique et celle des plasmas. Il participe
également à une unité de recherche sur le développement de l’enseignement de
la physique. Sa route a croisé celle de la SOBEPS dès les premiers jours de
la vague, en décembre 1989.
Schererville, Indiana, ce jeudi 16 août
2007 vers 20h20, un étudiant revient chez lui en voiture. Soudain, il
remarque un objet anormalement lumineux et de très grande dimension flottant
au-dessus du croisement des routes US 30 et US 41. Le jeune homme constate
en s’approchant que l’objet ne ressemble en rien à un avion commercial ou
privé. La partie frontale est immense, fortement illuminée et constituée de
plusieurs rangées de sources de lumière. Il semble se déplacer lentement à
moins de 3000 mètres d’altitude et entame un virage vers le nord. Lors de la
manœuvre, l’engin découvre sa base inférieure triangulaire et parsemée de
lumières multicolores. L’étudiant décide de suivre l’objet en voiture, le
perd de vue comme s’il s’était instantanément rendu invisible. Continuant à
rouler vers le nord, le témoin le retrouve quelques kilomètres plus loin. Ce
qui le frappe alors est que l’assiette de l’engin a changé tout en
continuant à se déplacer vers le nord : il vole lentement sur le côté, sa
base inférieure triangulaire, auparavant horizontale, se retrouvant dans un
plan vertical ! Après d’autres péripéties, l’étudiant perd l’objet de vue
définitivement.
Ce témoignage recueilli récemment par l’organisation ufologique américaine
HBCC UFO fait partie d’une multitude d’observations similaires enregistrées
dans le monde actuellement. Or, de fin 1989 à 1992, des milliers de témoins
dans notre pays ont observé des phénomènes spatiaux totalement semblables à
ceux-là tant en forme qu’en caractéristiques de vol. La SOBEPS a fait face à
cette vague de manière exemplaire en envoyant des enquêteurs, organisant des
campagnes d’observation et faisant faire des analyses en laboratoire des
documents vidéos et photos obtenus par les témoins. Elle a su organiser un
vaste réseau d’enquêteurs, établir des protocoles de collaboration
officielle avec la Gendarmerie Nationale, la Force Aérienne et la Régie des
Voies Aériennes. En dépit de ce déploiement unique de savoir-faire et
d’énergie, il faut bien reconnaître que l’identification des objets observés
lors de la vague d’ovnis en Belgique reste un mystère total encore
actuellement. Ce constat s’étend, en fait, à l’échelle de la planète. Des
objets triangulaires et de formes variées sont observés par des centaines de
milliers de témoins occasionnels, cela va de la soucoupe « classique » à la
sphère avec de nombreux « engins » en forme de cylindre, rectangle voir même
de « méduses » volantes. Si la géométrie extérieure est variable, les
caractéristiques de vol, elles, sont communes : maniabilité étonnante,
silence quasi complet, accélérations énormes, tant dans le plan horizontal
que verticalement, changements abrupts de direction, disparition soudaine,
vol stationnaire sans souffle au sol.
In ovni veritas ?
Pourtant, depuis la fin de la vague belge,
quinze ans se sont écoulés. Quinze années au cours desquelles de multiples
conflits armés ont eu lieu en Afghanistan, Tchétchénie, Yougoslavie, Irak,
pour ne citer que ceux-là. Si les observations de la vague belge
représentaient d’éventuels prototypes militaires secrets, ces avions
auraient dû être utilisés lors de ces guerres. Or, aucun média, même
spécialisé en aviation militaire, n’a jamais rapporté l’apparition d’engins
aussi remarquables sur les zones de combat. Peut-on imaginer un instant que
les programmes de recherche secrets très longs et coûteux nécessaires pour
mettre au point de tels progrès technologiques aussi considérables, ne
soient pas amortis ensuite par l’utilisation de ces avions dans des
conflits? L’argument qui consiste à supposer que c’est la furtivité de ces
engins qui les rend invisibles ne tient évidemment pas puisque, dans ce cas,
ils n’auraient pas déclenché les vagues d’observations constatées en
Belgique et ailleurs.
Ce pourrait-il, alors, que toutes les observations faites lors de la vague
belge aient été le fruit d’hallucinations individuelles ou collectives ?
C’est sans compter avec le fait que les témoignages présentaient une très
grande cohérence dès le début alors que la presse n’avaient pas encore eu le
temps de diffuser vers le grand public un portrait robot des observations.
C’est oublier également que les premiers témoins étaient des agents
assermentés connus pour leur professionnalisme. C’est oublier aussi que la
plupart des descriptions des témoins étaient faites en des termes
généralement très modérés, parmi lesquels même les mots « ovni » ou «
extraterrestre » n’intervenaient pratiquement jamais. C’est, en outre, ne
pas se rappeler qu’énormément de témoins ont demandé l’anonymat lors des
enquêtes et que les personnes acceptant de témoigner en mentionnaient très
souvent d’autres, présentes lors de l’observation, qui refusaient de se
confier. Cette attitude très répandue à l’époque montre que la plupart des
témoignages n’étaient pas faits dans le but de faire parler de soi. Dans ce
cas, à quoi bon inventer une histoire croustillante ? Il était la plupart du
temps évident que ces gens tenaient à avoir une explication pour un
événement qui les avaient surpris au plus haut point jusqu’à les inquiéter
et les inciter à appeler la gendarmerie ou à contacter la SOBEPS quand ils
en connaissaient l’existence. Cela dit, s’il s’agit d’une hallucination,
elle se poursuit encore maintenant de par le monde ! Il ne se passe pas une
semaine sans que des personnes civiles ou assermentées des diverses régions
du globe ne fassent état d’observations répondant aux mêmes caractéristiques
que celles décrites plus haut. De plus, la popularisation de moyens
efficaces de prises d’images comme les caméras vidéos, appareils photos
numériques, téléphones portables munis d’appareil photo, permet à de
nombreux témoins d’étayer leurs dire par des images dont la qualité
s’améliore d’année en année.
Évidemment, on me rétorquera que les possibilités de truquage augmentent
également avec l’avènement des appareils numériques. Ici on quitte le
domaine de l’hallucination pour entrer dans celui de la falsification
volontaire. L’hypothèse qui consiste à penser que des milliers de personnes
dans le monde cherchent à truquer des images numériques pour faire croire
qu’elles ont observé des objets volants inhabituels souffre des mêmes
difficultés que l’hallucination collective. En effet, ces témoins demandent
souvent l’anonymat et quand ils ne le demandent pas, ils savent qu’ils
risquent d’affronter la dérision de leurs parents, amis, collègues,
employeurs et ne recherchent pas la publicité. Il me paraît clair que les
témoins qui osent confier leur observation et les images qu’ils en ont
prises sont plus souvent poussés par la volonté de comprendre un événement
extraordinaire qu’ils ont vécu que par celle de tromper les chercheurs,
gendarmes ou médias !
Enfin, si les possibilités de truquage augmentent, parallèlement, les
techniques d’analyses d’images progressent à un rythme encore plus grand,
car contrairement aux premières, ces dernières font l’objet de recherches
coordonnées dans de nombreux laboratoires tant civils que militaires. En
fait, ces recherches sont rendues nécessaires par la multiplication des
images obtenues par la télédétection satellite et des moyens très importants
leur sont donc affectés. Ces techniques peuvent être utilisées pour détecter
des falsifications dans les images rapportées par les témoins. La SOBEPS a
montré la voie dans ce domaine en confiant des documents photos ou vidéos à
de grands laboratoires spécialisés dans l’analyse d’image comme celui du
professeur Marc Acheroy à l’École Royale Militaire.
Alors, que répondre à la question « les ovnis existent-ils ?» ? Ma
conclusion provisoire est que de nombreux cas d’objets volants réellement
non identifiés (OVNI) sont confirmés. N’oublions pas que ces cas constituent
le résidu de l’ordre de vingt pourcents d’un ensemble plus vaste de
témoignages dont la majorité s’avèrent être non pas des hallucinations ou
des falsifications mais simplement des confusions involontaires avec des
objets ou phénomènes naturels bien identifiés. Tout ce que l’on peut
affirmer est que ces vingt pourcents d’observations correspondent à des
objets artificiels, c’est-à-dire des engins construit par des êtres
intelligents ayant une technologie développée. Ce que l’on ne peut, par
contre, pas affirmer est que ces êtres ne sont pas humains ! En effet, nous
n’avons aucune preuve matérielle analysable qui puisse être soumise à
l’investigation des chercheurs civils ou militaires et qui fournisse une
preuve scientifique d’une éventuelle origine extraterrestre.
Tout ce que nous pouvons avancer est un faisceau d’indices qui, pris
ensemble, donnent un portrait général du phénomène ovni peu compatible avec
une origine humaine. Ces indices sont de deux types. Tout d’abord, les
performances de vols déjà mentionnées plus haut ne semblent pas pouvoir être
atteintes dans l’état actuel de nos connaissances scientifiques et des
moyens techniques qui en découlent. Les accélérations énormes dont font
preuve ces engins, le vol lent ou stationnaire en silence et sans souffle
sur l’environnement, les disparitions instantanées impliquent un ou des
modes de propulsion radicalement nouveaux et difficiles à concilier avec ce
que nous savons actuellement des lois de la nature. Ensuite, les motivations
de ceux qui effectuent des vols à basse altitude, tous feux allumés
au-dessus de zones densément peuplées semblent incompréhensibles s’il s’agit
de missions programmées et effectuées par des humains. Car à quoi bon
effectuer de tels vols « exhibitionnistes » s’il s’agit de prototypes
secrets et pourquoi faire encourir des risques aux populations s’il s’agit
de tests de fiabilité ? Pourquoi faire stationner un engin volant tant
au-dessus d’une ferme ou d’un cimetière que d’une ligne haute tension ou
d’une centrale nucléaire ? Pourquoi effectuer des manœuvres apparemment
absurdes comme des mouvements de va-et-vient alternatifs ou des vols en
dents-de-scie ? De plus, comme je l’ai déjà développé plus haut, un temps
suffisant s’est écoulé depuis la vague belge, par exemple, pour nous
permettre de savoir que ces « prototypes » n’ont jamais été utilisés lors de
missions réelles dans les zones de conflits. En effet, ces conflits se
passent également en zones densément peuplées et le passage de ces engins
devrait donc être aussi visible par les habitants de ces zones que lors de
leurs essais en tant que prototypes par les habitants de notre pays !
Cependant, ces arguments ne suffisent pas à donner une preuve scientifique
du caractère étranger à la Terre de ces objets. Une telle preuve serait
fournie si nous disposions, par exemple, d’échantillons de matière en
provenance de ceux-ci. Une analyse chimique et isotopique suffirait alors
pour décider sans ambiguïté de leur origine terrestre ou non. Une autre
preuve serait obtenue si nous pouvions observer un ovni avec des instruments
permettant d’analyser ce qui est émis par celui-ci dans l’environnement pour
assurer sa propulsion, ondes électromagnétiques, ionisation de l’air
environnant, radioactivité, paires particule-antiparticule, déchets
chimiques. Dans ce cas, la preuve d’une éventuelle origine extra-terrestre
sera plus difficile à démontrer que dans le cas précédent mais pas
totalement impossible. Un troisième type de preuve, évidente celle-là,
serait obtenue par la possession de matériel biologique provenant de ces
engins.
Statut de l’hypothèse extraterrestre
Tout ceci nous mène à discuter du statut
de la tant décriée hypothèse extraterrestre. Beaucoup d’opposants de
l’ufologie classent celle-ci dans les sciences dites du paranormal,
autrement dit parmi les pseudo-sciences. Ce qui les pousse à le faire est
l’hypothèse extraterrestre qui est souvent avancée pour expliquer le
phénomène ovni. Or, contrairement aux phénomènes dits paranormaux,
télépathie, télékinésie, prédiction du futur, manifestations d’esprits de
défunts, l’hypothèse de l’existence de vie extraterrestre n’a rien
d’extravagant.
Les phénomènes paranormaux que je viens d’énumérer supposent des violations
flagrantes des lois de la physique et de la biologie telles que nous les
connaissons actuellement. Par contre, l’hypothèse que la vie puisse se
développer ailleurs que sur la Terre n’implique rien de tel. La biologie
contemporaine considère que dans toute région de l’Univers où les conditions
chimiques, climatiques sont remplies, la vie devrait se développer
spontanément à partir des éléments chimiques disponibles. Cela ne veut pas
dire qu’elle prendra des formes similaires à celles de la vie terrestre. Il
suffit de considérer la diversité déjà très importante des espèces animales
terrestre nées pourtant sur la même planète : qu’y a-t-il de commun au moins
extérieurement entre un poulpe et un chimpanzé ? Rien de commun dans le plan
organisationnel de l’organisme à part le fait de posséder une bouche et un
anus, une tête et deux yeux, et surtout un cerveau et un comportement
intelligent. On peut donc envisager que des différences encore plus grandes
puissent exister entre d’éventuels organismes vivants extraterrestres et
terrestres. Des êtres biologiques extraterrestres pourraient avoir
développer des comportements cognitifs sophistiqués comme une pensée
scientifique ou philosophique sans pour autant nous ressembler. Il n’y a
rien dans ces hypothèses qui soit en contradiction avec les possibilités que
la science actuelle permet. Il n’en est pas de même avec les esprits des
défunts. La science ne sait déjà pas définir ce qu’est un esprit ou une âme,
pas plus qu’elle ne sait définir la conscience ! Quant à la survie de «
quelque chose » après la mort, cette même science est encore moins capable
d’affirmer quoi que ce soit…
Un autre fait scientifique vient à l’appui de l’hypothèse extraterrestre :
les découvertes d’un nombre croissant de planètes dans des systèmes
stellaires différents de notre système solaire. Avec le développement de
télescopes en orbites spatiales, la découverte de ces petits objets
astronomiques devient possible même à des distances de plusieurs
années-lumière. Parmi ces planètes récemment identifiées, on en compte
quelques-unes ayant des caractéristiques proches de celles de la Terre :
mêmes dimensions et masses approximatives, distance de l’étoile proche de
celle de la Terre au Soleil, constitution rocheuse et non gazeuse etc… De
telles similitudes rendent possible l’existence d’eau à l’état liquide, ce
qui est considéré par la biologie comme une condition nécessaire à
l’apparition spontanée de la vie.
Quant à l’évolution de ces formes de vie vers des espèces intelligentes
ayant développé des technologies capables de les faire sortir de leur
système stellaire, notre propre existence est la preuve que cela est
biologiquement et physiquement possible. Cela nous permet-il de supposer que
de telles espèces existent et sont parvenues à se déplacer dans l’Univers
jusqu’à notre planète ? Pour cela, elles devraient avoir dépassé de peu
notre propre développement scientifique actuel, puisque nous sommes déjà
capables de visiter notre propre système stellaire. Cette éventualité n’a
rien d’improbable. En effet, le développement de notre espèce s’est fait
durant les derniers neuf millions d’années, période où des primates
africains ont progressivement évolué vers la bipédie et vers la forme
actuelle, l’homo sapiens. Or neuf millions d’années ne sont rien en regard
des quatorze milliards d’années que l’Univers existe depuis le Big-Bang. Il
est très probable que parmi les planètes de types Terre qui se trouvent dans
un rayon de quelques années-lumière, des espèces vivantes aient évolué vers
des formes intelligentes avec une avance de quelques milliers d’années
seulement sur nous. Or, la vitesse du progrès scientifique et technique que
notre espèce engendre montre clairement qu’une différence de quelques
siècles seulement peut mener à des différences énormes dans les moyens de
transport par exemple. En moins de deux siècles, nous sommes passés du
déplacement à cheval et en voilier à l’automobile et à la navette spatiale.
Une espèce qui n’aurait que deux siècles d’avance sur nous pourrait donc
avoir fait des progrès insoupçonnés en matière de modes de déplacement. Or
que représentent deux siècles par rapport à neuf millions d’années et par
rapport à quatorze milliards d’années ?
De fait, peu de scientifiques actuellement contestent cette possibilité. La
seule inconnue qui subsiste est le calcul de la probabilité de l’apparition
d’organismes vivants primitifs lorsque les conditions physico-chimiques sont
remplies sur une planète. Cette question fait l’objet de nombreuses
recherches actuellement et revient à comprendre l’origine physico-chimique
des premiers organismes vivants monocellulaires tels que les bactéries.
Connaître cette probabilité permettrait de savoir combien de temps doit
s’écouler après l’apparition des conditions adéquates pour que les premières
formes de vie apparaissent sur une planète. Sur la Terre, cette durée a été
de l’ordre de un milliard d’année après la formation de celle-ci comme
planète rocheuse. La question est de savoir de quels facteurs physiques et
chimiques dépend cette durée.
Une question liée à celle-là est de savoir si la seule forme de vie possible
doit être absolument basée sur la présence d’eau liquide et de molécules
organiques, c’est-à-dire constituée de molécules constituées de plusieurs
atomes de carbone entourés d’atomes d’hydrogène et d’autres éléments
atomiques du tableau de Mendeléev. Á ce propos, une découverte récente
pourrait bien bouleverser complètement nos connaissances. Des physiciens
russes et allemands viennent de démontrer (voir les articles cités dans la
bibliographie) que des structures ayant toutes les caractéristiques de la
vie, c’est-à-dire un métabolisme leur permettant de se construire à partir
d’éléments nutritifs de leur environnement ainsi que la capacité de se
reproduire et de transmettre un code permettant la reproduction à
l’identique, apparaissent spontanément dans les gaz de poussières
interstellaires. Ces gaz sont constitués d’un mélange de molécules et
d’atomes ionisés, d’électrons et de grains de poussières macroscopiques
(c’est-à-dire contenant des milliards de milliards de molécules agrégées)
chargés électriquement. Ces gaz représentent plus de soixante pourcents de
la matière visible dans l’Univers ! Ces physiciens ont montré théoriquement
et expérimentalement en laboratoire que des structures ordonnées composées
de ces grains de poussières chargés apparaissent dans des conditions
semblables à celles qui règnent dans l’espace. Ces structures ne sont donc
pas constituées de molécules organiques et, pourtant, elles possèdent un
métabolisme, en fait, elles se « nourrissent » d’électrons et de molécules
ionisées, et sont capables de se reproduire identiquement en transmettant
leurs caractères acquis. Elles ont donc bien tout ce qui fait un organisme
vivant ! Or la probabilité que de telles structures puissent apparaître est
incroyablement plus élevée que celle de l’apparition de la vie basée sur le
carbone et l’eau. Cela implique qu’il y a de fortes chances que de tels «
organismes » existent dans l’espace et y soient même abondants !
Les auteurs de cette découverte datée du mois d’août 2007 proposent
d’utiliser des télescopes actuellement en orbite autour de la Terre pour
détecter la présence de ces organismes qui devraient théoriquement émettre
des signaux reconnaissables dans le spectre infrarouge qui constituent leur
signature. Ce nouveau développement va bien au-delà de ce que le programme
SETI recherche puisque celui-ci se contente de rechercher des formes de vie
basée sur le carbone comme la nôtre.
Continuer ou abandonner l’ufologie ?
Notre association, la SOBEPS, a décidé de
mettre fin à son existence. Cela veut-il dire que nous pensons qu’il faut
abandonner la recherche en ufologie ?
Certainement pas ! Des moyens sont apparus ou se développent qui feront
progresser la recherche ufologique de manière décisive dans le futur proche.
Des images satellite d’une précision extraordinaire sont et seront mises à
la disposition du public sans limitations militaires. « Google Earth » en
est un exemple dès maintenant. Cet outil accessible gratuitement à tout
propriétaire d’un ordinateur permet de voir en n’importe quel point de la
planète des objets de la taille d’un bâtiment ou même d’un camion. Les ovnis
décrits dans l’abondante littérature ufologique sont généralement de tailles
comparables. Au stade actuel de développement de Google, l’accès gratuit ne
concerne que des images anciennes prises à des époques arbitraires. Mais on
peut accéder à des images correspondant à des coordonnées géographiques
données et à un instant précis moyennant payement. Ce genre de données va se
multiplier avec l’envoi de satellites de plus en plus nombreux et précis. On
pourra donc tenter de retrouver, mon vieux rêve, un ovni décrit par un
témoin dans une zone précise et à un instant correspondant à celui du
témoignage !
De plus, les échanges d’information par Internet permettent d’ores et déjà,
et permettront encore plus dans le futur, des échanges d’informations et la
coordination d’actions concertées telles que des campagnes d’observation.
Alors, est-ce bien le moment de dissoudre la SOBEPS ? La réponse est que
sous son ancienne forme, notre association avait été au bout de ses
capacités et ce ne fut pas négligeable ! Mais le Phénix renaîtra peut-être
de ses cendres sous une forme électronique, qui sait ? En tout cas, si vous
voulez le savoir, suivez dans les mois qui viennent ce qui va se passer sur
le site Internet de la SOBEPS.
Bibliographie
V.N. Tsytovitch, G.E. Morfill, V.E. Fortov,
N.G. Gussein-Zade, B.A. Klumov et S.V. Vladimirov, New Journal of Physics,
volume 9 (2007), page 263 (accessible gratuitement sur Internet), « From
plasma crystals and helical structures towards inorganic living matter ».
Ceci est un article assez technique et en anglais.
Des informations plus vulgarisée sur cette
découverte peuvent être obtenue sur Google en introduisant les mots-clefs «
vie » et « gaz interstellaire » ou en anglais « life » et « interstellar
dust ».

Ne manquez pas de lire…
Patrick Ferryn
Puisque nous fermons boutique, et juste
avant de descendre le volet, je m’en voudrais de prendre congé sans vous
conseiller un peu de lecture… « pour la route », comme on dit ! Les ouvrages
sur les ovnis sont légion et le meilleur y côtoie le pire. Ceux dont il sera
question ici sont parus dans le courant de l’année et ils méritent toute
votre attention.
« Roswell, l’ultime enquête », Karl
Pflock. Terre de Brumes, 2007.
On nous demande souvent notre avis à propos de cette désormais
incontournable affaire de Roswell, à coup sûr l’événement ufologique (ou le
non-événement, selon d’autres !) qui a fait couler le plus d’encre.
Pierre Lagrange y avait déjà consacré un volume (« La rumeur de Roswell »,
La Découverte, 1996), ainsi que Gildas Bourdais (« Sont-ils déjà là ? »,
Presses du Châtelet, 1995, et « Roswell : Enquêtes, Secret et Désinformation
», éditions JMG, 2004). Pour faire court, disons que le premier est plutôt
« contre » l’originalité de l’affaire, tandis que le second est franchement
« pour ». Il faut le concéder : y voir clair dans l’inextricable écheveau de
Roswell n’est pas une entreprise aisée. L’auteur américain Karl Plock – dans
un premier temps favorable à l’authenticité des faits qu’on nous présente –
a mené une contre-enquête longue et méticuleuse auprès des principaux
protagonistes et nombreux enquêteurs, civils et militaires, qui s’y sont
frottés depuis pas mal d’années maintenant. Elle l’a conduit à reconsidérer
son jugement (il était « pour » dans un premier temps !) et il nous a livré
les résultats de ses investigations dans cette somme parue en 2001 aux
Etats-Unis, enfin disponible en français. Pflock, qui est décédé en 2006, a
été conseiller technique pour le Département de la Défense, consultant au
sein des milieux politiques à Washington, et employé de la CIA. Ayant joué
un rôle important dans la relance de l’enquête sur Roswell par le Congrès et
étant considéré comme l’un des meilleurs spécialistes sur les ovnis, il
était le mieux placé pour reprendre l’affaire par le commencement et se
pencher sur les multiples rebondissements qui la parsèment. Au terme de
cette lecture, et au bout du bout du compte, on ne peut s’empêcher de
constater que l’affaire de Roswell compte une belle bande de fieffés
menteurs ou d’affabulateurs et qu’il est évident que les médias et certains
ufologues ont considérablement gonflé l’importance des témoignages ainsi que
leur nombre. En outre, comme je l’ai déjà écrit, il ne faut pas perdre de
vue que Roswell est aussi « une bonne affaire » pour plus d’un ! Si le sujet
vous intéresse donc tout particulièrement et bien que Gildas Bourdais
conteste les conclusions de Karl Pflock dans son dernier livre sus
mentionné, je ne puis que vous inciter à lire ces derniers ouvrages sur
Roswell, pour vous forger votre propre opinion.
« Science-Fiction et Soucoupes Volantes
– une réalité mythico-physique », Bertrand Méheust (préface d’Aimé
Michel).Terre de Brumes, 2007.
Ce livre est la réédition du texte paru en 1978. Mais l’auteur a tenu à
revenir sur son parcours dans une préface inédite où il examine sans
concessions les qualités et les défauts de son ancienne enquête et, en
s’appuyant sur sa propre démarche, il s’efforce d’imaginer les voies de
l’ufologie future. Quelle bonne idée d’avoir sorti cette version
avantageusement augmentée d’un livre dont Michel Bougard vous avait déjà dit
tout le bien qu’il en pensait dans Inforespace n° 42, lors de sa parution en
1978 : « Je dois l’avouer : autant l’ouvrage de M. Monnerie avait pu
m’irriter par certains aspects tronqués, autant celui de B. Méheust m’a
enthousiasmé par sa rigueur et son originalité. Pendant 350 pages, Méheust
étonne, révèle, montre, démontre, inquiète, foisonne d’idées lucides et
s’empêtre dans des arguments philosophiques, utilise une écriture limpide ou
s’enferme dans un jargon illisible. Ouvrage déroutant, révélateur et
irritant. Ouvrage qui ne peut en tout cas laisser indifférent au même titre
que celui de Monnerie. Ouvrage capital sans doute. […] C’est en tout cas un
livre que vous devez vous procurer sans tarder. Non seulement parce qu’il
est essentiel dans la bibliothèque de celui qui veut se tenir au courant de
l’évolution des idées en ufologie, mais surtout parce qu’il s’agit là d’un
travail essentiellement original. Cet ouvrage déchaînera les passions :
porté aux nues par certains, Méheust sera sans doute traîné dans la boue par
d’autres. Mais qu’importe, le plus important est qu’il ne peut pas vous
laisser indifférent ». Et tout comme lui, je persiste et signe. Voilà
probablement un des livres les plus pertinents qu’on ait jamais écrit sur le
phénomène ovni, qui en même temps déborde largement sur une réflexion
hautement passionnante et fascinante, débouchant sur un problème chargé
d’implications philosophiques et scientifiques qui ne peut que nous
interpeller. Pour avoir minutieusement consulté nos volumineux rapports
d’enquêtes, Méheust est aussi un bon connaisseur des événements qui se sont
déroulés dans notre pays entre 1989 et 1991. Il avait d’ailleurs écrit ce
qu’il en pensait dans un petit opuscule : « Retour sur l’ “Anomalie belge” »
(le Livre Bleu Editeur, 2000). Avec Méheust, et à l’heure de dissoudre notre
association, nous affirmons haut et fort que les explications données ci et
là pour rendre compte des observations remarquables qu’on nous a rapportées
ne sont pas satisfaisantes. La « vague belge » demeure inexpliquée. Enfin,
le livre est agrémenté d’une époustouflante iconographie montrant de
superbes soucoupes volantes issues de magazines américains datant
d’une époque… antérieure à la célèbre observation de Kenneth Arnold
(juin 1947), soit donc bien avant que le terme ne fut même forgé ! Et comme
le soulignent les éditeurs : « Certaines des “soucoupes” imaginées par des
illustrateurs de pulps des années trente sont tellement proches des
représentations auxquelles nous ont habitués les magazines depuis 1947,
qu’on a peine à croire qu’elles ont été conçues sans référence aux ovnis ».
Je vous le répète : un livre à lire de toute urgence !
« OVNIS : ce qu’ILS ne veulent pas que
vous sachiez - armée, services secrets, “debunkers” et autres maîtres de
l’intox… », Pierre Lagrange. Presses du Châtelet, 2007.
« Nous cache-t-on la vérité sur les ovnis ? Depuis quelques années,
l’existence d’un complot pour étouffer la vérité, jusque-là confinée aux
milieux ufologiques, est admise par des scientifiques et par certains
militaires. Mais quelle vérité ? Pierre Lagrange, l’un des rares chercheurs
à avoir analysé en détail les documents déclassifiés issus des archives
militaires américaines et françaises, décrit la montée de la théorie du
complot et étudie les arguments avancés pour la défendre. Il montre comment
certains experts militaires français, dénonciateurs des prétendus complots
de l’US Air Force, reprennent en fait la même démarche, jugeant le grand
public trop immature pour être associé au débat et connaître la vérité sur
les phénomènes ovni. Pierre Lagrange met en lumière les liens qui unissent
théoriciens du complot et “debunkers” et soumet à l’examen scientifique des
documents jusqu’ici classés top secret, présentés pour la première fois en
français ».
Voilà ce que nous dit la quatrième de couverture de cet ouvrage que le temps
nous a manqué pour lire avec toute l’attention qu’il mérite, au moment de
mettre notre dernier numéro sous presse. Il nous semble cependant tomber à
pic tandis qu’il est à nouveau beaucoup question du sujet dans les médias et
sur internet, où l’on trouve tout et son contraire et où les thèses «
conspirationnistes » abondent.

OVNIS: VAGUE BELGE
OU "BLAGUE BELGE ?"
Emission « Questions à la une » -
RTBF
Mercredi 24 octobre 2007, à 20h20
Présentation: Jean-Claude Defossé.
Première partie (26 minutes): les
“crop-circles” sont-ils des signes extra-terrestres ? On les appelle des “crop-circles”,
littéralement des « cercles de culture ». Ces énormes figures géométriques
apparaissent l’été, en pleine n |