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Voyage au pays de Jules Verne
Franck BOITTE
Les
10-13 novembre 2005 se tenaient au Centre International des Congrès de Nantes où
il est né en 1828 les 6e Utopiales consacrées à Jules Verne à
l’occasion du 100ème anniversaire de l’année de sa mort. Ce grand
rendez-vous tribal est l’occasion rêvée pour tous les auteurs, amateurs de SF,
rêveurs et autres utopistes de tous horizons de venir s’adonner et sacrifier à
leur vice favori. Arrivés largement avant l’heure, nous nous heurtons à un sas
de (dé)contamination tandis que des droïdes en combinaisons de serge bleue,
boîtiers paralysants SFR ou Cégétel à la ceinture, font d’incessants va et vient
derrière d’épaisses parois de verre. Enfin, sur un geste de leur Communiquant en
Chef, ils s’approchent pour nous autoriser le passage dans la Vème Dimension.
Age moyen des visiteurs : trente ans et moins. Sexe : masculin à 80%. On se
reconnaît, se chahute et s’interpelle par des codes convenus dans une joyeuse
pagaille : « Dis donc, ça faisait longtemps depuis le dernier Mille Sabords ! ».
Deux pachi-bouzouks en goguette sans nul doute.
Il y
a longtemps que la SF a cessé de me faire passer des nuits blanches et mes
timides incursions dans sa production récente n’ont que très peu contribué à
modifier mon panthéon personnel. Malgré – ou peut-être à cause
– les horreurs
baveuses et dégoulinantes qui hantent leurs univers parallèles, les Strieber,
Druillet et autres S. King me font bailler d’ennui dès la 3ème page.
De Jules Verne je n’ai retenu que peu de choses : qu’il avait la barbe fleurie
mais pas aussi blanche que celle de Léopold II, ce roi des Belges qui fit
massacrer ou amputer nous rapporte-t-on aujourd’hui avec ô combien de
complaisance, tant de noirs coupables de ne pas lui apporter la production
quotidienne de 10 kg. de gomme d’hévéa qu’il exigeait d’eux, et aussi qu’il
était l’auteur de ce glacial et lugubre Drame en Livonie qu’un oncle bien
intentionné m’offrit le jour de Noël de mes huit ans et dont je ne réussis
jamais à venir à bout. Cet oncle, par ce seul geste, réussit à m’éloigner de
Jules Verne d’une façon presque définitive et les Martin Paz en deux
volumes de la Bibliothèque Verte qui m’échurent en cadeau de distribution de
prix scolaire l’année suivante ne firent qu’accroître les coliques
irrépressibles que soulevaient désormais en moi la seule évocation de son nom.
Ce
n’était donc pas lui qui m’amenait en ce lieu le dimanche 13 à 11 heures mais
l’annonce d’une table ronde intitulée « Jules Verne et les Mystères de la
Science ». Ah, mais vous voyez bien, direz-vous. Et bien non, je ne
comptais pas sur le père du poussiéreux Philéas Fogg pour améliorer ma
balbutiante appréhension de la science du XXIème siècle. Par contre l’affiche
des intervenants avait excité ma gourmande convoitise : imaginez donc, Bertrand
Méheust (BMT), Pierre Lagrange (PLE) et le petit nouveau, Grégory Gutierez (GGZ)
à la même affiche. Ce serait comme dire Bono et David Bowie accompagnés des Rolling Stones pour leur donner le tempo. Ajoutons en appui la charmante
présence de Cypora (un nom venu d’ailleurs) Petitjean-Cerf (CPN), épouse
du dernier nommé, qui a récemment suscité l’intérêt par la publication, encore
bien chez Stock chère amie, de sa première œuvre romanesque intitulée “Le Musée de
la Sirène”, de Cyrille Vanlerberghe (CVE), chroniqueur du département
scientifique au Figaro Magazine et, en habitué des Utopiales, de Ian
Watson (IWN), annoncé comme un poète et écrivain anglais qui a participé au
tournage de plusieurs oeuvres du réalisateur S. Spielberg.
Également le même jour à 16h, une
discussion sur le thème “Le CNES et les
OVNIS, la suite”, modérée par le journaliste Olivier Delcroix. Avec toujours
aux premières loges MM. Pierre Lagrange et Bertrand Méheust et en appui Mr.
Jacques Patenet, le directeur du nouveau GEIPAN. Voilà qui promettait du sport.
Dimanche à 11h
Dès
10h30, installés au premier rang d’une longue rangée de chaises vides dans le
grand amphithéâtre du rez-de-chaussée, enregistreur en bandoulière et carte de
presse en bandeau, nous les attendons Sibylle et moi de pied ferme. Premier
arrivé, BMT que nous voyons passer, l’air un peu perdu. Il tourne et virevolte,
s’en va et revient, nous jette un coup d’œil aussi dubitatif qu’étonné avant de
disparaître. 11 h 15 : quinze places sont occupées derrière nous et le
modérateur, Mr. D. Spring vient nous demander d’encore patienter 10 minutes.
Les
voilà qui se mettent en place, Mr. Watson un verre de mousseux – du champagne ?
– à la main. Il ne s’exprimera qu’en anglais et sans traducteur de sorte que
plus de la moitié de la centaine de personnes qui finiront par s’assembler là ne
comprendra rien à ce qu’il dit et que j’aurai moi-même du mal à suivre son flot
de paroles dès qu’il se mettra à parler un peu trop vite. C’est lui qui engage
le débat en démarrant très fort avec la thème de la conspiration : est-il
possible d’en trouver les origines dans l’œuvre de Jules Verne, existe-t-il
aujourd’hui des agences qui détiennent les clés de la croissante complexité du
monde? BMT lui répond que c’est à mesure que les sociétés modernes deviennent
opaques et mystérieuses pour elles-mêmes, que, traduisant l’effroi devant la
complexité croissante de la société, se répand le thème de la conspiration. « La
véritable réalité, c’est que [cette complexité croissante fait que] les choses
nous échappent complètement et qu’on essaye de garder l’idée qu’il y a des gens
qui ont la main dessus». Pour montrer que quel que soit le sujet ou l’époque, il
est possible d’en tirer un mythe, comme c’est le cas aujourd’hui avec les
X-Files, GGZ cite l’exemple des fans des Beatles qui cherchaient dans leurs
albums des indices que Paul Mc Cartney était mort et que cette mort leur avait
été cachée.
«
Lorsque j’ai rassemblé les éléments qui allaient me permettre d’écrire mon
livre, poursuit-il, je me suis aperçu que ni le spiritisme, ni la télépathie
n’avaient retenu l’intention de Jules Verne. Il était beaucoup plus centré sur
les thèmes qui célèbrent la technique, la technologie, l’intelligence de
l’ingénieur ». PLE intervient pour confirmer que Jules Verne se situe bien plus
du côté de la science positive du XIXe siècle que de celui du spiritisme et que
certains de ses romans trouvent leur point de départ dans des faits divers.
« C’est le cas de Robur le Conquérant qui commence par une série
d’observations de sondes inconnues qui ont été entendues et aperçues. On en
débat, la presse s’en empare, exactement comme ce fut le cas aux Etats Unis pour
les soucoupes volantes en 1947 et avant elles l’airship de 1897. Il y a là un
étonnant parallèle. Le début de 20 000 lieues sous les Mers, c’est une
histoire de serpent de mer. Il y a donc chez Jules Verne ce désir de raconter
les sciences, mais de façon dramatique, qui le rapproche beaucoup plus de
l’univers populaire des parasciences que de la pratique scientifique au
quotidien. C’est ce rapprochement qui a permis à ses lecteurs de passer assez
facilement de l’univers des sciences, en construction à son époque, à celui des
parasciences comme on dit actuellement ». CVE ignore si Jules Verne avait un
secret caché que son éditeur lui aurait empêché de révéler, mais il lui paraît
clair que dans toute son œuvre, il cherche à expliquer la science, dans des
passages assez longs voire interminables que le lecteur aura tendance à sauter.
De la
salle, FBE intervient alors pour demander « en toute innocence et ignorance de
la biographie de Jules Verne » s’il existe des documents historiques établissant
son appartenance à une loge franc-maçonne comme IWN vient de le suggérer. Tandis
que ce dernier s’esquive en déclarant qu’il ne défend pas cette idée, mais qu’il
existe bien une tendance actuelle, comme c’est le cas du DaVinci Code, ou
pour les attentats des Twin Towers que l’on a attribués à un branche stupide de
la CIA, à chercher des explications tortueuses à des mystères inexistants, c’est
finalement un des auditeurs se trouvant dans la salle qu’il reviendra de fournir
une réponse claire la question : « Je m’appelle Jean-Michel Margot et suis le
Président de la société Jules Verne nord-américaine. Non, il n’existe aucun
document établissant une telle appartenance. Par contre, Jules Hetzel, son
éditeur, ainsi que Jean Macé qui publia le Magasin d’éducation et de
récréation avec Hetzel et Jules Verne, étaient franc-maçons »[i].
Pour PLE, si l’histoire des soucoupes volantes a acquis la renommée qu’elle a
aujourd’hui, c’est parce que dès 1947, l’Armée de l’air américaine a mis en
place Blue Book, un programme d’études qui a fait qu’elles ont cessé d’être un
simple fait-divers saisonnier pour dépasser le statut de fait-divers de courte
durée et acquérir celui de longue durée. Usant constamment du double langage
qui consistait à la fois à dire une chose et son contraire, l’Armée de l’air
américaine a donc contribué à entretenir autour d’elles une atmosphère de secret
et de conspiration. Il y avait au sein même de cette armée un débat sur la
nature des preuves concernant l’origine de ces objets et par conséquent, loin
d’être idiote ou le produit d’esprits dérangés qui auraient eu envie de
réenchanter le réel, l’idée du complot résulte directement de la façon très
curieuse qu’ont suivie les pouvoirs publics de gérer cette affaire. Finalement,
cette théorie du complot naît au sein même de l’appareil militaire et il n’y a
pas de vraie rupture entre la théorie populaire et la théorie savante.
Pour
BMT, en rendant légitime cette tendance à imaginer ou du moins à nourrir l’idée
du complot, la société moderne finit par en devenir « complogène », même s’ils
n’ont à son avis jamais la précision ni le caractère si intentionnel que le
public leur confère. Il y a des luttes de tendances qui aboutissent à un
résultat stochastique qu’en réalité plus personne ne contrôle plus vraiment.
BMT
rapporte qu’au cours d’une discussion récente qu’il a eue avec IWN portant sur
la SF ou plutôt la sociologie-fiction, a été évoquée l’idée que la société
moderne devenant de plus en plus complexe et inmaîtrisable, les moyens de
circulation des bobards devenant infinis. Il en arrive à se demander si ces
sociétés ne sont pas condamnées à devenir complètement folles : « Parce qu’il
faut toujours [imaginer] une construction à ajouter comme étage supplémentaire
aux constructions antérieures ». Dans cette fuite en avant, quel est le devenir
psychique de la société moderne ?
Pour
GGZ, la porte de sortie se trouve peut-être dans la manière dont les théories
conspirationnistes peuvent être digérées de manière littéraire en s’intégrant
dans un imaginaire culturel commun, comme ça a été le cas avec X-Files
qui a récupéré et en quelque sorte recyclé des thèmes qui circulaient déjà parmi
de petits groupes marginaux ayant peu de points de contact avec le reste de la
société et le monde réel.
On
peut citer à ce propos les 1 500 pages de littérature sauvage complètement
dingue des lettres ummites censées avoir été écrites par des visiteurs venus
d’une autre planète. Ce que BMT résume en disant que « le complot peut en
quelque sorte être transformé en objet esthétique « Mais ce recyclage vient
toujours après coup, il a une longueur de retard ».
La
parole est brièvement donnée à CPN qui précise le cadre de l’inspiration de son
roman et de son activité d’enseignante en classes de rattrapage : « Les
soucoupes volantes apparaissent à ces jeunes comme une activité tout à fait
inoffensive qui n’entretient ni liens avec les sciences ni avec leurs
préoccupations personnelles très centrées sur leur propre place dans la
société ». PLE précise : « Avec l’importance qu’ont pris les ovnis, pas
seulement dans la SF, mais aussi dans tout un tas de niches culturelles comme la
publicité ou le cinéma, est apparue à partir de 1995, notamment avec les X-Files
ou l’histoire de l’autopsie de l’extraterrestre de Roswell, une sorte de
démocratisation de ces thèmes. Ils ont quitté les groupes de passionnés par
s’étendre au grand public qui jusque là ne s’y intéressait pas en permettant au
thème des ovnis de circuler librement dans la société. En se diluant, il est
donc devenu beaucoup plus présent aujourd’hui qu’il ne l’était en 1995. En même
temps, le débat scientifique sur la pluralité des mondes habités est venu
appuyer et rendre légitime cette acceptation.
La
discussion porte ensuite brièvement sur le récent phénomène des abductions qui
pour PLE est « un artéfact sociologique fortement exagéré lié à des sondages qui
ont été faits aux États-Unis il y a des dizaines d’années au cours desquels on a
posé aux gens des questions du genre : « Est-ce que vous avez des amnésies, des
rêves récurrents, des sensations de présence ou d’oppression ou autres choses de
ce genre ? » Ce qui a amené à dresser un « portait robot » des gens qui avaient
été enlevés. Mais il ne faut pas oublier que ces gens-là ne sont pas
spontanément venus dire : « J’ai été enlevé ». Ca c’est une construction des
instituts de sondage qui ont travaillé là-dessus. Cela revient à accentuer
parfois certaines choses sous prétexte de les démystifier et à perdre de vue un
phénomène réel qui peut être présent. C’est par exemple le cas de l’ouvrage de
G. Charpak en France qui tout en prétendant lutter contre les parasciences,
accentue de façon totalement artificielle la différence entre croyances et
rationnel. En tant que sociologue, la croyance, j’attends qu’on me montre ce que
c’est, l’irrationnel, j’attends qu’on me démontre qu’il entraîne qu’il existe
une coupure radicale entre d’un côté des gens qui seraient rationnels et de
l’autre d’autres qui ne le seraient pas».
Cherchant à répondre à la question cent fois remise sur le tapis, « Que sont les
extraterrestres d’antan devenus? », BMT l’illustre par cette anecdote : « Il y a
un an et demi à peu près, il y avait eu à Saubermont, près de Dijon, un cas très
intéressant (BMT donne un bref résumé de l’incident). Filmé pendant près
de 20 minutes, il avait fait l’objet d’une page complète dans le Bien Public.
Me trouvant quelques mois plus tard à Macon chez un ancien membre du groupement
des Amateurs de l’Insolite, très branché sur le sujet, je lui en fis
part. Je ne tardai pas à constater qu’il était bien plus intéressé de me montrer
l’excellence de la documentation qu’il avait accumulée dans son ordinateur au
sujet des crop circles
[ii]
et que c’est à peine s’il m’écoutait. La conclusion de cette histoire est que
l’ovni s’est dématérialisé pour passer dans l’univers virtuel d’internet. L’ovni
de mes 20 ans, si je puis dire, celui qu’avec Isabelle … j’allais enquêter,
était un ovni réel. Mais il n’existe plus, la machine à fabriquer les bobards
l’a totalement liquéfié
[iii].
Ceci ne veut donc pas dire qu’il n’y a plus d’ovni, mais que la société, pour
des raisons que l’on est en train de décrypter, a désormais beaucoup de mal à
les saisir. CVE confirme que bien que les extraterrestres soient plus que jamais
présents dans les médias, notamment après la mise en route du programme SETI,
ainsi que dans les budgets de la NASA consacrés à la recherche de la vie, que
donc le sujet a cessé d’être tabou, le journal pour lequel il travaille n’a reçu
qu’une seule communication depuis qu’il s’y occupe de la rubrique médicale.
Une
dame faisant partie du public désire à ce moment revenir en arrière et se
demande si la théorie du complot n’est pas tout simplement à relier aux débuts
de la Guerre Froide qui a duré jusqu’en 1989? PLE lui répond que très
certainement les militaires des deux camps étaient persuadés soit qu’un complot
se tramait dans leur dos au sein même de leur propre administration, soit que
c’était la partie adverse qui en était l’auteur. Ce qui explique par exemple que
le FBI ait enquêté pour savoir si des agents infiltrés aux Etats-Unis ne
propageaient pas des rumeurs déstabilisatrices à l’intérieur de l’appareil
militaire américain. Il est à ce sujet regrettable que les chercheurs qui ont
étudié l’histoire la Guerre Froide ne se soient pas intéressés de celle des
soucoupes volantes.
Une
autre dame estime que le décomplexage de la science par rapport à la recherche
de la vie extraterrestre ne date pas du tout d’aujourd’hui puisque déjà Lucrèce
en parlait. Elle se demande aussi quel est le véritable rapport entre Jules
Verne et les soucoupes volantes, ajoutant qu’elle ne voit pas où trouver dans
ses romans la moindre allusion à un possible complot. Au contraire, dit-elle,
pour lui, tout peut s’expliquer par la technologie et la science positive et ce
sont plutôt les rapports que l’homme entretient avec celle-ci qui peuvent poser
problème.
PLE
répond que le grand changement introduit par Copernic par rapport aux
conceptions antérieures, telles que celles de Lucrèce, est cette idée qui
transforme complètement le débat, que la Terre n’est qu’une planète banale,
pareille aux autres planètes et qu’on peut donc s’attendre à trouver de la vie
ailleurs Pour Jules Verne, l’intérêt tient en l’espèce de paradoxe qui existe
entre l’écrivain scientifique et sa façon de mettre en scène des phénomènes,
assez proche de ce que l’on trouve dans le dossier des soucoupes volantes.
La
plupart des faits admis par les scientifiques sont des faits produits par les
scientifiques dans leurs laboratoires, ce qui n’est pas le cas des soucoupes
volantes. Elles viennent du public qui les présente comme quelque chose
d’extérieur qui devrait légitimement interpeller la science. En utilisant des
questions populaires extraites de faits divers pour susciter son ouverture,
Jules Verne se situe en fait à la croisée des chemins.
Aussitôt que cette question est apparue très clairement, le physicien italien
Fermi a soulevé l’objection que si la vie est répandue dans l’univers, nous ne
sommes sans doute pas non plus les premiers et qu’il existe des civilisations
bien plus anciennes que la nôtre. Vieille de seulement 400 ans, notre histoire
scientifique est particulièrement courte. Des civilisations qui auraient
quelques millions d’années d’ancienneté par rapport à la notre auraient
développé des technologies qui seraient, comme le disait A.C. Clarke,
indiscernables de la magie et par conséquent pouvoir sans danger pour elles se
mêler à la notre. Donc la question posée ne se résume pas à seulement « Est-ce
que nous ne sommes pas seuls ? » mais aussi à « Pourquoi est-ce que nous ne
voyons pas ces satanés extraterrestres qui devraient pulluler dans l’univers ».
A partir de là, la question de l’expertise des soucoupes volantes devient tout à
fait légitime car elle découle immédiatement de celle posée par Fermi. Du point
de vue de l’anthropologue, on sait aujourd’hui combien on a de mal à se
percevoir entre humains et semblables, avec nos différences. C’est un peu ce que
l’on voit à la fin de 2001 l’Odyssée de l’Espace. Je suis toujours
surpris, lorsque je revois ce film, de constater que les gens quittent la salle
au moment des dix minutes de fin qui leur paraissent absurdes, alors que c’est
là que commence vraiment sa partie intéressante.
BMT
pose la question de savoir si le lien entre recherche de la vie extraterrestre
et soucoupes volantes est toujours tabou ou pas ? Il faut pour cela reprendre le
sujet assez loin et étudier quel est le lien entre la SF et les ovnis. « J’ai
essayé d’en faire un que j’ai développé jadis
[iv].
Ce lien est que l’imaginaire qui s’est déployé dans les ovnis est le même que
celui qui a crée la SF. Cette coïncidence dans le temps et l’espace m’avait
amené à conclure à première vue que c’est quand l’homme a commencé à développer
cet imaginaire qu’il a inventé les ovnis ». Cette approche se présente à deux
niveaux : complètement sceptique, le premier consiste à dire que l’homme a créé,
à partir de sa propre culture et d’occurrences de phénomènes banaux mal connus,
cette rumeur qui ne repose sur aucun phénomène nouveau inconnu. Je tends à
penser aujourd’hui que, si une grande partie des ovnis relève en effet de cet
imaginaire, si l’on découpe cette couche, qu’on la décape, il subsiste quelque
chose dessous. Ce qui pourrait relever d’une ufologie rénovée serait donc cette
couche qui subsiste dessous et l’imaginaire de la SF serait donc finalement le
miroir aux alouettes qui correspond à la couche qu’il faut décaper. C’est donc
ce que l’on chercherait spontanément qu’il ne faudrait pas chercher. Est-ce
qu’il y a oui ou non quelque chose qui subsiste en dessous ? Je pense que oui.
Je pense qu’il y a toujours eu quelque chose qui se balade dans notre
environnement et que lorsqu’on a commencé à imaginer l’univers de la SF, on l’a
collé dessus ».
IWN
doute pour sa part qu’une civilisation extraterrestre aurait les mêmes
motivations ou la même curiosité que nous à chercher à découvrir ce qui ne lui
est pas connu. PLE fait remarquer que le véritable problème de l’absence des
extraterrestres parmi nous est qu’on ne les a jamais véritablement cherchés. Il
y a eu il est vrai des programmes dans le cadre de SETI consistant à capter des
émissions radio ou des signaux optiques, mais l’idée de chercher des artéfacts
de la présence dans notre système solaire d’une civilisation proche n’a pas été
encouragée. Quelques propositions [comme celle de] Michaël Papagianis, qui était
le président de la Commission 51 de SETI sur le plan international, sont restées
lettre morte. Au début des années 1980, il avait pris au sérieux le paradoxe de
Fermi et avait proposé de mettre en place des protocoles visant à trouver
d’éventuels extraterrestre dans notre système solaire, notamment dans la
ceinture d’astéroïdes qui se trouve entre Mars et Jupiter et constitue un
endroit extraordinaire où des extraterrestres pourraient se cacher. Il n’a
jamais réussi à faire financer le programme de recherche qu’il proposait. Donc
quand on dit aujourd’hui, « Où sont les extraterrestres, s’ils existent ? » la
réponse est que l’on ne les a jamais non plus vraiment cherchés. Nous sommes à
ce point de vue un peu désemparés, comme dans la situation du babouin qui
voudrait étudier le primatologue, alors que c’est généralement le contraire qui
se produit.
La
parole est redonnée à une dame du public qui précise que si elle est entièrement
d’accord avec l’idée d’une recherche d’une civilisation extraterrestre, elle
n’arrive pas à concevoir que celle-ci voudrait se cacher et éviterait de
communiquer avec nous. FBE intervient alors pour lui demander si il lui arrive
parfois, tandis qu’elle se promène dans la campagne, de chercher à communiquer
avec des vaches en train de brouter dans les prés et de leur enseigner la
philosophie ou les mathématiques. Peut-être, ajoute GGZ, que tout simplement de
tels êtres ne nous considèrent pas comme suffisamment intéressants. Il poursuit
en signalant qu’au contraire des adolescents de 14-15 ans que ces sujets ne
semblent pas intéresser, il reçoit à l’IMI de fréquentes visites d’étudiants
plus âgés, avec un minimum de 2-3 années d’études supplémentaires après le bac,
qui se montrent très déçus de ne trouver dans la presse populaire, sur des
phénomènes tels que la télépathie, les fantômes et les manifestations
psychiques, que des relations tendancieuses ou frelatées. Non sans sagesse, PLE
clôt provisoirement le débat en rappelant que pour sa part, il communique
régulièrement avec ses chats et rappelle qu’aussi bien Aimé Michel que Conrad
Lorentz avaient déjà exploré cet aspect de la question.
« Il
y a des choses que l’on peut communiquer et d’autres que l’on ne peut pas
communiquer. Même si avec mes chats, je ne communique que des histoires de
chats, je communique avec eux quand même »[v].
J’exprime mes vifs remerciements à Mme Carole Ratcliff par la qualité de son
travail d’attachée de presse à cette manifestation parfaitement rodée et huilée.
Dimanche 16 h
Reprise du débat sur les ovnis à l’extrémité du coin bar, à gauche de l’allée
principale, dans la fumée des cigarettes et un certain brouhaha.Outre Bertrand
Méheust (BMT), Pierre Lagrange (PLE), Cyril Vandenberg (CVE) et de Grégory
Gutierez (GGZ) dans le public, il s’honore à présent de la présence de Mr.
Jacques Patenet (JPT) qui, depuis 1971, fait partie du CNES où il est entré à 36
ans en tant qu’ingénieur en formation électronique et diplômé télécoms.
En
1977, il a participé en tant que correspondant bénévole à la création du GEPAN
et collabore aujourd’hui à sa rénovation sous la nouvelle dénomination de
GEIPAN, le « I » supplémentaire traduisant une volonté récente d’information du
public.
La
séance est ouverte avec comme modérateur le journaliste Olivier Delcroix (ODX)
qui rappelle les principales publications de PLE et BMT et notamment celle de ce
« Retour sur l’ « Anomalie belge » (Le Livre Bleu Editeur, ISBN
2-912607-01-9) qui analyse la vague d’observations qui avait secoué la Belgique
et avait été à l’origine, dit-il, de la création de la SOBEPS, ou « Société
Belge d’Etude des Phénomènes de Rentrées Atmosphériques ».
Nous
verrons plus loin comment il convient d’apprécier ces déclarations.
Il se
tourne ensuite vers JPT pour lui demander « Pourquoi on ne parle jamais d’ovnis
et de soucoupes volantes au CNES ? » JPT : « Dans sa version SEPRA, le CNES
s’occupait d’étudier les phénomènes volants non identifiés, terme que je préfère
utiliser plutôt que celui d’ovni, qui est extrêmement réducteur par rapport à
tout ce que l’on peut observer dans le ciel comme phénomènes lumineux,
météorologiques, naturels ou artificiels. Dans cette masse de témoignages, ce
que l’on peut réellement considérer comme objet, volant et non identifié ne
représente qu’un tout petit pourcentage de tout ce que l’on est amené à
récolter». S’adressant à PLE, ODX lui demande de brosser les grandes lignes de
l’histoire du phénomène ovni, aujourd’hui vieux de plus de cinquante ans, en
insistant sur l’exception française que constitue l’existence d’un organisme
comme le GE(I)PAN à l’intérieur du CNES.
PLE :
« Ce qui aux États-Unis apparaît d’abord comme un simple fait divers en 1947,
année du début de la Guerre Froide, est très vite relayé par la presse. C’est
elle qui lance le phénomène. Parmi les intervenants, les experts de l’Armée
américaine étudient le phénomène, tout simplement parce qu’on s’imagine alors
qu’il pourrait s’agir d’une arme secrète, peut-être américaine, mais peut-être
aussi soviétique. Pour expertiser les rapports, les militaires font appel à des
scientifiques comme l’astronome J. Allen Hynek et pendant une vingtaine
d’années, l’US Air Force va étudier cette question à travers divers organismes
comme le Project Blue Book, basé à Wright Patterson. En 1966, assez embarrassée
par cette histoire d’ovnis qui entre temps est devenue un problème de relations
publiques sans qu’on ait vraiment trouvé sa solution, elle demande à
l’Université du Colorado, et plus particulièrement au physicien E. Condon de
s’en occuper. C’est donc une année importante, car c’est vraiment à partir de là
que la science va se pencher sur le problème dans une étude qui aboutira à une
espèce de constat qui est, non pas nier l’existence du phénomène, mais bien son
absence d’intérêt scientifique ». « Et en même temps, rappelle JPT, d’absence de
menace pour la sécurité nationale ». PLE : « Ce qui est intéressant c’est qu’on
assiste au sein même de la Commission Condon à une scission, sous l’égide
notamment de J. Allen Hynek. Avec quelques autres comme Saunders et Mac Donald,
il récuse cette absence d’intérêt scientifique en disant qu’il y a dans ce que
la Commission a étudié depuis trois ans des choses qui présentent problème et
qu’il faut continuer à chercher. En même temps, le français Jacques Vallée, qui
fait partie d’une nouvelle génération de scientifiques progressistes qui se veut
à l’écoute du public, fait la connaissance d’Hynek au Etats-Unis et décide de
participer à ses travaux.
En
France, nous avons l’ingénieur C. Poher qui avait commencé par être membre du
GEPA (le Groupe d’Etude des Phénomènes Aériens),
animé par une groupe de scientifiques agissant à titre privé, qui avait
constitué un fichier informatique très important”
[vi].
ODX
demande à JPT d’expliquer “Comment en 1977 CPR décide d’officialiser
véritablement le GEPAN à l’intérieur du CNES ?”.JPT : “En tant que scientifique,
CPR estimait qu’il fallait que la France se dote d’un organisme qui s’intéresse
officiellement à la question. Il a donc pris sur lui de convaincre Mr. Yves
Sillard, à l’époque Directeur général de CNES, a pris des contacts avec la
gendarmerie en sorte que le CNES s’est progressivement imposé comme un centre
névralgique de tous ces problèmes. N’employant que quelques personnes, le GEPAN
n’en était pas moins coiffé d’un Conseil Scientifique présidé par le Président
du CNES, Mr. Hubert Curien, assisté par un certain nombre de scientifiques dans
tous les domaines.
Sa
première mission a été d’établir une méthodologie sur la façon d’étudier ces
problèmes et leur donner des réponses aussi rationnelles que possible”. ODX :
“Encore aujourd’hui, beaucoup de personnes continuent à appeler le CNES, [car]
c’est un problème qui intéresse beaucoup les français”. JPT : “En effet. En
revanche, cela intéresse beaucoup moins les médias depuis quelque temps, et
reste souvent cantonné dans la presse locale. Mais encore tous les jours, des
gens nous appellent pour dire : j’ai vu ceci ou cela, qu’est-ce que cela peut
être?” ODX : “Je voudrais demander à BMT de replacer cette naissance du GEPAN
dans la perspective de votre premier livre, lui aussi écrit en 1976, “Science
Fiction et soucoupes Volantes”?”. BMT : “N’étant ni physicien, ni
scientifique, j’ai en revanche un certain sens de la psychologie et de la
littérature. Je suis parti d’un constat, qui était que les récits de SF
semblaient avoir anticipé d’un demi siècle parfois les rapports des témoins
d’ovnis. Si l’on fait un parallèle entre ces récits de 1880 à 1945, et les
portraits-robots, non pas des ovnis mêmes, mais des dessins, des
représentations, de la perception, d’abord par le témoin, par ceux qui
interprètent le témoin et ensuite de ceux qui interprètent ceux qui interprètent
le [récit du] témoin, il y a une image qui sort, dans les revues, la presse,
etc.[vii].
Si l’on fait une comparaison entre les deux [domaines] il ressort très
clairement que c’est la SF qui a créé l’imaginaire d’où sort la représentation
que nous nous faisons des soucoupes volantes. Comme j’avais la culture pour le
faire, j’ai donc montré cela.” ODX : “N’y a-t-il pas une étrange coïncidence
entre l’année de la parution de votre premier ouvrage et celle, un an plus tard,
du GEPAN?” BMT : “Absolument pas. Nous étions arrivé à une époque qui
constituait un sommet de l’ufologie classique. Mais mon apport a été mal
compris, probablement par moi-même au début (!) car je n’avais alors pas encore
une perception suffisamment précise de ce que j’étais en train de faire. Il est
clair pour moi aujourd’hui qu’un imaginaire nourri à partir de la fin du XIXe
siècle, devient vraiment classique entre les deux guerres, se répercute ensuite
dans un phénomène étrange, dont le nom lui même est porteur d’une dimension
mythique. A partir de là, l’interprétation la plus simple est qu’il s’agit d’une
des nombreuses rumeurs visionnaires qui ponctuent l’histoire humaine. Ce qui ne
veut pas dire que cela ne se réduit qu’à cela, que les ovnis ne sont qu’une
mythologie. Cela veut dire, qu’à supposer qu’il y a autre chose dans notre
environnement qui se manifeste, lorsque les hommes ont été capables de
l’imaginer, ils ont projeté sur ce quelque chose ce qui leur était disponible.
Il y a donc d’un côté une mythologie de l’ovni qui se développe selon des formes
de plus en plus étranges qui ont fasciné le public, jusqu’aux enlèvements et les
thèmes conspirationnistes. Plus les formes des ovnis deviennent étranges, plus
pour moi la signature culturelle apparaît évidente et plus il me semble que ce
sont des phénomènes qui correspondent à l’histoire culturelle de l’humanité. Ce
qui masque ce qui éventuellement existe par dessous, que l’on n’a toujours pas
expliqué. Pour résumer ce qui est finalement assez compliqué, la première
hypothèse, qui est aussi la plus simple, est qu’il n’y a rien, c’est à dire que
l’on a de toutes pièces créé cette immense histoire à partir de
mésinterprétations qui se ont été systématisées par un groupe qui leur donne une
apparence de plus en plus concrète, jusqu’à créer un corpus organisé. Une
seconde hypothèse est qu’il existerait des phénomènes physiques de nature
non-identifiée, sur laquelle on projetterait du mythe, mais si c’est le cas,
force est de constater que les physiciens ne se sont pas vraiment précipités
pour nous expliquer ce que cela pourrait être. Soit, dernière hypothèse, “X””
ODX :
“Pierre, je voudrais revenir sur la façon dont, après cette prise de conscience
dans les années 70-75, les médias ont pu intervenir et relater la perception du
phénomène ovni ?» PLE : «Les médias, c’est un mot très large, chacune a réagi à
sa façon. La fondation du GEPAN y est certainement pour quelque chose, mais il y
a eu au sein des médias une évolution parallèle. Au fil des ans, l’ovni s’est
transformé, il y a eu d’abord ce phénomène de vague. Par exemple en 1954, toute
la presse, tous les jours, parlait de phénomènes qui avaient été vus. Mais ce
qui était rapporté dans la presse était fragile et on ne pouvait pas en faire
grand’ chose. Lorsqu’un mythe se construit, on ne sait pas vraiment comment
réagir. Mais ce qui est tout à fait intéressant, après l’intervention des
scientifiques et notamment du CNES, par rapport aux amateurs, c’est cette
tentative de démonter les choses. A la fin des années 70, on arrive à une espèce
d’accalmie après une série d’affaires, comme par exemple celle de ce jeune type
de Cergy Pontoise, Franck Fontaine, qui avait été raconter qu’il avait été
enlevé pendant une semaine en novembre 1979. Le GEPAN avait étudié cette affaire
dans laquelle apparaissait qu’une espèce de dimension fantastique avait été
ajoutée et cela avait un peu cassé les choses en plombant le phénomène dans une
espèce de folklore
[viii].
Aujourd’hui, la presse rapporte beaucoup moins d’observations tout en maintenant
une espèce de culture générale autour du sujet avec les recherches sur la vie
dans l’espace.». CVE : « Très concrètement, depuis 7 ans, dans la rubrique
scientifique que je fais pour le Figaro, je n’ai été confronté qu’à un
seul cas qui aurait pu être lié à ce dont on parle ici. C’était après la
catastrophe de Columbia. Le CNES s’était rendu sur place pour constater qu’il ne
s’agissait que d’un bloc de mousse à demi calciné qui avait mis le feu dans un
tas de branchages avant d’être envoyé plus loin, poussé par le vent. Ce n’est
donc pas par soucis de cacher quelque chose que la presse nationale ne relate
pas ce genre d’incident. S’il semble s’être atténué, le phénomène s’est aussi
déplacé. A partir de 1995, on a découvert des planètes en dehors du système
solaire et on sait que la possibilité qu’il existe de la vie ailleurs est plus
que probable». ODX : « Puisque le sujet, dans les médias s’est déplacé, on n’en
est donc plus à l’observation et à la description d’extraterrestres s’écrasant
dans le jardin ou d’autopsies comme celui de Roswell? ».CVE : « Soit le sujet
s’est déplacé, soit il s’est atténué. Pendant des années, on a eu l’impression
que le GEPAN fonctionnait en roue libre, on n’avait pas de retour au sujet de
[ses] activités. Aujourd’hui, avec l’arrivée de Mr. Patenet, on fonde beaucoup
d’espoirs que les choses se remettent à bouger et c’est ce dont on parle dans
les journaux. C’est donc plus une question de structures, d’hommes et de
méthodes ». BMT : « En même temps il est étonnant [que l’on dise] que le sujet
s’est déplacé, parce que le fond intellectuel de référence des ufologues
vraiment sérieux a toujours été ça, précisément. Les ufologues ont toujours
affirmé qu’il était probable que l’on trouverait d’autres planètes [habitées].
En bonne logique, l’émergence de cette problématique devrait rendre le sujet
plus sérieux. Je me rappelle d’une discussion à laquelle j’avais participé avec
l’astronome Jean Heidman. Il avait à ses côtés l’une des têtes pensantes de la
SOBEPS, le physicien Léon Brenig, qui disait à Heidman : « Votre projet
d’écouter des émissions intelligentes dans l’espace a de fortes chances de
n’aboutir jamais à rien [tandis que] nous, avec une infime partie de ce que vous
avez, nous aurions pu apprendre beaucoup de choses pendant la vague belge de
… » ODX : « Quatre-vingt dix neuf? » BMT : « Quatre-vingt dix neuf »
[ix].
ODX :
« Peut-on parler un peu plus longuement de cette vague? » PLE : « En 1989, on a
commencé à rapporter des observations de phénomènes solides, des triangles
volants, avec des structures sombres qui étaient vus à très basse altitude. La
SOBEPS, la Société Belge d’Etude des Phénomènes Spatiaux, a étudié ces
phénomènes en recueillant des témoignages absolument hallucinants. L’impression
qui se dégage est que d’abord il y avait bien quelque chose dans le ciel,
ensuite qu’on ne savait pas ce que c’est et qu’on était donc en présence d’un de
ces phénomènes typiques de vague[x].
A la différence de 1954, cette vague a été étudiée par des enquêteurs qualifiés
en sorte qu’on a recueilli une masse d’informations tout à fait insolite et
intéressante. J‘avais fait à l’époque à la Cité des Sciences de la Villette un
documentaire portant sur le travail des ufologues. Pour les enquêter
[xi],
j’avais suivi Michel Bougard qui est le président de cette société et historien
des sciences, donc quand même pas un zozo, pour montrer d’une part comment on y
travaille. Et à quel point d’un côté, [ce travail] est sérieux et de l’autre,
qu’à un moment on bute, il y a un moment où on ne peut pas aller au-delà de
certaines choses, on a une impression de tenir quelque chose, on ne sait pas
expliquer tout, mais on n’a pas ce qu’il faudrait pour en faire un relevé
scientifique. Il y a une espèce de fossé qui existe entre la façon dont les
scientifiques travaillent dans leurs laboratoires et ces choses là, qui sont des
histoires qui sont bien décrites, précises, mais où il manque un certain de
nombre d’éléments pour que les scientifiques puissent s’y intéresser.
Et
depuis, dans toutes ces armoires remplies de rapports d’observations, ça dort à
Bruxelles, dans un petit bâtiment où sont entreposées toutes ces archives. Et,
on se dit, « Qu’est-ce qu’il faut pour qu’il se passe quelque chose à partir de
ça ? » ODX : « Il y avait quand même eu une soirée thématique sur ARTE » PLE :
« Oui, mais cela ne résout pas la question de se dire : « Où est-ce que ça
achoppe, où est-ce que ça coince pour passer de quelque chose de bizarre à autre
chose qui aurait enfin un contenu scientifique ? C’est le problème qui s’est
posé pour le GEPAN». FBE que tous ces bavardages ont fini par excéder demande
alors à intervenir dans la discussion, ce qui, après un certain désordre, lui
est accordé. BMT : « Bon, on discute après, ou maintenant ? » FBE : « Maintenant
si possible. Mais je n’en ai pas pour longtemps. »
On
finit par me tendre un micro. « Bonjour, je me présente, je m’appelle Franck
Boitte. La raison pour laquelle j’ai demandé à intervenir maintenant, après
qu’il a été très longuement question de la SOBEPS, est que je fais partie de
cette association. Je voudrais commencer par rectifier la déclaration de tout à
l’heure selon laquelle la SOBEPS a été créée suite à la vague de 1989. C’est
inexact (brouhaha de voix diverses). La SOBEPS a été créée en 1971 et
j’en fais partie comme enquêteur depuis 1972. Je ne peux donc pas laisser passer
ce genre d’affirmation. La seconde chose sur laquelle je voulais également
rebondir et [pour laquelle] je m’excuse encore d’avoir demandé à prendre la
parole maintenant, est de répondre à la question soulevée par Pierre Lagrange,
question que l’on est effectivement en droit de se poser : « Qu’est-ce qui fait
que tous ces rapports qui sont engrangés à la SOBEPS – je signale au passage que
lorsque je les ai comptés, et je pense être le seul à l’avoir fait, j’en avais
trouvé exactement 657, et non des milliers comme on ne l’a que trop souvent
écrit, même si ce chiffre évolue encore un peu tous les jours. Il faut toujours
se méfier des exagérations. C’est bien simple, ces rapports sont consignés par
ordre alphabétique de lieu dans 16 classeurs format A4 et chacun de ces
classeurs en contient entre 40 et 50. Faites le calcul vous-mêmes. Pour en
revenir à la question de Mr. Lagrange, et j’en aurai fini, ce qui bloque est
tout simple : on se trouve devant une masse de témoignages qui ont été plus ou
moins bien enquêtés, mon épouse, ici à mes côtés, m’avait accompagné lors de
certaines de ces enquêtes, nous étions sur place le dimanche 3 décembre alors
que la vague avait commencé le 29 novembre. Il était donc difficile de faire
plus vite
[xii].
Ce qui se passe c’est que tous ces témoignages ne sont que des témoignages, avec
très peu de données scientifiques exploitables. On a donc une masse de
comptes-rendus avec des données scientifiquement exploitables très peu
nombreuses et très rares. La SOBEPS s’est assurée la collaboration régulière de
scientifiques tels que MM. Meessen et Brenig que je connais bien tous les deux,
mais, je le répète, sur 100 témoignages, il y a peut-être un ou deux cas
scientifiquement exploitables. Et, Pierre, c’est cela qui bloque ».
ODX :
« Je voudrais le sentiment de Jacques Patenet sur cette affaire ». JPT : « Je
suis d’accord avec Monsieur. Nous avons en archives à peu près 6 000
témoignages, qui remontent à 1951 et se sont tous déroulés en France. Cela ne
veut pas dire 6 000 cas, ça représente entre 2 000 et 2 500 PV de gendarmerie.
Et il y en a effectivement très, très peu qui présentent des éléments concrets
que l’on peut analyser, ça se compte sur les doigts des deux mains, maximum, sur
l’espace de 50 ans. Ce qui reste ne sont que des témoignages. Et la plupart du
temps, il s’agit d’un témoignage unique, on analyse un peu le témoin, on arrive
à décider relativement facilement si c’est quelqu’un qui raconte des histoires.
Même si on a une très forte proportion de gens de très bonne foi, qu’on n’a pas
de raison de mettre en doute, il n’y a pas grand-chose à en tirer. Nous avons
subdivisé ces témoignages en 4 catégories, la quatrième reprenant les
témoignages « non exploitables », ceux que l’on ne va même pas enquêter et dont
on ne peut rien faire. Ils représentent tout de même entre 30 et 35%. » ODX :
« Quelles sont les autres catégories ? » JPT : « La catégorie A regroupe les
choses qu’on explique parfaitement, phénomènes naturels, astres, rentrées
atmosphériques, météorites, etc. Très proche de celle là, la catégorie B reprend
les cas pour lesquels on est a peu près sûr qu’il existe une explication banale.
Réunies, ces deux catégories représentent à peu près 85% de l’ensemble. Restent
entre 10 et 15% de phénomènes qu’on n’a ni expliqués, ni identifiés, ce qui ne
veut pas dire qu’il n’y a pas d’explication, puisqu’on n’a pas forcément
l’intégralité des données. Mais on a jugé le témoignage suffisamment crédible,
la description suffisamment étayée pour décider qu’il s’est réellement passé
quelque chose, mais on ne sait pas dire quoi. C’est ce que nous appelons des PAN
[catégorie] D. Et à l’intérieur de ceux-ci, on a de rares cas où il y a des
traces ». PLE : « Une précision sur ce que vient de dire Franck : ce n’est pas
la première fois qu’on s’est trouvé dans ce genre de situation dans l’histoire
des sciences. L’exemple très connu est celui des météorites, longtemps considéré
comme non scientifique, accepté après. La question est donc de savoir quel genre
d’outil on met en place pour pallier aux insuffisances de témoins qui ne sont
pas entraînés à l’observation du ciel et, malgré la pauvreté du témoignage, en
tirer des informations qui pourraient être intéressantes? A partir de là,
l’ufologie pourrait éventuellement passer à un stade scientifique, si on arrive
à dépasser le stade de l’anecdote. » BMT : « Vous parliez des météorites. C’est
vrai, mais ce genre de phénomène se produit très régulièrement, tous les jours,
donc, à force, on a bien été obligé de se demander ce qu’étaient ces cailloux
dans le ciel ». PLE : « Avant 1803, la catégorie « météorites » n’existe pas.
C’est tout à fait autre chose, des illusions d’optique, des pierres fossiles,
etc. Il a donc fallu construire la catégorie « météorites » ; mais il a aussi
fallu que la mécanique céleste évolue, pour permettre, rendre crédible l’idée
qu’il y a des pierres qui tombent du ciel. Car selon la mécanique céleste
antérieure, c’est quelque chose qui n’avait pas de sens. C’est là qu’il y a
vraiment quelque chose à créer, pour permettre d’isoler quelque chose qui serait
pertinent d’un point de vue scientifique. Dans l’état actuel des choses, on a
l’impression d’être confronté à un phénomène parfaitement aléatoire, hasardeux,
avec des informations pas fiables et tout, et, être scientifique, à mon avis,
c’est être capable de créer des procédures qui vont faire émerger quelque chose
de reproductible, s’il y a quelque chose de reproductible à trouver ». PLE
évoque ensuite le phénomène de la foudre en boule, considéré jusque vers 1970
comme une hallucination due à la persistance rétinienne d’un éclair classique et
qui, au sens premier, est donc un ovni, tandis que CVE s’interroge sur ce qui se
passe à l’étranger, Etats-Unis, Russie, Belgique. JPT répond que si à titre
personnel, il n’a pas pris contact avec la SOBEPS, un organisme s’est créé au
sein de l’armée uruguayenne pour tenter de collationner et centraliser les
observations d’Amérique du Sud ».
BMT
revient sur la vague belge pour faire remarquer que les vagues qu’il a enquêtées
en France, comme par exemple celle des années 1970 qui eut lieu en Bourgogne,
n’ont rien à voir avec la vague belge. Aucune autre vague n’a eu la même
homogénéité, avec des phénomènes vus d’aussi près, au ras des toits, décrivant
des structures très nettement profilées, par plusieurs personnes à la fois …
C’est sans équivalent et je suis très étonné qu’elle n’ait pas fait plus de
bruit ». JPT revient ensuite sur le GEPAN : « En 2001, on s’est demandé de ce
que l’on ferait de la base de données existante. Le CNES a fait faire un audit
pour voir s’il fallait continuer la collecte des cas et poursuivre l’activité.
Il s’est passé beaucoup de choses au cours de cette période. La réponse
affirmative qui est tombée fin 2001 a été que la relance sera désormais
accompagnée de la présence d’un. Comité de pilotage, chose que j’ai mis en place
à partir de fin 2004, début 2005 avec une quinzaine de personnes qui,
contrairement à l’ancien Comité scientifique, peuvent préconiser l’une ou
l’autre orientation en termes d’activité et faire appel aux organismes d’état
militaires ou civils existants ainsi que d’un certain nombre de chercheurs
essentiellement issus du CNRS ». ODX : « Alors Yves Sillard, qui était en
quelque sorte à l’origine du GEPAN, revient en temps que président ? » JPT :
« Après une carrière bien remplie au service de l’état, Yves Sillard, qui est
une personnalité incontournable, a été sollicité pour prendre la présidence de
ce Comité de pilotage On a rebaptisé le nouveau service GEIPAN, avec un «I» qui
traduit la volonté d’information du public, car il n’est pas facile de trouver
des sigles qui soient facilement mémorisables. Cette décision importante d’avoir
une meilleure communication vis-à-vis du public a été prise à l’issue de la
première réunion du Comité de pilotage.
À
l’époque du Conseil scientifique, en gros 20 à 25 documents avaient été publiés
sur la question. Etant donné que lorsqu’en 1988, ce Conseil scientifique a cesse
ses activités, il n’y avait plus aucune directive pour publier quoi que ce soit
et tout qui s’est passé depuis lors est resté enfoui au CNES. Nous allons donc
commencer par publier un certain nombre de documents de nos archives qui seront
mis à la disposition des chercheurs. C’est un travail de longue haleine, parce
qu’il y a vraiment beaucoup à dire ». PLE : « Aujourd’hui, les relations entre
la science et le citoyen ayant évolué, on n’est plus dans cette idée des années
50 qu’il y a le savant d’un côté et le public de l’autre. Comme on a de plus en
plus de groupes concernés, comme dans le domaine de l’alimentation ou des
maladies, il est normal que le public participe à cette évolution. Le GEPAN
avait déjà proposé en 1977 ce genre d’idée, alors qu’elle n’était pas
d’actualité. Pendant longtemps, il a eu du mal à gérer sa propre audace. On peut
désormais aborder cet aspect des choses avec plus de sérénité. Il est dommage
qu’entre temps, le contenu lui-même du dossier ovni s’est transformé et que
l’opinion a encore évolué dans une autre direction. S’il y a eu une époque où
les questions qui étaient soulevées par l’opinion, il était impensable que les
scientifiques s’y intéressent, je crois qu’aujourd’hui il est sain et normal et
que le public participe à ce genre de débat et que les scientifiques soient un
peu plus sérieusement à l’écoute des questions qui sont posées, surtout lorsque
celle de la pluralité des mondes habités est relancée, même si, alors qu’ils le
sont dans l’esprit du public, les deux domaines ne sont pas forcément liés ».
Cette
dernière intervention mettant fin à l’exposé, présent dans l’assistance, GGZ
intervient par signaler que sur le site internet qu’il anime, il reçoit
régulièrement des signalisations d’observations d’ovnis. « Il y a donc, dit-il,
énormément de bruit, mais au sein de ce bruit, des cas qui présentent de
caractéristiques surprenantes. Et je me réjouis que le CNES puisse à nouveau
servir de référence vis-à-vis du public. Il est regrettable que, contrairement à
ce qui se passe aux Etats-Unis, en France ces archives soient restées si
longtemps inaccessibles, ce qui explique que les gens se sont mis à spéculer sur
ce que sait ou ne sait pas leur gouvernement ». JPT termine en précisant que des
contraintes légales empêchent que soient divulguées certaines informations
sensibles et que les gens qui se plongeront dans les archives du CNES risquent
d’être fort dépités par leur contenu.
NOTES
Le
dernier ouvrage de Pierre Lagrange s’intitule « La Guerre des mondes a-t-elle
eu lieu ? ». Il est consacré à la prétendue panique qu’avait déclenché aux
Etats-Unis l’émission d’Orson Welles en 1938, qui fut longtemps l’une des tartes
à la crème des socio-psychologues. Comme le philosophe Bertrand Méheust, Grégory
Gutierez est membre du Comité Directeur de l’Institut Métapsychique
International à Paris auquel collaborent Pierre Macias et le statisticien et
maître de conférences Y. Lignon. Il vient du publier une histoire de la
parapsychologie intitulée « Les Aventuriers de l’Esprit ». Site
thématique :
http://groups.google.com/group/Aleph. Pour
en savoir plus sur Ian Watson :
http://branchum.club.fr/watson.htm. Les
Utopiales en général :
http://www.yozone.fr.
[i] : Ce suisse sympathique et discret établi depuis
12 ans à Hillsborough (NC) avec qui j’ai eu l’honneur et le plaisir de
converser ensuite est notamment l’auteur de « Jules Verne et son
Temps »
(Encrage 2004, ISBN2-251-74124-0 –
www.encrage.fr). Il recommande dans son livre le site de l’Israëlien
Zvi Har’El,
http://jv.gilead.org.il/.
[ii] : On n’en connaît qu’une demi-douzaine, tous très
douteux, de cas en France …
[iii] : Il est me semble-t-il remarquable de constater
que parmi ceux qu’au début des années 1980, on avait appelé les
« nouveaux ufologues », BMT a été l’un des rares à faire quelques
enquêtes ou contre-enquêtes qui ont contribué à ébranler ses convictions
de départ comme il a eu l’honnêteté de le reconnaître.
[iv] : Dans une vie antérieure, précisera-t-il au
cours de l’exposé suivant.
[v] : En fait, PLE communique des histoires d’homme à
chat. Encore faut-il qu’il ait en plus la volonté de le faire. Et un
intérêt – ne fut-ce que réconfortant pour lui-même - à le faire. La
comparaison de PLE avec ses chats ne doit pas nous faire perdre de vue
que ceux-ci font partie du « royaume » que l’on appelle communément
« des animaux domestiques » avec tous les prolongements de réflexion que
cela comporte. Mais ce genre de considération nous est bien évidemment
fort désagréable et fait par conséquent l’objet d’une instinctive
autocensure.
[vi] : Ce n’est qu’en préparant la documentation de
mon ouvrage La Vague de 1954 en Belgique, Année charnière de
l’Ufologie Européenne, que j’ai découvert non sans émotion sur le
site de Mr. P Gross (
http://ufologie.net/1954/1954f.htm), la dizaine de
cas français codifiés pour le GEPA par C. Poher selon les techniques en
usage à l’époque.
[vii] : Réécrite de la sorte 30 ans plus tard, la
« découverte » de BMT qui en 1977 fit tant de bruit prend aujourd’hui,
comme je l’ai toujours soutenu, l’allure de ce que l’on appelle en
philosophie une tautologie.
[viii] : Il va de soi que je ne fais absolument pas
mienne cette présentation des choses.
De récits d’enlèvements
apparaissent dès les premières années de la période moderne du phénomène
et on en trouve des traces jusqu’au Moyen-Age, interprétées par la
culture (essentiellement religieuse) de l’époque. Même en plein XXe
siècle, cette perception a longtemps continué à être occultée.
J’ai étudié – et continue à
étudier – plusieurs cas d’enlèvements (des « ravissements » selon le
jargon désobligeant heureusement de plus en plus délaissé des socio
psychologues), en profondeur et notamment un cas français se situant
vraisemblablement dans une fourchette de temps 1970-1973.
[ix] : Nouvelle désinformation. C’est bien entendu de
1989 qu’il s’agit.
A propos de Jean Heidman, en
1992, je lui avais envoyé par courrier avant de la présenter
publiquement, pour qu’il me signale mes éventuelles erreurs, le texte de
ma conférence intitulée « La Terre est-elle visitée par 1, 100 ou
1 000 civilisations extraterrestres » au cours de laquelle je
parlais longuement du programme SETI. Trop occupé sans doute, il n’avait
pas jugé courtois de me répondre, ni même d’accuser réception de mon
courrier.
[x] : Noter la contradiction avec la discussion
précédente sur le rôle des médias et 1954.
[xii] : La preuve est là : page.perso.aol.fr/franckboitte/perso.html

De gauche à droite, les participants
aux Sixièmes Utopiales (Nantes, novembre 2005) :
Daniel Spring (modérateur), Pierre
Lagrange (sociologue des sciences), Grégory Gutierez (webmaster du
site Aleph), Cypora Petitjean-Cerf (enseignante), Cyrille
Vanlerberghe (chroniqueur scientifique), Ian Watson (romancier) et
Bertrand Méheust (philosophe et enseignant). [© Franck Boitte] |